par Pascal Mulet
(Article de la série “Entreprise, mon amour”)
Beaucoup d'économistes se sont posé la question de l'origine du profit. Comment expliquer que ce qui sort de l'usine vaut plus que ce qui y rentre ? Pour Marx, seul le travail est créateur de
richesse (de valeur). De ce point de vue, le capitaliste s'enrichit sur le dos des travailleurs : il y a exploitation(1).
J'ai de l'argent de côté, et, pour arrondir mes fins de mois, j'investis dans la chaussette. Pour cela, il me faut, avec cet argent, acquérir un local, des machines à tisser et un stock de laine
; c'est le capital constant. Je mets les machines et la laine dans le local et j'attends. Mais il ne se passe rien, je ne peux donc pas faire de profit. Il me manque une partie du capital : le
capital variable, la force de travail(2). Je viens alors vers vous et vous dis : "Vous n'avez aucune richesse et pourtant il vous faut vivre. Je vous achète
la seule chose que vous ayez : votre force de travail, au prix de x € par jour(2)". Vous ne pouvez qu'accepter et venez travailler dans mon usine. Il y a
production et je vais enfin pouvoir faire du profit. En effet, nous avons vu que sans capital variable, le capital constant ne "bouge" pas. En fait, seule la force de travail permet de créer de
la richesse. Elle crée même plus de valeur qu'elle n'en coûte, alors que le capital constant ne fait que transmettre sa valeur. Maintenant, ce qui sort de mon usine représente plus de richesse
que ce qui y est entré (prix de la force de travail compris). Etant propriétaire de l'ensemble du capital, c'est bien sûr à moi que revient ce surplus de richesse qui me permettra, en
l'accumulant, de gagner encore plus demain(3).
Lier équité, liberté et efficacité économiques
On peut faire, à la suite de Marx, deux remarques : il y a tout d'abord rapport de force entre ceux qui possèdent le capital et les autres. La négociation du salaire est plus aisée quand on a
déjà de quoi vivre. Il y a aussi exploitation, car le sur-produit du travail (la valeur créée par la force de travail moins ce que celle-ci coûte au capitaliste) est approprié par le capitaliste
alors que c'est le travailleur qui en est à l'origine.
La suppression de la propriété privée et la mise en place d'une économie planifiée par les Etats se réclamant du marxisme ont entraîné les graves problèmes politiques et économiques que l'on
connaît. Pourtant, il est possible de lier équité, liberté, et efficacité économiques. Dans une coopérative de salariés, ce sont les travailleurs qui détiennent la majeure partie du capital.
Ainsi, la plus-value créée par leur travail leur revient de droit. Mais les règles de fonctionnement d'une coopérative vont plus loin : une partie des bénéfices réalisés doit rester dans
l'entreprise, afin d'assurer sa pérennité par solidarité avec les générations futures. De plus, un coopérateur qui se retire ne peut récupérer plus que ce qu'il a placé initialement dans le
capital. Il n'y a donc pas de spéculation possible. Ainsi, chacun est rémunéré en fonction de ce que produit son travail. Dans ces conditions, il est possible de "travailler plus pour gagner
plus" (sic). Mais en restant dans des limites acceptables : si EADS avait été une coopérative, le pauvre Arnaud Lagardère aurait dû travailler pendant un sacré paquet de vies pour ga-gner
l'équivalent de la plus value réalisée lors de sa dernière vente d'actions(4). Ainsi, le système coopératif, en plaçant les travailleurs au centre de
l'entreprise et en faisant du capital un outil au service de ceux-ci, permet d'allier liberté d'entreprendre et équité (à ne pas confondre avec égalitarisme).
Pour développer ce système, il faut avant tout une volonté politique, qui passe entre autre par une baisse des taux d'intérêts qui rendrait le capital moins rare, et permettre à tous d'y accéder.
Selon Keynes "Cet état des choses serait parfaitement compatible avec un certain degré d'individualisme. Mais il n'en impliquerait pas moins l'euthanasie du rentier et par la suite la disparition
progressive du pouvoir oppressif additionnel qu'a le capitaliste d'exploiter la valeur conférée au capital par sa rareté."(5)
(1) Attention, il s'agit là d'une présentation un peu "brut de coffrage" d'une théorie. Tous les patrons ne sont pas des salauds!!
(2) La force de travail n'est pas le travailleur (qui ne peut se vendre depuis l'abolition de l'esclavage), ni le travail (qui n'existe pas au moment de la
transaction), ni le fruit du travail (qui n'appartient pas au travailleur). Nous dirons que c'est la capacité de travail. On compte dans le salaire la protection sociale, quand elle existe.
(3) Certains rétorqueront qu'il est normal de rémunérer l'immobilisation du capital et le risque pris par celui qui prête son argent. Oui, peut être, mais cela doit se
faire dans une certaine mesure.
(4) Il a vendu une grande partie de ses actions EADS pour 890 millions d'euros de plus-values juste avant que l'action ne chute en Bourse suite à l'annonce des retards
dans le programme A380.
(5) J.M Keynes : Théorie Générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. On peut saluer à ce propos les initiatives de la finance solidaire qui permettent à des
créateurs de projet en difficulté d'accéder plus facilement au crédit.
Jeudi 28 juin 2007
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/2007 10:34
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Publié dans : Ekonomiaz - Economie à contre-courant
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