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Aurélie Trouvé, co-présidente d’ATTAC, ingénieur agronome et Maître de conférences en économie

Aurélie Trouvé, spécialiste des questions de politiques agricoles,

et, de développement rural en Europe, est depuis fin 2006 la co-présidente d'Attac,
avec Jean-Marie Haribey, professeur d'économie (voir la Fiche Technique sur Attac).
Elle répond à nos questions  sur le néo-libéralisme dans la politique agricole
et les enjeux de la sécurité et de la souveraineté alimentaires.
Sa conférence le samedi 29 septembre à 10h00 à la Fondation Manu Robles-Arangiz
vous permettra d'approfondir ces thèmes et de mieux découvrir
les alternatives possibles aux politiques agricoles actuelles. 


Parler de sécurité et de souveraineté alimentaires ne revient-il pas à parler de "la fin et des moyens" ?
"La sécurité alimentaire est un droit individuel à l'alimentation saine et suffisante pour tous. La souveraineté alimentaire, est quant à elle, le droit de chaque pays ou de groupe pays de définir sa propre politique agricole et alimentaire sans que ça se fasse au détriment des autres (c'est-à-dire sans l'usage du dumping(*))
Aujourd'hui il existe le risque que soit utilisé l'objectif de sécurité alimentaire pour re-impulser une politique agricole productiviste. Ainsi en prévision des 9 milliards d'êtres humains estimés pour 2050 sur la planète un pays comme la France commence à utiliser cet argument pour donner la priorité à une agriculture exportatrice utilisant des techniques hyper productivistes, néfastes à la fois pour l'environnement et pour l'emploi. Les effets sociaux sont dévastateurs tant en France (la concentration des exploitations agricoles entraîne un affaiblissement du lien et du tissu social en milieu rural) que dans les pays importateurs de ces produits qui ne peuvent développer leur propre agriculture…
Les altermondialistes sont en faveur des droits humains fondamentaux. La sécurité alimentaire en fait partie et ne peut être assurée que par le droit à la souveraineté alimentaire…
En fait, il n'y a que si chaque pays arrive à définir sa politique agricole et alimentaire qu'on assurera la sécurité alimentaire.
Ce qui nous différencie de la plupart des Ministres de l'Agriculture européens (et surtout celui de la France) ce sont les choix des moyens à mettre en œuvre pour assurer la sécurité alimentaire." 

Quelle est l'alternative à la "vocation exportatrice" que vous considérez "non durable" ?
"La France soutient très peu les circuits courts (marchés, AMAP, etc.) et l'agriculture biologique. Pourtant ils correspondent à des exigences croissantes de la population ! Elle le fait encore beaucoup moins que beaucoup d'autres pays européens, en particulier du nord !
On pourrait très bien revenir à des outils politiques (parfaitement applicables à différents blocs de pays en plus de l'Europe : Afrique, Amérique Latine) comme la "préférence communautaire". Et cela sans mettre fin aux échanges internationaux, mais en laissant le dernier mot aux différents pays impliqués : “chaque pays doit pouvoir décider ce qu'il est bon pour lui de produire localement ou d'importer, tout en adhérant à des règles internationales pour un commerce juste”.
Cet outil politique devrait être couplé à des "accords préférentiels" (comme ceux dessinés dans l'accord de Lomé entre l'Union Européenne et l'Afrique). Ces accords prévoyaient dans les années 70 une dis-symétrie des règles : on ne pouvait imposer les mêmes règles commerciales à un pays très pauvre et à un pays très riche. Au-delà d'autres défauts de ces accords, cette dis-symétrie s'avère nécessaire au développement des pays les plus pauvres."

Dans la pratique, quelle est la tendance suivie par les échanges internationaux dans le domaine 
agricole ?
"A partir de 2003, en particulier, il y a eu un ralentissement des négociations au niveau de l'OMC sur la libéralisation du marché agricole et des services.
Par contre, l'Union européenne a essayé de contourner cela en effectuant des      “accords de partenariat économique" entre les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et l'Europe. Ce sont des accords "bi-latéraux" de libre échange.
Les partenaires du sud se trouvent ici en situation de faiblesse. En particulier, ils sont tenus par la dette et leur dépendance à l'aide au développement de l'Europe. Autant d'éléments qui font qu'ils sont en difficulté pour refuser ces accords.
Au programme de ces accords de partenariat économique… il y a la libéralisation de plus de 90% des marchés entre les intervenants. Les accords doivent être signés en décembre 2007 et ce 27 septembre une journée de mobilisation unitaire et mondiale est organisée contre ces accords (www.stopepa.org/stopepa/campaign_french.php)"

Quel est le rôle de la Politique Agricole Commune (PAC) dans ces échanges ?
"Les dernières réformes de la PAC (en 1992, 1999 et 2003) ont pour but la libéralisation des marchés agricoles… La PAC se conforme au projet néo-libéral de l'Europe : suppression progressive des soutiens des prix (donc fin des droits de douane à l'entrée), passage à des aides directes. Ces aides directes étaient à l'origine couplées à la production… mais maintenant elles sont découplées (c'est à dire fonction des superficies et de l'historique de production des terres agricoles)… 
La PAC en deviendra si absurde qu'il paraîtra légitime de demander sa suppression (afin d'éviter 50 milliards de coût par an à l'Union Européenne)… et obtenir la libéralisation complète du marché agricole." 

La PAC actuelle ne semble pas défendable…
"En effet, la PAC actuelle c'est : 
*80% des aides qui vont à 20% des agriculteurs les plus riches…
*une destruction de l'environnement assurée grâce à l'aide apportée aux plus productifs…
... elle n'est pas défendable en l’état.
Cependant on retrouve trois positions à son égard :
*La Néo - mercantile : en particulier le gouvernement actuel, et dans son giron les syndicats majoritaires s'accrochant à la PAC actuelle en essayant de maintenir sa vocation exportatrice...
*La Néo-libérale : contre la PAC et pour une libéralisation du marché agricole via un démantèlement de la politique agricole et alimentaire…
*La défense d'une autre PAC fondée sur des exigences sociales et écologiques.  Elle met en avant la solidarité avec les pays les plus pauvres mais aussi l'importance de l'agriculture européenne pour l'emploi et le développement rural. Cette position est défendue par des organisations paysannes, des acteurs du développement rural, des alter-mondialistes, etc.  Selon moi, c'est la seule possible aujourd'hui en terme de durabilité… Il faudra une véritable convergence pour qu'un projet commun émane de cette troisième tendance. 

Pouvez-vous nous mentionner des mesures concrètes permettant d'amorcer un virage au niveau des politiques agricoles actuelles ?
On peut citer pour exemples ces quelques mesures :
*Défendre le soutien des prix internes, avec prélèvements variables aux frontières pour les produits importés… 
*Maintenir des quotas négociés périodiquement… pour ne pas tomber dans la sur-production. Cette mesure sera difficilement applicable à partir de 2013 année où la poursuite ou la fin de la PAC sera en jeu.
*Ecoconditionnalité obligatoire : ou subordination des aides agricoles au respect de règles plus fortes en matière sociale et environnementale. Ces règles doivent être  accompagnées de contrôles  effectifs…
*Soutien de l'insertion de l'agriculture dans le développement rural (via une aide de l'agriculture paysanne et biologique)…
*Régulation de prix sur des produits spéciaux (tropicaux par exemple) pour que les pays les plus pauvres puissent se développer à leur tour. 
En fait, il faudra une régulation globale des marchés agricoles… non via de l'OMC… mais par une instance respectant la charte des Nations-Unies sur l'environnement et le droit du travail.  


(*)en commerce international, le dumping est le fait de vendre dans un autre pays à un prix inférieur à celui pratiqué dans le pays d'origine de l'entreprise.



“Agir local, penser global”... par une réflexion tojours poussée vers l’action
Association d’éducation populaire
Voici comment on passe de la critique du néo-libéralisme à la réflexion et à la lutte pour un autre monde solidaire, écologique et démocratique.

Historique
Fondée en 1998, Attac (Association pour la Taxation des Transactions pour l'Aide aux Citoyens) promeut et mène des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l'ensemble du monde.
Mouvement d'éducation populaire, l'association produit analyses et expertises, organise des conférences, des réunions publiques, participe à des manifestations…

Plate-forme du mouvement international ATTAC (
www.attac.org)
“La mondialisation financière aggrave l’insécurité économique et les inégalités sociales. Elle contourne et rabaisse les choix des peuples, les institutions démocratiques et les Etats souverains en charge de l’intérêt général. Elle leur substitue des logiques strictement spéculatives exprimant les seuls intérêts des entreprises transnationales et des marchés financiers.(...)
Les actions comunes d’ATTAC on pour but :
*de reconquérir les espaces perdus par la démocratie au profil de la sphère financière
*de s’opposer à tout nouvel abandon de souveraineté des Etats au nom du prétendu "droit" des investisseurs et des marchands
*de créer, au niveau mondial un espace démocratique.
Il s’agit tout simplement de se réapproprier ensemble l’avenir de notre monde.”
 

ATTAC de nos jours : 
Fin 2006, Attac est présente dans une cinquantaine de pays ; Attac France compte 21 600 membres dont 413 personnes morales et plus de 200 comités locaux(*). L'association est dirigée par un conseil d'administration de 30 membres élus par les adhérents, et dispose de l'expertise d'un conseil scientifique de 110 membres. Pour faire coïncider son fonctionnement interne avec son objectif, qui est de construire un monde de coopération, et pas de concurrence ni de lutte de pouvoir, la direction est collégiale (actuellement Aurélie Trouvé et Jean-Marie Harribey sont co-présidents).
Dans les prochains mois, les thèmes suivants seront traités en priorité : “L'Autre Europe que nous voulons” (pour organiser une campagne d’éducation populaire sur ce nouveau traité et exiger un référendum) ; “Solidarité face aux inégalités” (sorte de contre-attaque au gouvernement sur la franchise médicale, la réforme des universités et la TVA sociale) et “L’Ecologie liée à la question sociale” (pour intégrer l’écologie dans les luttes sociales…).  


(*) Attac Pays Basque : www.local.attac.org/attac64/bayonne/index.php

Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /Sep /2007 14:27
- Publié dans : Agriculture - Laborantza - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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