par Jean-Claude Larrasquet
(Article de la série “Entreprise, mon amour”)
Quelques impressions d'une visite de la coopérative IRIZAR (fabricant d’autocars de luxe) à Ormaiztegi
Une réussite impressionante.
Outre son expansion mondiale déjà évoquée, Irizar a souvent été primé pour la qualité de ses produits, et son organisation du travail et sa gestion. A titre
d'exemple, pour bien mesurer ce dynamisme, voici quelques chiffres tirés du rapport d'entreprise de juillet 2005 (p 56) :
(chiffres approximatifs par lecture graphique)
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Des questions sans réponses ou "en suspend"
Les élèves ont été très impressionnés par la réalité de l'atelier et par ce travail en équipes autonomes. Ils ignoraient également que si près de chez eux une telle entreprise pouvait exister.
Toutefois, des questions n'ont pas obtenu de réponses véritables et mériteraient d'être approfondies. Cette remarque n'est pas une critique de l'entreprise qui nous a très bien accueillis et nous a
permis une visite riche d'enseignements.
*L'éventail des rémunérations : de 1 à 6 ? 8 ? Difficile à préciser compte tenu de la participation aux résultats.
*Qui fixe les objectifs aux équipes semi-autonomes ? Quel degré d'autonomie sur l'organisation du travail pour les salariés ?
*Quelle est la situation des travailleurs d'Irizar non coopérateurs par rapport aux autre ? Qui décide de la possibilité d'accéder ou pas au statut de coopérateur ?
*Quelle est la situation des salariés sous-traitants (en fin de processus, sur les tâches peu qualifiées du nettoyage des autobus il y avait des équipes de femmes qui appartenaient à une entreprise
sous-traitante).
Je rajouterai toutefois deux autres interrogations :
*Le développement de l'entreprise en développant des filiales non coopératives n'entraîne-t-il pas un caractère "hybride" du groupe et une certaine dilution des principes coopératifs qui sont à la
base de cette société.
*Quels sont les efforts de prise en charge des aspects écologiques (pollution directe, pollution induites par les transports de matières premières, nou-veaux matériaux…).
Regard critique du syndicat ELA sur certaines pratiques du mouvement coopératif
Dans mon projet pédagogique, je souhaitais que les élèves aient également une autre vision,
extérieure et critique du mouvement coopératif. Cette réunion à Beasain fut brève mais très intéressante.
Le syndicat ELA s'est immédiatement placé dans une logique d'opposition radicale entre capital et travail (même si le mot n'a pas été utilisé on pourrait presque dire de lutte de classes) qui
d'après lui structure les rapports sociaux constitutifs des sociétés capitalistes. Il pense même que loin de se diluer, ce conflit central s'est aggravé depuis ces vingt dernières années. On est
donc loin de l'approche "personnaliste" et de l'alliance capital/travail du mouvement coopératif. Ce point très important de mon point de vue pose des problèmes complexes qui dépassent le cadre de
cette visite et les préoccupations des élèves de première.
Le syndicat ne condamne pas du tout le système coopératif mais critique les stratégies récentes de certaines coopératives (ces critiques ne concernent pas d'ailleurs l'entreprise Irizar mais plutôt
Eroski avec laquelle ELA a mené des combats syndicaux). Ces critiques portent sur trois points principaux :
*L'utilisation accrue de personnels précaires à travers la sous-traitance ce qui aggrave le dualisme du marché du travail.
*La contradiction entre une tendance du mouvement coopératif à utiliser l'image du Pays basque dans ses stratégies commerciales mais à refuser les conventions collectives du Pays basque et à leur
préférer les conventions de l'Etat espagnol nettement moins favorables aux salariés.
*Enfin les risques d'aliénation liés aux nouvelles formes d'organisation du travail qui, sous des aspects progressistes masquent parfois de nouvelles formes de contrôle et de stress.
Jeudi 2 août 2007
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Publié dans : Ekonomiaz - Economie à contre-courant
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