par David Grosclaude, journaliste
Tous ensemble on pourra faire vieillir vite l’article 2.
Quel est l’état des lieux de la langue occitane ?
La langue est en mauvaise santé. Nous sommes en France pour la majeure partie du territoire. La France est le pays ou la diversité linguistique trépasse. La transmission familiale de la langue
est mauvaise, les outils de promotion de la langue manquent. Mais notre atout c’est le poids démographique. Il m’avait semblé lire il y a quelques années dans Enbata cette phrase : « lorsque
l’Occitania s’éveillera l’hexagone tremblera ». C’était amusant et notre rôle aujourd’hui n’est pas de faire trembler la France mais au moins de réveiller ce potentiel énorme que
constitue la langue occitane et sa culture.
Comment assurer «le plaisir de parler/pratiquer l’occitan dans toute sa richesse» ?
La langue, je l’ai personnellement choisie. Je suis un néolocuteur. Le plaisir je connais, surtout d’entendre mes enfants parler et se parler en occitan.
Je crois que la clé c’est de faire comprendre que la diversité culturelle est le meilleure remède contre le totalitarisme.
Je crois que le plaisir de parler est le même que celui que l’on ressent quand on regarde un paysage que l’on a défendu, un biotope que l’on a protégé, un espace de liberté que l’on a agrandi.
C’est difficile à définir le plaisir. Il peut être nostalgique ou être une sorte de satisfaction de créer le monde chaque jour avec une autre langue.
Ensuite pour ce qui est de la pratique la langue doit être partout. Bien sûr les institutions mais surtout la vie associative, familiale, la création culturelle. Nous sommes un peuple de l’écrit
depuis mille ans. Et ça compte dans la tête des occitans même s’ils ne le savent pas toujours.
Quelques mesures simples renforçant la présence de l’occitan dans l’administration locale (mairie, intercommunalité, conseil général ou régional) ou d’autres services publics, etc.
?
Nous avons lancé une campagne vers les communes en leur listant ce qu’elles peuvent faire sans rien demander au préfet ni au ministre. Nous avons publié aussi un document technique pour aller de
la recherche toponymique à la pose des panneaux. Il faut mâcher un peu le travail des élus. Ceci dit dans les Pyrénées Atlantiques, en Aquitaine et Midi-Pyrénées les choses avancent avec des élus
qui ont une vision de la chose assez correcte.
La clé c’est aussi le renforcement de l’enseignement DANS la langue. On avance, petit à petit mais imaginez l’ampleur du travail sur l’espace qui est le nôtre.
Tout est bon : les radios, les télés, la presse. Il faut aussi travailler ensemble, vous les basques avec nous et les autres. Dans ce domaine nous sommes assez avancés et
professionnellement je m’occupe de deux revues pour les enfants qui sont publiées en occitan, breton, catalan, corse et aragonais. Manque le basque !
Que faire avec l’article 2 de la Constitution ?
L’article 2 en théorie n’a pas de limite ! Il peut nous tomber sur la tête à tout moment . C’est la dissuasion linguistique. Il a été fait pour ça.Il est unique au monde ou presque. L’article 2
doit disparaître si l’on veut être légalisés. Mais il nous reste le champ de l’initiative citoyenne. Ce que je dis est un peu paradoxal mais je crois que nous ne ferions rien si ce que je dis
n’était pas intégré par tous dans leur démarche pour leur langue.
Je crois en l’action collective. Nous avons fédéré les mouvements occitanistes pour en arriver à la manifestation de Beziers l’an dernier (20 000 personnes). On prépare la suite. J’ai été
mandaté par la coordination occitane (Anem Òc) pour organiser une rencontre le mois prochain avec les autres langues. Il y aura des bretons, des catalans, des alsaciens, des basques, des
réunionnais, des occitans et d’autres sans doute. Si l’on transmet un message simple, clair, et unitaire je crois que l’on peut faire vieillir vite cet article 2. Il faut faire en sorte que
personne n’appuie sur le bouton de la dissuasion sans se ridiculiser. Quand une arme (comme l’article 2) est démesurée elle perd son efficacité.
L’OCCITANIE C’EST :
* Dans l’Etat français 33 départements, 6 six régions entièrement occitanes (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Limousin,
Auvergne, Provence, Languedoc-Roussillon) 2 régions en partie (Poitou-Charentes et Rhone-Alpes), le Val d’Aran en Espagne et une partie de la région Piémonte en Italie. .
* 15 millions d'habitants.
* La langue non reconnue la plus parlée dans l'Union européenne (environ 2 millions de locuteurs et sans doute autant de locuteurs passifs ou bilingues passifs). Mais c'est
aussi la seule langue parlée par plus d'un million de personnes dans l'U.E qui ne dispose pas des outils de base du développement (télévision publique, offre généralisée d'enseignement par
exemple).
Jeudi 13 mars 2008
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Publié dans : Euskaraz bizi!
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