par Txetx Etcheverry
Le succès incontestable et renouvelé de l'édition 2007 de Lurrama-La Ferme Pays Basque vient interpeller avec force l'Etat sur ses rapports avec Laborantza Ganbara.
L'affluence massive du public et surtout la satisfaction et l'adhésion heureuse que l'on pouvait voir briller dans tous les regards, la capacité à mobiliser de manière
intense plus de 700 bénévoles pendant trois jours d'affilée, la participation enthousiaste d'associations les plus diverses (environnementalistes, culturelles, gastronomique, sportives...) et
d'élus de tous bords, le soutien affiché d'instances institutionnelles les plus variées à ce salon conçu, lancé et organisé par Laborantza Ganbara souligne en effet d'autant plus le caractère
aberrant de la volonté de l'Etat de détruire cette structure.
Parler de volonté de détruire ne relève aucunement du procès d'intention mais du simple constat des déclarations et des faits : la fameuse lettre du préfet aux maires du Pays
Basque de janvier 2005, la poursuite trois années de suite devant le tribunal administratif des communes ayant voté des subventions à Laborantza Ganbara, la plainte du préfet au pénal contre
Laborantza Ganbara dans le but d'obtenir son illégalisation, le blocage de tous les financements pour lesquels l'Etat a un droit de regard, la tentative avortée de pénaliser les donateurs privés,
les interventions et pressions pour empécher la tenue de l'édition 2006 de Lurrama etc. ne sont que quelques exemples de la longue série d'agressions frontales auxquel-les se livrent les pouvoirs
publics à l'encontre de Laborantza Ganbara.
En exposant au grand jour le contenu concret de son projet et de son travail quotidien par le biais de ce salon amplement visité et commenté par la population, les médias et
les élus, Laborantza Ganbara a réussi à poser publiquement la question : qu'y-a-t-il dans notre démarche qui justifie un tel traitement ?
N'est il pas absurde de faire subir à une démarche exemplairement transparente, constructive, ouverte, pacifique, démocratique, en phase avec tous les objectifs déclarés du
Grenelle de l'environnement et de la démocratie participative, le sort habituellement réservé aux associations soupçonnées d'implications maffieuses, de couverture d'activités terroristes,
intégristes, racistes? N'y a-t-il pas là une dérive choquante ? Comment comprendre ce décalage saisissant entre cette attitude infligée à Laborantza Ganbara, et les adhésions publiques que
manifestent des gens tout à fait respectables et porteurs d'autant voire plus de légitimité démocratique que les préfets de passages, telle ce "vive Laborantza Ganbara" qui concluait le discours
de la vice-présidente du Conseil régional d'Aquitaine ?
D'autres attitudes sont possibles
Oui, la réussite encore plus flagrante de l'édition 2007 vient marteler que d'autres attitudes de l'Etat face à Laborantza Ganbara sont possibles, et souhaitables au plus
vite.
La première consiste bien évidemment à laisser Laborantza Ganbara travailler en paix : arrêter les poursuites contre les mairies qui décident de la subventionner, cesser les
interventions pour bloquer les financements divers à Laborantza Ganbara ou à ses activités, retirer la plainte au pénal déposée par le Préfet (qui sert de prétexte au blocage de divers
dossiers... en attendant la décision du tribunal qui ne vient jamais puisque la plainte n'est pas traitée depuis maintenant deux ans), cesser les pressions systèmatiques et intimidations auprès
des divers interlocuteurs de Laborantza Ganbara...
De quoi l'Etat a-t-il peur ? Qu'une association qui ne lui coûte pas un centime, qui est gérée de manière exemplairement transparente par un Conseil d'Administration
regroupant des représentants du monde paysan, des associations de consommateurs et de défense de l'environnement, des structures de développement local ou des représentants syndicaux fasse la
preuve concrète du bien-fondé de son postulat de départ ? A savoir la nécessité d'une agriculture paysanne, socialement équitable, durable, privilégiant la qualité de la production et le nombre
de paysans et de fermes plutôt que la taille de ces dernières, et l'utilité d'une chambre d'agriculture spécifique au Pays Basque pour défendre et développer ce type d'agriculture ? Dans un pays
marqué par l'histoire de la violence, ne faudrait-il pas au contraire encourager cette manière constructive et démocratique de porter ses revendications ? Devant un avenir chargé de toutes les
interrogations qui ont fait le coeur du débat du Grenelle de l'environnement, n'a t'on pas tout intéret à favoriser des expérimentations et démarches innovantes comme celle de Laborantza Ganbara
?
Une seconde attitude encore plus appropriée consisterait tout simplement à créer cette fameuse chambre d'agriculture spécifique du Pays Basque qui est la revendication portée
par Laborantza Ganbara. Quand on voit la qualité et l'impact du travail réalisé par Laborantza Ganbara, ses 400 000 euros de budget annuel et ses onze salariés, on imagine facilement tout
l'intérêt qu'aurait le Pays Basque à être doté d'une telle chambre spécifique. Les 7000 emplois équivalent temps plein qu'y représente son secteur agricole, la beauté et la vitalité de ses
campagnes, la gestion des intérêts communs au monde paysan et au reste de la population locale (qualité de l'eau, respect de l'environnement, qualité des aliments et multiplication des circuits
courts de distribution, échanges divers...), auraient évidemment tout à y gagner. Cela ne coûterait rien de plus à l'Etat, car l'exemple concret de Laborantza Ganbara est aussi là pour prouver
qu'une gestion de proximité et plus adaptée aux besoins du terrain arriverait à plus de résultats avec proportionnellement moins de personnel et de budget.
Last but not least, l'Etat ferait là la démonstration -toujours à coût financier nul et sans prendre de risque politique- que les choses peuvent bouger et avancer en Pays
Basque sans passer par la case violence et clandestinité, et que le nouveau gouvernement est dans une logique d'innovation et d'adaptation tenant compte du terrain et des expérimentations qui ont
fait leurs preuves. Il montrerait qu'il peut permettre au fabuleux potentiel militant existant en Pays Basque de s'exprimer dans une logique de construction, de collaboration et de gestion, et
qu'il n'est pas condamné à être enfermé dans une voie d'affrontement et de répression. Une telle gestion de ce dossier verrait son impact largement déborder sur d'autres terrains et permettrait
sans doute d'envisager bien des choses différemment dans ce pays.
Jeudi 8 novembre 2007
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11:37
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Publié dans : Agriculture - Laborantza
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