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4 témoignages sur une autre façon de se mobiliser

Mobilisations contre la guerre en Irak en 2002 et création d’EHka en 2003 : 
deux moyens complémentaires pour faire un autre monde



EHka, le Cola équitable d'ici, Baso Berria  ou le verre réutilisable et enfin Ekiondo, le projet des carburants végétaux ont déjà été évoqués dans Alda!
Ces projets ont tous une "origine" commune : la nécessité de construire une "alternative" ou une "offre" quotidienne et durable  à la suite des réflexions menées  en 2002 lors  des mobilisations populaires contre la guerre en Irak.
Alda! présente l'interview de quelques acteurs qui ont collaboré dans différentes phases de ces projets afin de mettre en lumière  quelques éléments clés de ce passage de la manifestation "ponctuelle" à l’action "permanente".

De la mobilisation ponctuelle en 2002…
Nicolas Ducoulombier (membre d'Alternatiba) : L'action ponctuelle correspond à un problème particulier. On réalise souvent une manifestation ponctuelle pour s'opposer à quelque chose de précis. En fait à partir de là il y a un besoin de faire la transcription au quotidien de cette contestation. Autrement dit, il faut essayer de s'organiser dans la vie quotidienne avec des pratiques qui ne posent plus le type de problème qu'on critique lors de manifestations.
Gilles Barnebougle (membre d'Alternatiba) : Cette transcription au quotidien a pour but de rendre la contestation encore plus concrète, réalisable et pratique et de la même façon durable !
Pascal " Skual " Mulet (présent en 2002) : La guerre en Irak avait et a pour vraie raison la logique de domination économique  poussée par l'impérialisme etats-unien. Par la manifestation on s'opposait à un une des conséquences concrètes de ce système : la guerre. Or ce système qui produit la guerre… en tant que consommateur on l'alimente ! Dans les faits, une mobilisation ponctuelle via la manifestation ne semblait pas être une réponse suffisante à un système alimenté au quotidien par tous les citoyens. Etant nous-mêmes -en tant que consommateurs- partie intégrante de ce système, on s'est posé la question de savoir comment on pouvait au quotidien le soutenir le moins possible.
Gilles  : Le but était de participer le moins possible à ce système, bref de  réduire notre collaboration en n'ayant pas à devenir ascète pour autant.
Florent Lapègue (membre d'Alterka ) : Issu du monde des gaztetxe, lorsque les mobilisations contre la guerre en Irak ont débuté, l'échange d'expérience et le travail en réseau avec d'autres gaztetxe (du Nord et du Sud) m'ont beaucoup aidés. En effet après avoir identifié les vrais motifs de la guerre on a commencé une campagne de conscientisation pendant les mobilisations pour montrer qu'on était tous consommateurs de pétrole… et acteur de cette guerre.
Skual : A l'époque Coca cola avait financé la Campagne de Bush. Coca correspondait à toute cette uniformisation culturelle et domination économique. Enfin, des pratiques de cette multinationale étaient suspectes (mystérieuses disparitions de syndicalistes en Amérique Latine, etc.). Bref c'était LE symbole. Mais on a vite remarqué que dans tous les domaines de la vie des alternatives pouvaient être travaillées.

… à la création d'alternatives fonctionnant au quotidien :
Florent : En fait on a remarqué que la campagne de boycott du Coca Cola était vouée à l'échec de par  les moyens mis en place par ces entreprises pour rendre leurs produits plus accessibles que l’eau dans certaines régions du monde ! Au même moment, on a aussi eu vent de l'existence du Cola breton. L'un issu d'une initiative poussée par les acteurs de la culture locale et l'autre par celui du commerce équitable. C'est comme ça qu'on est passé d'une logique de dénonciation et d'information à une logique de nouvelle offre en créant et proposant EHka cola (un produit du commerce équitable).   
Nicolas : De la même façon, par la suite sont nés les projets Ekiondo (production et utilisation locale de l'huile végétale pure en substitution de carburants), les verres recyclables (Baso Berri), la promotion du tri-sélectif, etc. La création d'un magazine servant à mettre en valeur des pratiques alternatives d'ici ou d'ailleurs nous a permis de multiplier le nombre de projets.

En quelques mots, qu'est-ce qui fait passer de l'action "ponctuelle" à la pratique "quotidienne"  ou construction permanente ?

Skual : Ça peut être le besoin qu’on ressent d'adopter une attitude qui complète les insuffisances de la mobilisation ponctuelle. Et quanad on passe à cette nouvelle phase, c'est l'excitation de la création d'une alternative qui prend le dessus…
Nicolas : Comme on a souvent l'impression que s'opposer c'est nécessaire mais insuffisant… le  fait de monter un projet alternatif c'est une manifestation complémentaire.
Gilles  : On passe d'une phase d'idées à un projet concret, facile d’accès pour tout un chacun. On a l'impression que l'opposition s'achève lorsque la Guerre débute. Alors que la construction mobilise les forces de façon plus durable et nous permet de mettre en avant des valeurs de solidarité.
Skual : Une des références qui nous a marqués était un pamphlet écrit par Etienne de la Boétie en 1548 (alors qu'il était âgé de 18 ans). C'était le "Discours de la Servitude Volontaire"(*).
Nicolas : En fait, la Boétie explique que si nous ne soutenons pas le monstre il est à la même taille que tout le monde, voir plus petit ! Cela nous a encore plus encouragés à ne pas soutenir ce qui ne correspond pas à notre idéal !
Florent : Quand on a remarqué que par notre mode de consommation nous renforcions nous aussi un modèle économique on a pensé à mettre en place à notre échelle une alternative durable. On s'est mis à imaginer dans l'avenir ce que serait l'offre de Cola équitable d'ici. Et quand on veut réfléchir sur les 20 années à venir, l'observation des expériences des 20 dernières années est d'une grande utilité pour connaître les réussites ou les échecs des différents projets alternatifs créés à l'époque, pour se mettre en contact avec d'autres acteurs faisant vivre des projets du même genre.

Quels ont été les premiers résultats de cette autre forme de mobilisation ?

Gilles : J'étais contre la Guerre en Irak, mais pas mobilisé dans les manifestations. Quand j'ai connu le projet EHka j'ai vu qu'on pouvait se mobiliser "pour ne pas alimenter le géant ou le "tyran"", dans ce cas Coca-Cola. Là, je me suis dit "on peut y arriver" et cela m'a motivé à m'impliquer à mon tour ! Cette autre forme de mobilisation m'a permis de voir petit à petit une autre forme de consommation être adoptée : une consommation équitable, locale et durable.   
Skual : Tous ces évènements nous ont fait réfléchir sur les différentes façons de consommer. On a ainsi pu remarquer qu’on peut tendre vers cet autre monde par des actes de consommation de la vie de tous les jours. Alternatiba et Alterka mettent des alternatives en place, mais c’est à nous, consommateurs, de les faire vivre.
Nicolas : L'alternative au quotidien fait réfléchir les utilisateurs et c'est un grand moteur pour les animateurs du projet. On a commencé avec des petits objectifs. Les verres ont été testés à petite échelle, cela permettait de visualiser les premiers résultats et penser aux moyens de toucher plus de personnes via un festival, etc.  On ne règle pas tous les problèmes mais on contribue à faire prendre conscience via la pratique au quotidien. On apporte une réponse concrète au problème du tri avec ces verres.
Florent : Quand on rentre dans la phase de concrétisation du projet alternatif (définition d'EHka kola, création de la SCOP, apprentissage du métier de la production), on remarque que d'autres acteurs ou militants autour de nous s'animent et jugent le projet de plus en plus crédible… Le fait de rentrer dans le milieu économique nous a permis aussi de trouver un public réceptif qui n'était pas touché par le milieu associatif.  


(*) Extrait du “Discours de la Servitude Volontaire”
“(...)Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n'est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte ?  Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s'il n'était d'intelligence avec vous ?(...)”
Le texte intégral est disponible sur le net.
Jeudi 4 octobre 2007 4 04 /10 /Oct /2007 14:21
- Publié dans : Orotarik - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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