“Pour prendre conscience du fait que ce pays a aussi un passé, ni meilleur ni pire que celui des autres, ni d'ailleurs déconnecté d'eux, mais simplement le
sien.”
Comment prendre conscience de l'importance de l'histoire ? Le 29 novembre, Alda! publiait les réflexions et les éléments de réponse de
Philippe Mayté et d’Antton Curutcharry, deux professeurs d’histoire. Cette semaine c’est autour de Peio Etcheverry et de Peio Etcheverry-Ainchart, de nous faire part de leurs réponses avant leur
conférence du 22 décembre à la Fondation.
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Peio Etcheverry
“L’histoire pour éclairer la réalité présente, envisager des solutions ou se projeter face à des problèmes à venir.”
L'Histoire, comme il a déjà été dit dans ces colonnes, est subjective et est, avant tout, construction de l'historien, ou de petites histoires… entre historiens.
C'est pourquoi, nous assumons notre sujet d'étude, nous faisons donc le choix de raconter et sans doute parfois de "faire" l'Histoire du Pays Basque ; une histoire basée sur les faits, sans
appuyer certains d'entre eux, ni en exclure ou en inventer d'autres.
Légitimité et objectivité
Cela permet surtout de la faire connaître à tous les publics ; il n'y a pas a priori de filtres à utiliser pour raconter l'Histoire selon que nous l'exposons à des touristes, des militants ou des
élèves ; sinon, nous perdons une partie de la légitimité et de l'objectivité auxquelles nous tenons en tant que chercheur ou "raconteur".
Cette histoire n'est pas celle de Wikipedia ; tout le monde peut être historien mais ne peut pas se permettre d'écrire l'Histoire, sans étudier, ni respecter des archives.
Elle n'est pas non plus celle des manuels de l'Education Nationale qui sont tenus d'observer des impératifs et des directives. L'Histoire de France ou l'Histoire de l'Espagne racontée dans les
manuels dont nous nous servons en Pays Basque censure, réduit ou marginalise des évènements relatifs aux provinces basques, car ils ne rentrent pas dans le cadre de l'Histoire officielle qu'il
faut inculquer aux élèves.
Parfois d'ailleurs, en les niant, elle leur en donne plus d'ampleur, elle conduit ces mêmes élèves à s'interroger sur la lecture du passé qui leur est offerte et la réalité qu'ils vivent dans
leur quotidien ; cela nous donne une clé pour comprendre la fonction de l'Histoire.
Du bon fonctionnement de la mémoire
En effet, l'Histoire est là pour veiller au bon fonctionnement de la mémoire ; celle-ci n'ayant pas seulement pour but de conserver certaines informations, mais également et surtout de les
restituer et les utiliser afin d'éclairer la réalité présente, ou envisager des solutions ou se projeter face à des problèmes à venir.
Comme l'a dit un écrivain islandais, une petite nation est consciente qu'elle peut disparaître, aussi doit-elle colmater la moindre fissure et se reconstituer à chaque instant.
Ecrire et faire connaître une histoire “englobante”
En ce qui concerne le Pays Basque, nous devons impérativement nous libérer de toute tentative visant à faire de l'histoire de nos ancêtres et de nos contemporains une histoire nationale,
officielle ; notre situation de petit peuple, minoritaire et minorisé, de vieux peuple d'Europe également, doit justement nous convaincre d'écrire et de faire connaître une Histoire "englobante"
dans tous les sens du terme.
Englobante en y intégrant, dès l'origine, la diversité (des hommes, des femmes, des idées, des langues, des cultures) de ce petit bout d'humanité que nous limitons volontairement aux sept
provinces.
Englobante également en la détachant de tout européo-centrisme et en l'ouvrant sur une histoire universelle qui ces dernières années se développe dans les recherches historiques.
Englobante enfin en faisant exister la parole de ceux qui sont restés dans l'oubli ; comme le chante Mikel Laboa, “Zer dio isiltzen denak, isiltzen denean”...
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Peio Etcheverry-Ainchart
“Le passé, une succession de faits, racontés et analysés par des gens qui en ont tous une vision différente.”
L'histoire est souvent abordée avec un état d'esprit très divers.
Le touriste, en tout cas celui qui fait l'effort de réfléchir à autre chose qu'à la cuisson de sa viande au soleil des plages basques, cherchera à comprendre les liens qui unissent tout ce qui se
présente à ses yeux.
Le militant sera tenté d'y voir un outil utile à la propagation de ses idées.
L'élève verra son cours d'histoire comme la promesse d'une heure à consacrer à (rayer les mentions inutiles) :
a. calculer le temps que la feuille du peuplier de la cour de récréation met à tomber sur le crâne du surveillant assoupi en dessous ;
b. rouler le joint qu'il fumera dans les toilettes durant l'inter-cours ;
c. reluquer sa voisine/son voisin qu'il/elle kiffe trop grave ;
d. rayer au compas la table que le ministère de l'Éducation Nationale lui a généreusement fournie sur les deniers publics en vue d'assurer son avenir professionnel et son insertion dans la
société, l'ingrat…
Pourtant l'histoire peut être passionnante si elle est bien présentée.
Le passé n’est pas la vision qu’on en a
La vraie question est de savoir trouver l'équilibre entre l'attractivité du récit et la véracité des faits. Car le passé n'est pas la vision qu'on en a, il n'est même pas exactement ce que les
historiens en disent !
Le passé est une donnée objective, une succession de faits qui sont ensuite racontés et analysés par des gens qui en ont tous une vision différente. Malgré toute leur honnêteté, toutes les
précautions dont ils peuvent s'entourer en termes de méthode, les historiens voient le passé au filtre de leur origine, de leur éducation, de leur formation…
Savoir pourquoi on s’intéresse à l’histoire
C'est pourquoi quand on s'intéresse à l'histoire il faut savoir pourquoi, mais aussi être à la fois humble et honnête devant elle.
Savoir être humble
Humble parce qu'on sait que les faits seront toujours infiniment plus complexes que le récit qu'on peut en faire avec les traces souvent minces qu'il nous en reste.
... et honnête devant l’histoire.
Et honnête parce que l'histoire ne doit pas servir une idéologie et être manipulée en conséquence.
En cela il faut rejeter tout autant l'histoire de ces Français qui ont voulu faire de leur nation une réalité remontant jusqu'à des époques où ce concept n'existait même pas, que l'histoire de
ces Basques qui ont cherché à manipuler le passé de la même manière pour leur propre compte.
Se former à l’histoire du Pays Basque
La différence, par contre, qui existe entre l'histoire de France et l'histoire du Pays Basque, réside dans le fait que la première a été inculquée à des générations d'élèves de sorte qu'il est
difficile de corriger le tir, alors que la seconde ne peut même pas être enseignée, faute d'être incluse dans les programmes scolaires.
Se former à l'histoire du Pays Basque, c'est donc d'abord prendre conscience du fait que ce pays a aussi un passé, qui n'est ni meilleur ni pire que celui des autres, ni d'ailleurs déconnecté
d'eux, mais qui est simplement le sien.
Histoire et avenir
Il explique (presque) tout, mais ne justifie (presque) rien.
L'avenir, il est ce qu'en font les hommes et les femmes d'aujourd'hui, explicable par l'histoire, mais pas déterminé par elle.
Jeudi 20 décembre 2007
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20
/12
/2007
10:52
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Publié dans : Hitzaldi - Conférence
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