par Jean-Baptiste Etcheverry, Maire-Adjoint d'Hendaye
"Plus que la perception du militant, c'est la perception des électeurs
qu'il faut prendre en
compte au moment de choisir une stratégie électorale."
Que doit faire le mouvement abertzale pour dépasser les 20% des votes, c'est-à-dire atteindre le seuil de visibilité et de crédibilité permettant d'avoir une position de force au niveau des alliances ?
Alda ! a publié les réponses d'Haritza Camblong, de Xabi Larralde et de Jean-Michel Galant à cette même question.
Voici la réflexion de Jean-Baptiste Etcheverry Maire-Adjoint d'Hendaye en charge du Transfrontalier et du Tourisme.
Comment dépasser les 20% ?
“Demandons-nous déjà pourquoi nous stagnons autour de 10%. L'image du mouvement abertzale freine à mon
sens l'évolution du vote.
En effet, nous donnons l'image d'un mouvement divisé. Quatre partis (AB, Batasuna, EA et PNB auxquels il convient d'ajouter Elgar-Ensemble) se disputent un petit
gâteau.
Les compétitions entre ces partis, très soucieux d'alignement avec les partis du Sud, reproduisent du coup leurs disputes à l'identique sur notre territoire, nous détournent
de nous-mêmes. Cela nous empêche de penser par nous-mêmes et de tirer bénéfice de nos stratégies de réussite (succès exceptionnel de BATERA, d’ELB, de la Chambre d'Agriculture, etc.).
La conquête des voix vers le mouvement abertzale passe nécessairement par une écoute et une attention soutenues aux besoins du citoyen, à l'image d’ELB.
Puis par la traduction dans des projets de qualité de ces besoins et par l'engagement pour les faire aboutir.
Le tout doit être accompagné de discours et de comportements clairs .
C'est à ce prix que les abertzale surmonteront les obstacles dérisoires qu'ils ont si ingénieusement fabriqués et qu'ils se retrouveront autour d'une même stratégie
d'action avec une volonté affirmée de dépasser les 20% .
Pour l'instant, je ne vois pas de voie plus efficace.
L'objectif des 20% est-il réellement une priorité du mouvement abertzale ?
Dans les faits ou la pratique deux stratégies
électorales ont été choisies par le mouvement abertzale.
La première considère le score électoral abertzale comme une finalité : il faut ga-gner des voix en son propre nom et présenter une liste abertzale à chaque
élection.
La deuxième considère que le score électoral n'est qu'un moyen. Ainsi, plus que gagner des voix sous l'étiquette aber-tzale… la priorité est de gagner les élections dans le
cadre d'une alliance avec d'autres partenaires et d'accéder ainsi à des postes de responsabilité pour réaliser à la fois le programme municipal et abertzale. .
Ainsi, à Hendaye, une stratégie d'union avec d'autres composantes de gauche (PS, Communistes et société civile) a permis d'avoir 3 abertzale en position de gestion au sein du
conseil municipal.
Une liste abertzale aussi s'est présentée dans l'opposition,lors des élections précédentes.
Hendaye additionne les deux stratégies et constitue de ce point de vue un observatoire idéal pour en analyser les portées respectives.
Pourtant il faut bien avoir un poids électoral pour faire partie d'une coalition ? Comment “combiner” ces deux stratégies qui semblent complémentaires et nécessaires l'une à l'autre
?
En fait, on considère que les scores électoraux des législatives et des cantonales, sont caractéristiques des votes idéologiques : il n'est plus nécessaire de vouloir par les
élections municipales compter ses voix mais plutôt de conquérir le pouvoir qui va permettre de réaliser les différents projets.
Les deux stratégies sont-elles complémentaires ? Sans doute, on y trouve des convergences notamment au niveau des projets abertzale. Ceci dit les uns fixent mieux l'électorat
abertzale et les autres sont en meilleure position de les faire avancer concrètement.
Les deux démarches sont légitimes, peut-être complémentaires, mais offrent une lisibilité complexe pour l'électeur qui n'est pas encore acquis aux abertzale et qu'il nous
faut convaincre.
Ce qui me paraît acquis sur Hendaye c'est que les abertzale sont devenus incontournables de par leur poids électoral certes mais aussi par la compétence, l'engagement dans
des projets autres qu'abertzale -consorcio, tourisme etc.- tout en étant en pointe dans les programmes dits abertzale par la confiance générée depuis une présence loyale de près de 30 ans auprès
de partenaires qui étaient loin d'être acquis (prejugés de violence, terrorisme oblige).
Concernant votre choix à Hendaye, quels en sont les résultats ?
A Hendaye, seule ville à gauche sur la Côte Basque,
cela fait presque 30 ans que les abertzale sont au pouvoir avec la municipalité de gauche.
Cette ville est d'ailleurs à la pointe de la réalisation et de la mise en place d'éléments de programme abertzale : ikastola, écoles bilingues, création d'une commission
municipale sur l'euskara, mise en place d'un service municipal de l'euskara avec un personnel qualifié (bien avant que l'Office Publique de la Langue Basque mette en place des services de
traduction), etc. !
Ce bilan a été possible, malgré le nombre limité d'élus abertzale (3 élus à ce mandat) grâce aux postes de responsabiltés préalablement négociés et obtenus.
Pour faire avancer la cause abertzale, la défense de l'intérêt local est un facteur clé ?
Oui, la défense de l'intérêt local est
d'abord pour l'élu une priorité.
Les abertzale en prenant des responsabilités sur le tourisme, le consorcio, des projets d'aménagement etc. démontrent qu'ils ont la volonté de faire de cette commune un lieu
de vie agréable dès aujourd'hui et qu’ils préparent l'avenir.
L'engagement des abertzale à ce niveau surprend.
Il est apprécié par des gens qui étaient loin de nous être acquis et qui parfois nous étaient même hostiles.
Comment imaginer que cela n'ait pas de conséquences à terme sur le comportement des électeurs ?
r
Jeudi 31 janvier 2008
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Publié dans : Réflexion abertzale - Abertzale gogoetak
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