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Le jeudi 12 janvier 2007 à 20H30, au local de la Fondation Manu Robles-Arangiz, Matthieu Amiech, doctorant en sociologie et en économie, a donné une conférence sur les thèses développées dans son livre, co-écrit avec Julien Mattern, Le cauchemar de Don Quichotte.
D'une critique féroce de la course sans fin à la croissance et aux gains de productivité, les auteurs en viennent à la défense d'une logique de réappropriation et d'autonomisation des populations, sur des bases locales.
C'est peut-être ce qui explique que cet ouvrage connaisse un véritable petit succès d'estime au Pays Basque nord. Le projet abertzale y trouvera en effet de puissants fondements de légitimité, voire un ensemble de pistes aidant à ressourcer et à actualiser son argumentaire.
Le Cauchemar de Don Quichotte se démarque dès le début des discours classiques les plus à gauche (comme ceux de la LCR, ATTAC ou la Fondation Copernic…) qualifiés de
"capitalisme de gauche". Pour justifier cette analyse, il commence par prendre comme exemple le grand débat sur la question des retraites qui accompagna les conflits sociaux de mai-juin 2003. Les
auteurs règlent leur compte d'entrée de jeu aux libéraux partisans de la progressive démolition du système de retraites par répartition, poursuivant la création de nouvelles sources de mise en
valeur du capital. Mais c'est surtout sur le discours de leurs détracteurs qu'ils s'attardent, afin de faire comprendre en quoi il est à des années-lumière de ce que devrait être, pour Amiech et
Mattern, un véritable anti-capitalisme (non sans avoir tout de même souligné leur rôle de rempart précieux à la volonté libérale de démantèlement des différents "acquis sociaux" et de lutte
contre le mensonge médiatique permanent des principaux économistes et décideurs politiques).
Le débat libéraux / ATTAC
L'argument communément employé par les libéraux pour annoncer la prévisible faillite du système des retraites par répartition (et donc justifier la nécessaire mise en place d’un système
d'assurance privée en leur lieu et place, ou tout au moins comme compléments importants) est que le nombre de personnes à la charge de 10 actifs passera de 4 à 7 entre les années 2000 et
2040.
Le contre-argument le plus classique qui leur est alors opposé par les économistes de gauche est que la charge de ces 7 retraités de 2040 sur les 10 salariés de la même époque ne pèsera en fait
que l'équivalent de 3,5 retraités d'aujourd'hui (au lieu de 4). En effet, entre temps, la production par travailleur aura été au minimum multipliée par deux (sur la base d'une croissance
annuelle de la productivité du travail de 1,7 %, ce qui, au regard des taux constatés jusqu'à présent, est une hypothèse basse).
Et c'est là que le bât blesse pour nos deux auteurs : que les oppositions au libéralisme ne puissent s'appuyer que sur la poursuite sans fin du recours à la croissance comme moyen de promouvoir
le "progrès social". Un tel raisonnement signifie à leurs yeux un doublement de la richesse nationale, déjà ENORME dans un Etat capitaliste comme la France, après deux siècles
d'accumulation exponentielle : la croissance effective du PIB est à peine inférieure aujourd'hui, avec 2,1 %, de celle des trente glorieuses. En effet, l'augmentation du volume de la " richesse
nationale " était de 225 milliards de francs en 1960, avec une croissance de 5 % appliquée à un PIB de 4600 milliards. En 2001, cette augmentation est de 193 milliards de francs avec une
croissance de seulement 2,1 % mais appliquée au PIB de l'an 2000, qui est de 9200 milliards soit deux fois celui de 1960.
Les conséquences de cette course à la croissance
Le Cauchemar de Don Quichotte pointe du doigt évidemment les conséquences néfastes de cette course sans fin à la croissance, à la production et à la productivité, sur l'état des ressources
naturelles de la planète et sur ses grands équilibres écologiques. Mais il attire également notre attention sur les dégâts sociaux, politiques et culturels engendrés par cette logique du système.
Il énumère et décrit ses multiples conséquences sur les aspects les plus divers de notre vie et de notre société : perte de sens du travail, dévastation du monde rural, salarisation généralisée,
donc séparation généralisée des travailleurs d'avec leurs moyens de production (et pour les auteurs perte de l'autonomie des individus), déclin des idéaux d'autonomie, de responsabilité
individuelle et de responsabilité collective à l'échelle locale, concentration économique et bureaucratisation de la vie sociale. Dans cette course folle à la compétitivité, aux nouveaux gains de
productivité, il n'y a jamais aucune ligne d'arrivée. La production croissante de biens matériels se heurte déjà à de graves "contraintes" écologiques. La marchandisation de sphères nouvelles de
l'existence (éducation, culture, santé, relations humaines….) peut paraître à peu près neutre sur un plan écologique, mais "le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne l'est pas sur le plan
social et sur le plan des relations humaines".
Big brother is watching you
Matthieu Amiech et Julien Mattern critiquent, pour montrer jusqu'où peut nous mener cette vision économiste des choses, une proposition de la Fondation Copernic censée remédier à l'injustice que
fait aux femmes la très persistante inégalité de la répartition des tâches domestiques dans les couples : "le travail domestique ne se partage pas, il se supprime : on doit faire en sorte que
plus personne ne travaille plus gratuitement pour autrui(…) si les hommes veulent continuer à bénéficier du travail gratuit de leur femme, ils doivent la salarier, et donc payer ses cotisations
d'assurance-maladie et de retraite". Les auteurs du Cauchemar de Don Quichotte pointent dès lors du doigt les promesses de belles scènes kafkaïennes et la soumission de la pensée de gauche
aux catégories capitalistes du travail et de la richesse. Ils citent GK Chesterton pour nous avertir, après bien d'autres comme Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, du danger d'avoir construit
un "système sans vie à si grande échelle que nous ne saurons même pas nous-même comment ni où il frappera".
“Vous avez justifié le cauchemar de Don Quichotte. Les moulins sont effectivement devenus des géants ".
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