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par Txetx Etcheverry
La rupture du cessez-le-feu permanent d'ETA s'inscrit foncièrement dans la même logique que l'attentat-avertissement du 30 décembre à Madrid-Barajas. Les conclusions et les questions que l'on
pouvait tirer de la situation créée par cet attentat et de la lecture du communiqué d'ETA qui le revendiquant s'appliquent parfaitement à celle créée par l'arrêt de la trève. Je reprends ici une
partie de cette même tribune en janvier dernier, intitulée "Stratégies politico-militaires" :
"La question à laquelle ces mêmes mois à venir vont sans doute apporter une réponse est-la suivante : Zapatero a-t-il désormais la marge de manoeuvre suffisante (face à un PP mais également par
rapport aux secteurs internes du PSOE hostiles au processus) pour continuer dans une telle attitude ? Pourra-t-il et voudra-t-il faire après Barajas ce qu'il ne semblait pas pouvoir ou vouloir
faire avant ? Et donc quelle aura été la portée réelle (au delà des intentions de ses auteurs) de l'attentat de Barajas ?"
Les 5 mois qui ont suivi l'attentat de Barajas ont apporté la réponse à ces inter-rogations. Les mêmes questions pour-raient être aujourd'hui reposées par rapport à la rupture de la trêve.
Le gouvernement espagnol pourra-t-il et voudra-t-il donner demain ce qu'il ne pouvait ou voulait donner hier ? Répondre oui à cette question signifie croire qu'avec de bon gros paquets, une série
de morts, quelques années de plus de tension exacerbée à son comble, nous aurons fait plier Madrid et son intransigeance à notre égard. Croit-on que ce que l'ETA des années 80, puis l'ETA des
années 90, puis l'ETA des années 2000 n'ont pas réussi à faire, l'ETA des années 2010 parviendra à l'arracher dans un contexte basque, espagnol et international encore moins favorable ?
Ne serait-il pas temps de regarder les réalités en face, de ne plus raisonner de manière romantique mais en analysant froidement les différents rapports de forces ainsi que les mécanismes qui
renforcent la position souverainiste basque et ceux qui l'affaiblissent ?
Parlons clairement :
Si demain la lutte armée s'arrête et permet ainsi à un front et une dynamique souverainiste civils et démocratiques de se mettre en place, on peut légitimement penser que l'objectif de la
réunification de la Communauté Autonome Basque avec la Navarre est quelque chose que l'on pourra obtenir -par la mobilisation- de l'Etat espagnol, surtout si le nouveau contexte renforce la
progression des forces progressistes navarraises : cela ne remet pas brutalement en danger sa sacro-sainte unité et cela demandera sans doute un rapport de force moindre qu'arracher l'obtention
et l'exercice du droit à l'autodétermination.
Mais ce qui paraît aujourd'hui quasimment impossible à arracher d'un Etat occidental moderne comme l'est l'Etat espagnol, c'est qu'il concéde cette même mesure (la réunification de la Navarre et
de la CAV) en échange de la fin de la lutte armée.
La stratégie d'ETA n'a dès lors aucune perspective possible, mais de surcroît empêche ces mêmes perspectives d'être atteintes par d'autres voies.
Et le maintien de cette stratégie là a en plus un coût terrible pour le capital accumulé par la gauche abertzale en 40 ans de lutte acharnée, tant au niveau institutionnel qu'au niveau des
mouvements sociaux, du travail de masse. Tout cela est peut-être dur à admettre mais on ne gère pas un combat en se cachant la vérité, en prenant ses désirs pour la réalité et en basant ses
stratégies sur des diagnostics erronés.
Mouvement souverainiste civil et démocratique
ETA, en conditionnant le maintien ou non de son cessez-le-feu à un règlement politique des bases du conflit, se condamne à l'échec. ETA, en conditionant ce maintien à autre chose qu'à un
calendrier échelonné de la sortie des prisonniers, au règlement de la question des réfugiés et à la légalisation des organisations publiques du MLNB, retarde d'autant l'avènement du mouvement
souverainiste civil et démocratique uni qui lui sera en mesure de créer le rapport de forces nécessaire pour régler politiquement les bases du conflit, à savoir la territorialité et le droit à
l'autodétermination.
Le constat est encore plus vrai aujourd'hui qu'à l'époque de Lizarra-Garazi et risque d'être encore plus amer dans quelques années : on a bien vu pendant cette trève qu'une partie de la société
espagnole en est aujourd'hui à un tel niveau qu'el-le n' accepte même pas la sortie de prisonniers ayant purgé leur peine malgré un contexte de cessez-le-feu permanent.
Changer le mécanisme menant structurellement à l'échec :
Là encore se repose à mes yeux la même question centrale que dans cette tribune de janvier dernier :
"Nous continuons donc dans le même schéma politico-militaire où la direction militaire, clandestine conditionne sinon définit la stratégie du mouvement public.
Ce schéma qui a causé l'échec du processus de Lizarra-Garazi pourra-t-il permettre de mener à bien celui qui est en cours aujourd'hui ?
N'aurait-il pas mieux valu, dès l'époque de Lizarra-Garazi en finir avec ce schéma et faire vraiment confiance en la capacité du mouvement public à gérer seul la suite des évènements ?
Je reste persuadé que le mouvement public aurait su engendrer un rapport de forces global, face aux 2 Etats, bien plus grand que celui qu'ont généré le schéma politico-militaire et la direction
clandestine de la stratégie pendant ces sept dernières années."
Direction clandestine et processus civil
Pour moi, le problème central est là : une direction clandestine ne pourra jamais (la question n'est même pas de se demander si elle le désire vraiment) gérer un processus civil, type processus
souverainiste civil comme celui de Lizarra-Garazi ou type processus de négociation tel que celui qui vient de s'achever. Le rapport au temps, à la réalité sociale n'est pas du tout le même. La
nature même d'une telle direction empèche un certain nombre de mécanismes -créant les rapports de confiance et les possibilités d'alliances, de discussion et de conpromis- de se mettre en route
réèllement.
Si le MLNB, ou une partie conséquente de celui-ci, pense réellement que la phase historique dans laquelle nous sommes n'est plus celle des stratégies politico-militaires mais celle des processus
civils et démocratiques, alors son premier combat doit être de faire en sorte que la direction stratégique de la lutte soit transférée aux mouvements publics qui le constituent.
Ce combat a sa part de risques, celui de le gagner au risque d'une scission, celui de le perdre et de se retrouver exclus, disqualifiés, traités de traîtres etc.
Mais l'Histoire ne se fait pas sans crise et rien n'est pire que de voir le MLNB agoniser lentement, à l'instar du PCF, avec le vieux qui n'en finit pas de mourir mais qui empêche en même temps
le neuf de naître, l'avenir de surgir.
Il ne s'agit en rien de renier le passé, de condamner quoi que ce soit mais d'avoir le courage intellectuel de bâtir les stratégies de demain sur l'analyse lucide de la réalité d'aujourd'hui et
sur la volonté d'inscrire les combats à venir dans des paramètres gagnants.
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