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“L'heure est aux circuits courts de production et de consommation, au développement local, à la recherche de la diversité et de l'adaptation spécifique aux réalités et potentialités locales.”




Alda! publie une motion qui sera discutée lors de l’AG d’AB, ce samedi 20 octobre., et qui concerne, la définition du projet abertzale, Le texte ci-dessous, est utile pour définir l’abertzalisme, comme “porteur de valeurs de proximité, d'autogestion, de développement local, de communauté territoriale et culturelle”.  De plus, cet article montre aussi dans quelle mesure le projet abertzale “participe pleinement à la définition des réponses que l'humanité  doit donner à  ces défis urgents.”

Une nation à part entière
Avec ses 3 millions d'habitant(e)s vivant sur 20 950 km2, Euskal Herria, le Pays Basque, est une nation à part entière. Dotée d'une langue et d'une culture originales, ayant traversé les millénaires en s'adaptant et en intégrant les apports extérieurs autant que les évolutions internes, cette nation cultive un fort sentiment d'attachement à son identité. D'autant plus que celle-ci est aujourd'hui fortement agressée et mise en danger tant par les grandes tendances à l'uniformisation de la globalisation capitaliste que par les politiques de mise sous tutel-le des Etats français et espagnols qui au fil de l'Histoire l'ont mise sous leur coupe et écartelée en trois territoires administratifs distincts.
Ces deux Etats refusent à Euskal Herria le droit à l'autodétermination, à pouvoir se prononcer démocratiquement sur la manière dont elle entend son avenir, ainsi que ses relations avec ses voisines, l'Europe et le monde. Ils lui dénient jusqu'à la reconnaissance de ce qu'elle est : une nation à part entière. Ils le font parce que c'est leur intérêt d'Etat -de bloquer toute possibilité d'amputer sa surface de d'administration- et non parce que c'est juste, démocratique, ou la simple reconnaissance de la réalité. Ce déni va pourtant à l'encontre de toutes les évidences.
Si l'on accepte le principe qu'une nation est le "produit historique d'une cristallisation identitaire fondée sur des pratiques sociales pré-existantes, entraînant l'existence d'une communauté dessinée par des gens qui ressentent une identité en commun, telles qu'ils choisissent (ou souhaiteraient avoir la possibilité) d'exprimer leur citoyenneté dans le cadre de cet imaginaire" (Michel Cahen, 2002), alors il est évident qu'il y a une nation basque. 
Malgré des siècles d'existence sans Etat propre, malgré des guerres, des politiques puissantes d'assimilation ou d'intégration, l'évidence de la persistance d'une telle réalité, d'un tel sentiment collectif en Pays Basque saute aux yeux. Le fait qu'il y ait à l'aube du troisième millénaire dans un petit territoire de l'Europe occidentale -peuplé par 3 millions d'habitant(e)s- prés de 700 prisonniers politiques, des milliers de réfugiés, ou encore le fait qu'environ la moitié du corps électoral se reconnaisse dans des partis se déclarant ouvertement indépendantistes, suffisent largement à en témoigner.
Interdire à une nation d'exercer son droit à l'autodétermination n'a jamais empêché -à moins de l'écraser totalement- ni une  revendication nationale de s'exprimer et de se développer, ni finalement ce droit de s'exercer. Cela conduit juste à empêcher les choses de se faire de manière démocratique et pacifique, à crisper les situations à l'extrême, à produire chaque fois plus de blessures et de divisions dans les populations concernées.
Une telle attitude est révélatrice du rapport conservateur et manquant totalement d'ambition historique qu'entretiennent les Etats français et espagnol vis-à-vis du projet européen. Ils sont prêts à toutes les guerres pour ne pas risquer de perdre la plus petite parcelle de territoire qui pourtant resterait entièrement intégrée à leurs côtés dans une Europe des nations.

Ouverts sur le monde et tournés vers l'avenir
Abertzaleen Batasuna s'inscrit tout au contraire pleinement dans la perspective d'une Europe fédérale des nations et des citoyens, elle même solidaire du reste du monde et particulièrement de ses parties les pauvres.
Nous ne réclamons aucun statut privilégié ou différencialiste. Nous nous battons à l'inverse pour l'égalité des droits, par exemple l'égalité des droits d'Euskal Herria et de ceux des autres nations européennes. Nous voulons pouvoir sauver -et jouir de manière épanouie de- notre langue et notre identité nationale et socio-culturelle, tout en donnant tous les moyens aux autres nationalités et cultures présentes en Euskal Herria de s'épanouir pleinement et de bénéficier d'une parfaite égalité des droits.
Nous ne nous battons pas pour des postes frontières dont nous ne voulons aucunement, mais pour que l'Europe et le monde de demain restent riches de toute leur diversité actuelle. Nous ne nous battons pas pour un Etat-nation type 19ème siècle mais au contraire pour le dépasser en inventant les formules permettant -dans ce monde globalisé et cette Europe en construction- l'exercice d'une démocratie et d'une souveraineté populaire chaque fois plus réelles, ainsi que l'épanouissement convivial de toutes les identités -qu'on les appelle ethniques, nationales ou culturelles- appelées à se croiser et se brasser chaque jour d'avantage. Nous ne luttons pas pour nous séparer de quiconque, mais au contraire pour réunifier le Pays Basque, écartelé par l'Histoire et les réalités administratives actuelles, et développer pleinement ses rapports de convivialité et de solidarité avec les autres peuples d'Europe et du monde.
Nous ne nous battons pas au nom de l'Histoire passée mais de celle à venir. Nous ne défendons pas des "droits historiques" mais un projet politique, une vision d'avenir. Pour nous les territoires, y compris le mythique Zazpiak Bat, n'ont aucun droit, ce sont au contraire les populations actuelles qui ont tous les droits. Cela suppose que les procédures d'autodétermination elles-mêmes devront être soumises à la décision des populations actuelles, en fonction de leur vécu collectif spécifique actuel, concrètement en Pays Basque nord d'une part, en Navarre du sud d'une autre et enfin sur les trois provinces de Biscaye, Gipuzkoa et Alaba. Nous accepterons l'exercice du droit à l'autodétermination et le verdict des urnes quel qu'il soit, à tout moment de l'Histoire de ce pays. Nous demandons juste aux deux Etats français et espagnol d'en faire autant.
Notre vision de la nation et de la culture basque n'est aucunement figée dans le passé, mais s'inscrit au contraire dans le mouvement perpétuel qui siècle après siècle, brassage de population après découverte d'autres cultures, évolutions sociales et économiques après innovations technologiques et renouveaux intellectuels, produit chaque fois une nouvelle forme de culture, un nouveau vécu collectif. C'est pourquoi la nation et la culture basque de demain ne seront pas la production des seuls Basques d'hier, ceux qui sont nés tels, mais de tous ceux et celles qui, vivant aujourd'hui sur ce territoire, s'associent à la production actuelle de ce projet culturel et national, avec tous  leurs richesses particulières et  leurs apports complémentaires. Ce n'est rien d'autre qu'une banalité de le dire : est basque celui qui est issu du processus de production culturelle et nationale basque des décennies et siècles passés, mais également celui ou celle qui participe au processus actuel de production de l'identité nationale et culturelle basque qui sera celle que connaîtront les générations à venir. Bref, né(e) de parents basques ou non, né(e) en Pays Basque ou ailleurs, est basque celui ou celle qui veut l'être et amène sa pierre à cet édifice collectif en évolution perpétuelle qu'est la nation basque, comme toutes les autres.

En finir avec les logiques du passé
Dés 2003, Abertzaleen Batasuna expliquait "(...) notre revendication identitaire va également à l'encontre de la logique dominante : celle du tout marché, celle de la marchandisation de toutes les activités humaines. A quoi bon un nouveau pays dans le monde qui morcellerait davantage le marché ? Cela ne pourrait que compliquer davantage les stratégies commerciales des grands groupes. Ce qu'il faut au contraire, de ce point de vue, ce sont de grands ensembles géographiques régis par les mêmes lois, les mêmes traditions et habitudes de consommation, la même langue si possible, bref un espace le plus homogène possible, avec un minimum de particularismes, permettant ainsi aux nouveaux modèles de consommation de pénétrer plus facilement. Que nous le voulions ou pas, les objectifs nationaux des abertzale vont à l'encontre de la logique néo-libérale dominante.".
L'actualité mondiale de ces dernières années vient encore plus souligner en quoi la revendication abertzale est parfaitement adaptée aux enjeux progressistes d'aujourd'hui et des décennies à venir, en quoi elle s'inscrit pleinement dans le seul avenir supportable par l'humanité et la planète.
La globalisation capitaliste produit des conséquences totalement contraires aux prédictions des idéologues néolibéraux : nous n'assistons pas à une diminution de la pauvreté à travers le monde, à une baisse des inégalités mais au contraire à une paupérisation croissante qui se répand sur tous les continents. Au niveau global, c'est le rapport des revenus distribués entre le capital et le travail qui change en passant au cours de ces dernières décennies de 30/70 à 40/60 faisant flamber les inégalités et les situations d'exclusion. Le mécanisme en est simple, la mondialisation capitaliste met en concurrence les travailleurs du monde entier et les oblige à accepter des conditions de travail et de salaires toujours plus défavorables, sous peine de délocaliser  chez le voisin. A l'échelle du monde, on trouve toujours un plus pauvre, qui n'aura pas d'autre choix que d'accepter de produire dans des conditions socialement et écologiquement moins contraignantes. De même, la libéralisation des échanges commerciaux, dans un monde où les pays ne sont pas du tout au même niveau de développement économique, va jusqu'à mettre à mal et menacer définitivement la souveraineté alimentaire de nombre d'entre eux.
Le dépassement du pic de Hubbert qui caractérise la situation du pétrole dans le monde mais qui menace aussi les autres énergies non renouvelables, certains minerais, et également certaines ressources qui étaient a priori renouvelables, vient nous rappeler une évidence que la mondialisation capitaliste feignait d'oublier : nous vivons sur une planète finie, aux ressources naturelles limitées. La fin du pétrole pas cher va bouleverser notre conception (historiquement très récente) de l'organisation des échanges mondiaux. Le "voyager et transporter toujours plus, plus vite et plus loin" vit ses dernières heures. Nous allons être contraints à revoir des modes de production et de consommation qui faisaient pousser des patates dans le Nord de la France pour les envoyer se faire conditionner en Italie puis être mangées en Belgique.
Même si les ressources de la planète avaient été illimitées, le productivisme -élément central du capitalisme- caractérisé par la croissance toujours plus importante de la production, de la consommation et des transports aurait quand même dû être aujourd'hui radicalement remis en cause. En effet, ce système est terriblement destructeur de tout ce qui fait la qualité de la vie, des rapports sociaux et relations humaines, des cultures populaires, de la biodiversité. Il s'attaque aujourd'hui à la vie, par les manipulations génétiques de toutes sortes et à grande échelle, sans qu'on ait la moindre idée d'où nous conduisent ces voies ouvertes pour la seule soif de nouvelles sources de profit financier. Enfin, il est tout bonnement en train de pourrir la planète et d'en bouleverser les grands équilibres écologiques par les déchets et pollutions de toutes sortes qu'il produit à une échelle et à un rythme jamais égalés dans l'Histoire de l'humanité. L'effet le plus connu est le réchauffement de la planète dû à l'émission des gaz à effet de serre qui a explosée depuis ces deux derniers siècles. 

Modernité du projet abertzale
Bref ce système est insupportable pour l'humanité et la planète, et en compromet gravement le proche avenir. L'heure est à la relocalisation de l'économie, aux circuits courts de production et de consommation, au développement local, à la recherche de la diversité et de l'adaptation spécifique aux réalités et potentialités locales.
Tout cela ne pourra qu'exiger une relocalisation du politique, déjà appelée par le désengagement citoyen, la démission démocratique de populations qui se sentent de plus en plus perdues dans des systèmes chaque fois plus gigantesques, hors de leur portée et de leur entendement, aux enjeux chaque fois plus complexes, échappant de plus en plus à la sphère politique, se soustrayant chaque fois d'avantage à l'emprise de la souveraineté populaire. Plus une gouvernance Européenne et mondiale est rendue nécessaire par le besoin de gérer politiquement et socialement l'économie mondialisée et de répondre aux défis écologiques, sanitaires... à l'échelle continentale et planétaire, plus le principe de subsidiarité est à l'ordre du jour et plus nous avons besoin d'échelles locales de gestion citoyenne pour ne pas être déconnectés de la politique et de la gestion démocratique de la société.
Le projet abertzale, porteur de valeurs de proximité, d'autogestion, de développement local, de communauté territoriale et culturelle, participe pleinement à la définition des réponses que l'humanité doit donner à ces défis urgents.
Attaché à l'épanouissement identitaire et personnel des individus et à leur sentiment d'appartenance solidaire et de responsabilité commune face à un projet, un devenir collectifs, il freine la transformation des gens en consommateurs isolés, mais massifiés dans une existence uniforme, insolidaires et de moins en moins capables de résistances et de constructions collectives allant au delà de la recherche de leur intérêt personnel.
Par sa centralité culturelle, il privilégie le qualitatif au quantitatif, le social au matériel, le progrès humain au progrés technologique, la recherche du bonheur à l'efficience économique et productiviste. Il est ainsi mieux préparé à combattre la marchandisation du monde, de nos vies, de tout ce qui fait de nous des êtres humains et non pas des machines à produire et à consommer. Oui, ça ne SERT à rien de se battre pour maintenir l'euskara quand tout le monde comprend le français ou l'espagnol. Tout comme la pureté d'une eau ou la beauté d'un paysage, l'amitié, les sourires ou la poésie ne servent à rien dans le cadre d'un tel point de vue. C'est pourquoi, nés pour défendre quelque chose qui ne servait à rien d'après le vieux logiciel jacobin et productiviste, nous sommes mieux à même de comprendre les enjeux réels du monde d'aujourd'hui et de leur apporter, ici et maintenant, les réponses satisfaisantes du point de vue de l'intérêt de l'humanité.
C'est pour toutes ces raisons que la revendication et la pratique abertzale, tels que les conçoit et essaie de les porter jour après jour Abertzaleen Batasuna, loin d'être une défense nostalgique d'un passé idyllique et idéalisé, constituent un projet pleinement moderne, porteur d'avenir. Il participe à notre échelon local à la construction mondiale d'une alternative solidaire, équitable, écologique et démocratique à ce système archaïque et destructeur qu'est le capitalisme, productiviste, centralisateur et uniformisateur. Ce dernier menace aujourd'hui gravement la planète et l'espèce humaine.  C'est pourquoi l'engagement militant de tous ceux et celles qui en Pays Basque se sentent responsables de l'état du monde que nous laisserons aux générations qui nous suivent est plus que jamais capital.
Jeudi 18 octobre 2007 4 18 /10 /Oct /2007 14:43
- Publié dans : Réflexion abertzale - Abertzale gogoetak - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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