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par Pascal “Skual”Mulet


Avance de moyens, finance capitaliste   et finance solidaire


Qui n'a pas entendu parler de la finance et de ses déboires ? La crise financière de cet été nous a brutalement rappelé à quel point la planète finance semble folle et opaque. Pourtant, d'autres finances sont possibles ! La Semaine de l'épargne solidaire en Aquitaine, qui aura lieu en Pays Basque du 20 au 27 octobre sera l'occasion de mieux connaître cette partie cachée et encore marginale de l'iceberg. Paral-lèlement à cette manifestation, Alda! lance une nouvelle session sur le thème de l'épargne et de la finance. Voici pour commencer une petite histoire.

L'avance de moyens, une validation sociale antérieure à la réalisation du projet.

Robinson, sur son île, n'en peut plus de manger des crabes qu'il attrape sur la plage. Il veut du poisson. Pour cela, il imagine un bateau assez solide pour pouvoir pêcher au large. Mais, il n'a pas les réserves de vivres suffisantes pour se consacrer entièrement à ce projet (c'est un boulot de dingue). Il lui manque les moyens nécessaires au démarrage de son activité, et ne peut donc la lancer seul. Alors qu'il allait abandonner, il croise Vendredi et lui explique son projet et son dépit. Celui-ci à justement un stock de vivre. Il lui dit : "Je peux t'aider, car j'ai justement ce qu'il te manque (j'ai épargné). Je suis prêt à t'en prêter une partie pour que tu puisses te lancer. Tu me rendras l'équivalent en poissons. J'adore le poisson."
On ne peut pas parler à proprement dit de finance à propos de cette histoire, car il n'y a pas circulation de monnaie. Mais on peut en relever deux principes. Tout d'abord, que certains projets demandent plus de moyens qu'une seule personne(*) ne peut en posséder. Deuxièmement, que pour qu'il y ai prêt, il faut que ce projet soit validé socialement à l'avance. Quand j'achète une marchandise, je valide après sa conception l'utilité qu'elle a pour moi. Dans le cas qui nous intéresse, Vendredi fait un pari sur l'avenir : il prend le risque de voir disparaître une partie de ses conserves (si le projet échoue) car il pense que Robinson va ramener du poisson, et que le fait d'avoir du poisson est un plus pour eux.
Dans notre système capitaliste, les principes sont les mêmes quand ma banque prête de l'argent à Alda! qui a besoin de moyens pour grossir : je fais un pari sur l'avenir car je pense que Alda! engrangera assez de profits pour me rembourser, mais en plus pour me payer un intérêt conséquent. J'ai donc validé "à l'avance" ce projet.

Il n'y a pas une, mais des finances

Ainsi, ces deux principes, qui sont à la base de la finance capitaliste, sont communs à tout système d'avance de moyens. Que ce soit un prêt bancaire, l'achat d'actions ou d'obligations, ou encore un crédit accordé par un Etat à la recherche, on retrouve toujours les mêmes principes : avancer des moyens à un projet pour en retirer quelque chose. Ensuite, ce sont les finalités que l'on donne à cette pratique, le "quelque chose" (création de plus-value monétaire ou amélioration du bien être de la collectivité, par exemple) qui vont varier, et avec eux les moyens mis en place et la manière dont sont prises les décisions de validation (par le marché, par les urnes…).

La finance capitaliste

Une des spécificités du capitalisme, c'est le capital. Marx le définit comme de la valeur qui s'accroît d'elle-même, qui s'autovalorise : celui qui est propriétaire d'un capital de base l'investit dans une industrie quelconque, avec pour unique objectif d'en retirer une plus-value monétaire. Et une des spécificités du capitalisme financier d'aujourd'hui, c'est la séparation entre la gestion des entreprises multinationales et leur propriété. Quelques grandes banques ont réussi à concentrer le capital entre leurs mains et à imposer la folle logique de la finance(**) à l'économie réelle dans le seul but de créer de la valeur financière, sans aucun soucis sur les conséquences que cela peut avoir sur le monde réel (catastrophes sociales, environnementales,...).
Les structures de la finance capitaliste suivent une logique capitaliste. Mais d'autres modèles et d'autres logiques existent. La finance solidaire en est une preuve concrète.



(*)ou un groupe de personnes
(**)voir Alda! du
22 février 2007 : www.mrafundazioa-alda.org/article-5900576.html
01 mars 2007 : www.mrafundazioa-alda.org/article-5900627.html
Jeudi 11 octobre 2007 4 11 /10 /Oct /2007 09:57
- Publié dans : Ekonomiaz - Economie à contre-courant - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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