Txetx Etcheverry
"Travailler plus pour gagner plus", c'est donc notamment sur ce slogan hypocrite, égoiste et archaïque que Nicolas Sarkozy et la droite française ont gagné la
bataille des élections présidentielles.
Hypocrite :
Ce slogan reflète une grande hypocrisie chez nos nouveaux gouvernants car il est en contradiction complète avec toutes leurs déclarations de bonnes intentions en faveur de l'environnement et de
l'écologie (signature du pacte Nicolas Hulot, super ministère de l'environnement...). En effet, nous savons tous aujourd'hui que tous les voyants écologiques sont dans le rouge : nous produisons
trop de gaz à effet de serre qui provoquent un réchauffement de la planète aux conséquences catastrophiques, nous sommes en train d'épuiser les énergies fossiles (pétrole, etc.) et les matières
premières, d'abimer les sols, l'eau, l'air, bref de pourrir la planète. Et si les conséquences sont déja largement mesurables pour nous, elles seront terribles pour les générations qui nous
suivent.
Or avec le système actuel, "Travailler plus pour gagner plus" veut très concrètement dire la chose suivante : "produire plus" de marchandises, de constructions, d'infrastructures, d'énergie, de
transports, etc. "pour consommer plus"... de marchandises, de constructions, d'infrastructures, d'énergie, de transports, etc. Ce qui signifie évidemment gaspiller encore plus d'énergies
fossiles, de matières premières, pourrir encore plus tous les niveaux de la Terre, produire encore plus de gaz à effet de serre et donc accélérer encore plus le réchauffement de la planète.
Egoïste :
C'est égoïste car tous nos gouvernants savent très bien que ce système n'est tenable qu'à court terme (les générations qui nous suivent devront non seulement se serrer la ceinture mais en plus
payer nos dégâts) et même à court terme il n'est tenable que si seule une minorité de privilégiés de la planète en bénéficie. En effet, l'empreinte écologique(1) moyenne d'un européen est de 5
hectares. Si tout le monde consommait autant que nous, il faudrait l'équivalent de trois planètes. Si tout le monde consommait comme un américain (du Nord), il faudrait six planètes !
Archaïque :
Ce slogan trahit une vision du monde datant du 19è siècle, quand on n'avait pas encore conscience qu'on vivait dans un monde fini (aux ressources et possibilités non illimitées). Il s'entête dans
l'aveuglement terrible de la fin du 20è siècle qui a conduit à ignorer les avertissements des scientifiques et du Club de Rome sur les dégâts sérieux qu'on commençait à déceler sur notre planète.
La course à la croissance, la religion du productivisme a continué de plus belle comme si de rien n'était.
Le 21è siècle, avec l'accession au même modèle de croissance économique des pays émergents (Chine, Inde, Brésil, ...) dont les populations se comptent en milliards pose le problème de fond non
plus à moyen terme mais à court terme : c'est aujourd'hui que ça se passe. Comme nous n'avons ni six planètes, ni même trois, comment allons nous régler le problème de ce mode de production et de
consommation qui n'était pas extensible à toute l'humanité mais qu'aujourd'hui tout le monde veut et commence à pouvoir imiter ? Par la guerre, une crise mondiale pire que celle de 1929, une
catastrophe écologique ? Courir vers le mur était un crime, courir encore plus vite une imbécillité.
Travailler moins et gagner autrement :
Une vision lucide, cohérente, généreuse, porteuse d'avenir prendrait le contre-pied de Sarkozy et prônerait une logique radicalement différente.
Travailler moins et gagner -donc consommer- autrement serait en effet le seul leitmotiv cohérent avec les objectifs affichés de réduction des gaz à effets de serre, de protection de la planète et
de justice et d'équité mondiale.
Il faut diminuer le gâteau global en le répartissant autrement, et en veillant également à changer une partie de la recette et des ingrédients.
Gagner autrement, c'est :
1.augmenter le pouvoir d'achat des plus démunis :
* en réduisant leur temps de travail. Cette baisse, bien utilisée et dans un système qui la favoriserait, peut induire une augmentation du pouvoir d'achat disponible, effectif de chacun.
Moins d'argent dépensé en crèches, garderie, du temps pour mieux faire ses courses et ses divers achats, plus de temps pour réparer au lieu de jeter, faire plutôt que faire faire, cuisiner plutôt
qu'acheter des plats cuisinés etc.
* en leur distribuant du pouvoir d'achat écologiquement et socialement utile : par exemple, on paierait -en guise de part supplémentaire de revenus- en forfaits de transports collectifs
(bus, trains, métro) ce qui diminuerait les dépenses du foyer (et donc augmenterait son pouvoir d'achat effectif) et provoquerait une baisse du transport global (par la diminution du transport
individuel) et la baisse des émissions de gaz à effet de serre et du gaspillage des énergies fossiles(2).
Ou encore on paierait en "forfaits loisirs économes en empreinte écologique" (livres, vélo, entrées de théâtre, musique téléchargeable et non éditée en CD, cours de gym, yoga, danse...) pendant
qu'on augmenterait les prix de tous les loisirs dévoreurs d'empreinte écologique (jouets vite jetés, vacances en avion, activités motorisées en général, attractions et animations grandes
consommatrices d'énergie, etc.) sans oublier évidemment une interdiction des manifestations pédagogiquement scandaleuses (du type 24 heures du Mans et Paris Dakar, etc.).
2.diminuer le revenu des plus riches pour : faire baisser la part du gâteau global ainsi que pour en affecter une partie à la solidarité nationale (retraites, handicapés...) et au remboursement
d'une partie de notre dette écologique contractée à l'égard du Tiers-Monde(3).
Il y a bien un salaire minimum fixé par la loi. Pourquoi ne pas imaginer un revenu maximum autorisé, limitant le niveau possible des inégalités dans nos sociétés ?
D'après un rapport du PNUD(4) de 1998, entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres de la planète, l'écart des revenus atteignait alors 74 pour 1, contre 30 pour 1 en 1960. Depuis,
la situation a continué d'empirer.
La réduction et la redistribution du gâteau global va devoir commencer par le sommet. Je reviendrai sur cette question le mois prochain dans Alda!
(1)l'empreinte écologique est la superficie de terre productive et d'écosystèmes aquatiques nécessaires pour la production des ressources utilisées et l'assimilation des
déchets produits par une personne ou une population donnée.
(2)logique radicalement différente que celle du programme de Ségolène Royal qui prônait la TIPP flottante. Cette variation de la taxe sur les carburants permet de maintenir le prix à la pompe
malgré la hausse du prix du pétrole. Cela maintient donc le pouvoir d'achat des moins riches, mais en les encourageant à continuer de consommer toujours autant et de manière toujours aussi
destructrice pour la planète et égoïste par rapport au Tiers-monde et aux générations à venir.
(3)la dette écologique est la dette accumulée par les pays industrialisés du Nord envers les pays du Tiers-monde à cause du pillage des ressources, des dommages causés à l'environnement et
l'occupation gratuite de l'environnement pour le dépôt des déchets, tels que les gaz à effets de serre, provenant des pays industrialisés.
(4)Programme des Nations Unies Pour le Développement, agence spécialisée de l'ONU
Jeudi 6 septembre 2007
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Publié dans : Orotarik
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