Réflexions développées durant la conférence de Gérard Filoche à la Fondation
En décembre 2005, l'inspecteur du travail, Gérard Filoche, animait une conférence de la Fondation Manu Robles-Arangiz sur le thème : Décembre 95 : une défaite du libéralisme ? dix ans déjà…
L'analyse de ces évènements et leur mise en perspective a été très riche en enseignements.
Cette semaine, Alda! publie quelques réflexions qui ont été développées lors de cette conférence.
Compte tenu des différents avis de grève de ce mois de novembre, et la prochaine entrée en vigueur du nouveau Code du Travail, “à droits très allégés”, la conférence d'il y a près de 2 ans reste
d'actualité et apporte des éléments pour mieux cerner quelques dossiers "chauds" des semaines à venir.
Ne pas oublier la perspective historique
En guise d'introduction, Gérard Filoche, qui est aussi rédacteur en chef du mensuel Démocratie & Socialisme (www.democratie-socialisme.org) depuis 1992 mentionne qu'il ne faut pas voir l'histoire de façon linéaire. En effet cette dernière est formée de cycles. Une
période de reculs ou pertes en matière de droits sociaux peut être suivie par une phase de nouveaux acquis ou gains sociaux. Ainsi, la compréhension d'un évènement (grandes grèves de novembre-
décembre 95) demande plus de recul et d'analyse que ce qui est pris par un journal souhaitant avoir une photographie immédiate de ce même évènement...
Gauche / Droite
Au moment de planter le décor, Gérard Filoche utilise une formule pour différencier la droite et la gauche : "Avec la Gauche au pouvoir on n'a pas tout ce qu'on veut, avec la Droite au pouvoir, on
a tout ce qu'on ne veut pas !".
A l'époque, c'était l'exemple de Chirac qui a été utilisé. Ce dernier avait fait campagne pour la réduction de la Fracture Sociale et une fois élu s'était consacré à la réduction du déficit.
Membre du Bureau National du Parti Socialiste, Gérard Filoche reconnaît cependant que la direction de la Gauche n'était pas toujours à la hauteur des attentes de son électorat potentiel.
Ainsi, malgré 90% des médias et des élus qui étaient favorables au OUI pour le référendum de 2005… 55% de la population a voté NON (dont 73% des ouvriers et 59% de l'électorat
socialiste).
Grandes grèves de fin 95
Les fortes mobilisations de fin 95 avaient été précédées par la première grève européenne des cheminots en juin 1993. De plus, le mouvement social des années qui ont précédé l'élection
présidentielle de 95 a trouvé sa répercussion ou traduction politique par un vote en faveur de Lionel Jospin. Ainsi le candidat du Parti Socialiste obtenait 23% des voix et arrivait en première
position au premier tour des élections présidentielles de 1995. De la même façon une corrélation entre les mouvements sociaux et les résultats postérieurs de la gauche a été citée. Ainsi un
parallèle peut être effectué entre les grandes grèves de novembre-décembre 95 et la victoire de 97, les mobilisations contre la loi Fillon en 2003 ou les 30 millions de jours de grève (une
vraie démocratie participative pour la retraite à 60 ans) et la victoire électorale de 2004 (20 régions sur 22 pour la gauche).
Une grève c'est quoi ?
Par définition c'est une cessation volontaire et collective du travail, décidée par les salariés dans un but revendicatif (augmentation de salaire, amélioration des conditions de travail,
protestation contre les licenciements, etc.) et entraînant la suppression du salaire pendant cette période. On pourrait rajouter que dans l'Etat français, les grandes grèves sont à l'origine de la
plupart des avancées sociales d'avant 68 et sont le moyen utilisé par les syndicats pour préserver les acquis sociaux tels que les conditions de retraite, la sécurité sociale ou le système éducatif
public.
Gérard Filoche souligne d'autres aspects des mouvements de grève :
* Ils permettent de mesurer le rapport de force entre un gouvernement et les mouvements sociaux. C'est une façon de mieux connaître l'activité sociale du monde du travail via les mots d'ordre
utilisés, etc.
*Le nombre de personnes mobilisées et de jours de grèves est publié chaque 30 juin pour l'année antérieure. Les grèves générales et mouvements sociaux les plus importants dans l'hexagone furent
ceux de 1968, 1986, 1995 et 2003.
Quelques données sur le salariat…
Lors de la conférence de Filoche nous apprenions les précisions suivantes sur :
*La population active en France : 88% de cette dernière est salariée… et le 1/10 restant dans la catégorie des agriculteurs, indépendants, etc.
*L'ensemble des salariés de l'Etat français :
- Il y en a 22,5 millions dont environ 5,5 millions sont dans le service public et près de 17 millions dans le privé.
- 8/10 des salariés sont en CDI (qui est en droit du travail la forme normale du contrat de travail).
- Le chômeur est un salarié temporairement privé d'emploi.
De plus, dans cette rubrique, deux champs d'action nous étaient présentés :
*La défense de l'emploi, c'est-à-dire de la masse salariale.
*La défense du salaire (préoccupée par la redistribution de la richesse via l'augmentation des salaires).
Enfin, comme 97% des entreprises ont moins de 50 employés, il y a 8 millions d'employés sans force syndicale pour les représenter.
… et sur la Sécurité Sociale
Elle est destinée à assister financièrement ses bénéficiaires qui rencontrent différents événements coûteux de la vie : "Maladie" (maternité, paternité, invalidité, décès, accidents du travail et
maladies professionnelles), "Vieillesse et veuvage" (retraite) et "Famille" (dont handicap, logement,...).
La Sécurité Sociale a été mise en place en 1945 et était gérée à l'époque par les organisations salariales représentant 90% des membres du conseil de direction (contre 10% pour le patronat). En
1967, Pompidou et De Gaulle ont institué le paritarisme (50/50) et de nos jours la Sécu connaît une gestion tripartite avec l'intervention de l'Etat.
La sécurité sociale est financée par les cotisations des employeurs et des salariés. Gérard Filoche insiste beaucoup sur le terme de cotisation. En effet, aucun texte officiel ne mentionne la
notion de "charge" salariale qui devrait plutôt être considérée comme un salaire indirect. A titre d'exemple, un salaire brut est diminué des cotisations et c'est le salaire net qui est remis au
salarié. Les cotisations retenues sont versées dans un pot commun dont le but est d'être redistribué à ceux qui en ont le plus besoin. La répartition en fonction des besoins est une forme concrète
d'expression de la générosité, de la solidarité et du socialisme.
Dans les fait, il faut considérer les cotisations comme des salaires indirects. Ces cotisations mutualisées sont la force du salariat !
La précarité comme norme ?
"La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?" sont les propos de Laurence Parisot, successeur du baron Seillière à la tête du Medef, que nous a aussi
rapporté Gérard Filoche. Il profitait pour nous mettre en garde contre la mise à mal du CDI, du droit du licenciement, de la durée légale du travail, du droit de grève, des droits syndicaux, de
l'inspection du travail... qu'entraîne la refonte du code du travail qui a débuté en août 2005, dont les ordonnances ont été votées en mars 2007 et la partie réglementaire sera adoptée
prochainement.
Jeudi 15 novembre 2007
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Publié dans : Hitzaldi - Conférence
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