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par Hervé Kempf
Changement climatique, raréfaction du pétrole, catastrophes à venir...
la situation inquiétante de la planète est imputable à un système économique
qui n'a plus pour fin que le maintien des privilèges de l'oligarchie qui le dirige.
S'attaquer aux inégalités sociales pour combattre la crise écologique : tel est le propos central des conférences qu'Hervé Kempf donnera
les 12 et 13 février en Pays Basque nord.
Dans ces réunions publiques intitulées "Comment les riches détruisent la planète", Hervé Kempf, journaliste scientifique au quotidien Le Monde spécialisé dans les questions
d'environnement, se livre à une implacable démonstration.
Avant son arrivée au Pays Basque il répond aux questions d’Alda!
Alda - De nos jours, la fragilité des écosystèmes mondiaux semble un fait incontesté. Cependant, comment faire prendre conscience dans les "sociétés de consommation" que les activités
humaines peuvent apporter des changements catastrophiques (brutaux et irréversibles) dans les écosystèmes ?
Hervé Kempf - D'où je vous parle, l'hiver est froid, calme, le ciel bleu, limpide. Tout va bien. C'est justement ce qui est si frappant : la crise écologique, bien réelle, est peu
perceptible par nos sens, dans notre quotidien d'Occidentaux relativement prospères.
Ses trois principaux aspects, le climat, la pollution, la disparition des espèces, ne se ressentent pas nécessairement alors que la biosphère est en train de se transformer très rapidement, à
l'échelle d'une génération humaine.
Et comme nous sommes bien chauffés, que nous travaillons dans des bureaux climatisés, dans des villes bien organisés, la crise écologique semble théorique.
Faire prendre conscience, c'est donc d'abord et toujours informer, en relayant les travaux des scientifiques qui nous décrivent la rapidité des transformations à l'œuvre.
Et puis, c'est aussi être attentif aux troubles météorologiques qui deviennent permanents : les immenses tempêtes de neige qui balayent la Chine en ce moment, les grands incendies qui ont frappé
la Californie récemment, les cyclones qui se multiplient dans les régions d'Asie, etc. Ou, plus près de nous, les inondations ou les canicules qui reviennent plus fréquemment.
De plus en plus, ce désordre de l'écosystème global va se faire entendre concrètement.
A - Selon vous, changement climatique, perte de la biodiversité et pollution générale des écosystèmes ne peuvent être combattus que simultanément.
HK - Oui, car ils sont les trois facettes d'une seule crise écologique globale.
Les mêmes causes ont des effets dans ces trois volets : par exemple, une autoroute nouvelle va à la fois détruire la biodiversité - tel le projet Langon-Pau, en Aquitaine -, et favoriser le
trafic automobile, donc accroître les émissions de gaz à effet de serre et de polluants.
Par ailleurs, la détérioration d'un de ces "volets" aggrave la situation des autres : par exemple, la destruction progressive de la forêt tropicale, tout en éliminant de nombreuses espèces, se
traduit aussi par un relâchement important de gaz carbonique.
A - Vous définissez le social comme étant les rapports de pouvoir et de richesse au sein des sociétés. Dans quel-le mesure la crise écologique et la crise sociale sont-elles les deux
facettes d'un même désastre ?
HK - Depuis une vingtaine d'années, le capitalisme a continûment cherché une augmentation de la production matérielle sans égards pour l'environnement.
Dans le même temps, il a instauré une répartition des richesses très inégalitaire, telle que les couches dirigeantes, que j'appelle oligarchie, accumulent des biens et des capitaux dans des
proportions jamais vues dans l'histoire récente.
Pour maintenir les privilèges, mais aussi pour donner l'impression aux couches modestes que leur sort s'améliore, donc qu'il n'y a pas lieu de remettre en cause l'inégalité régnant dans la
société, l'oligarchie continue à pousser à cette croissance désastreuse pour l'environnement.
Destruction des écosystèmes et injustice sociale sont ainsi intimement liés.
A - Votre livre aide à sortir de l'oubli le grand économiste et sociologue américain Veblen (fin XIXe siècle).
Ce dernier nous apprend que la société veut toujours produire plus à cause du ressort central de la vie sociale qui est la rivalité ostentatoire visant à exhiber une prospérité supérieure à celle
de ses pairs.
Compte tenu de cela, comment faire changer de mode de consommation matérielle l'ensemble des sociétés riches de façon équitable ?
HK - La sortie d'une société obsédée par la
croissance matérielle doit s'inscrire dans une logique d'égalité sociale et viser en premier lieu et plus que proportionnel-lement les plus riches.
Il faut répéter et marteler que l'inégalité actuelle est plus grande qu'elle n'a été depuis cent ans, et que cela doit changer.
C'est la condition essentielle pour que les classes moyennes acceptent de réduire leur consommation matérielle. On peut imaginer pour cela de populariser l'idée de "revenu maximal acceptable",
une sorte de limitation par le haut des revenus.
Il faut aussi insister sur le fait que cette nouvelle répartition des revenus de l'activité collective dégagera des ressources permettant d'améliorer le sort des plus modestes.
Et enfin, et c'est essentiel, la diminution de la consommation matérielle redonnera leur valeur aux biens collectifs, aux politiques publiques et aux valeurs de solidarité : on pourra engager des
politiques différentes en matière de santé, d'éducation, de culture, d'agriculture, d'énergie, pour une société fondée sur plus de liens entre les gens, plutôt que sur une soif toujours
inassouvie de biens aliénant les individus isolés les uns des autres.
A - A l'époque où les dérives nuisibles du capitalisme deviennent manifestes, en quoi la démocratie devient-elle antinomique avec les buts recherchés par l'oligarchie mondiale ?
HK - La société de consommation se caractérise en ce moment, du fait de l'aggravation de la crise écologique et sociale, par la dégradation de la démocratie et par la restriction des
libertés.
Vidéosurveillance, fichages génétique et informatique, biométrie, lois anti-terroristes et anti-délinquance, croissance du nombre de personnes incarcérées, concentration capitalistique de la
presse, sont les symptômes de la restriction des libertés mise en œuvre par l'oligarchie pour éviter les critiques et les contestations.
Alors que les couches dirigeantes pensaient naguère que démocratie et capitalisme allaient de pair, elles sont de plus en plus persuadées que l'essor économique matériel peut se passer de la
démocratie.
Un exemple d'actualité est le passage en force du traité constitutionnel européen, malgré le refus du peuple français manifesté par référendum en 2005.
Aujourd'hui, l'oligarchie menace la démocratie.
Jeudi 7 février 2008
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16:55
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Publié dans : Hitzaldi - Conférence
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