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par Txetx Etcheverry

La question se pose depuis pas mal de temps déjà...
En effet, quand on détruit, par une décision unilatérale et sans appel une stratégie gagnante -celle de Lizarra-Garazi- et qu'on aligne par la suite près de 10 ans de stratégies perdantes, qui affaiblissent chaque fois plus le rapport de forces abertzale et renforcent chaque fois davantage la capacité répressive et centralisatrice des 2 Etats, il arrive un moment où il faut rendre des comptes. La clandestinité ne devrait pas exempter certains dirigeants de devoir faire le bilan de leur politique, d'en assumer les échecs et ne devrait pas empêcher la base de remettre en cause les mécanismes structurels qui ont produit ces échecs. Ne devrait pas... mais c'est bien ce qu'elle permet pourtant de faire, ce qui pose le problème de fond, de la compatibilité entre clandestinité et démocratie militante, entre clandestinité et stratégie en phase avec les réalités de la société, entre clandestinité et stratégie en accord avec la volonté de la base.
Cette question ne s'adresse pas à chaque militant(e) d'ETA pris(e) individuellement, qui très certainement veulent et pensent servir la cause de l'indépendantisme basque, en étant prêt(e) pour cela à sacrifier leur jeunesse, leur liberté et parfois leur vie. 
Non, cette question veut les interpeller collectivement, et interpeller leur direction, au vu d'un bilan sans état d'âme, quasi-statistique, des résultats de ses choix au cours de cette dernière décennie.
Qui d'entre eux peut répondre, en y croyant vraiment, que la cause de la construction nationale basque est aujourd'hui mieux en point que pendant Lizarra-Garazi ?
Qui d'entre eux peut affirmer que la défense de nos prisonniers politiques basques est plus puissante et massive aujourd'hui que pendant Lizarra-Garazi ?
Qui d'entre eux peut plaider que le rapport de forces abertzale face aux deux Etats est aujourd'hui plus important qu'en 1998-1999 ?
Qui d'entre eux peut faire croire que le moral des troupes, la dynamique générale, la capacité de mobilisation, la volonté de s'investir des militant(e)s abertzale de gauche est aujourd'hui en meilleur point que pendant Lizarra-Garazi ?
Pourquoi à partir de là, à partir de telles évidences, rien n'est remis en cause, rien n'est fait pour revenir à LA stratégie gagnante, celle d'un processus souverainiste civil et démocratique, d'une accumulation des forces abertzale prêtes à s'engager dès aujourd'hui dans une telle dynamique commune (Batasuna, Aralar, Nafarroa Bai, AB, peut-être EA, ELA, LAB...) ? Et en l'absence de réponse à cette question, de nouveau la même interrogation : pour qui roule ETA ?

L'attentat d'Arrasate
Cette question se pose donc depuis pas mal d'années déjà, mais bien évidemment c'est le dernier attentat mortel d'ETA qui en souligne dramatiquement le caractère plus sérieux et plus actuel que jamais. En effet, si tuer un modeste employé de péage d'autoroute ne peut laisser escompter aucun effet destabilisateur sur l'Etat espagnol, abattre un ancien conseiller municipal du PSOE deux jours avant les législatives espagnoles revenait de toute évidence à faire un joli cadeau électoral au parti de Zapatero. C'est quand même étrange cette lutte armée qui offre deux ou trois pour cent de vote -de manière tout à fait prévisible- au parti qui vient d'incarcérer près de deux cent militant(e)s indépendantistes, après en avoir fait torturer plusieurs sauvagement, et qui vient d'interdire toute expression électorale de la mouvance Batasuna, après avoir torpillé l'Estatut catalan et le plan Ibarretxe. Il est pour le moins surprenant de voir se commettre un attentat dont on sait qu'il va créer de sérieux dégats au sein de la base de la gauche indépendantiste -sans parler de la possible perte de la mairie d'Arrasate- et dont on sait que l'autre résultat prévisible est qu'il va conforter la victoire électorale déja fortement prévisible de Zapatero.
Je vois déjà de grands stratèges (les mêmes qui avaient théorisé le "plutôt Mayor Oreja qu'un PNV qui ne pacte pas avec la gauche abertzale" et ce faisant avaient... offert 80 000 voix de la gauche abertzale au PNV) expliquer toute la portée stratégique d'une telle action : conforter la majorité électorale du PSOE, c'était couper court à toute possibilité du PNV et d'EA de marchander un soutien parlementaire contre une négociation néo-statutaire, ou d'autres coups à deux ou trois bandes du même acabit... 
Et je me dis d'autant plus : drôle de lutte armée qui sert désormais d'instrument de tactique électorale.
Le goût est d'autant plus amer quand je pense à la vie perdue d'un simple travailleur de péage d'autoroute et aux 40 ans de prison que risquent de purger les deux auteurs des coups de feu...
Tout ça pour ça...
A quel moment certains auront le courage intellectuel et politique de mettre fin à cette décadence-là ?

L'anti-Basquisme du PS et Alain Iriart
Ainsi donc, l'anti-basquisme du PS vient de lui faire perdre le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques.
Imaginons une seconde : le PS serait sur les mêmes positions qu'il avait en 1980, quand François Mitterand le dirigeait. Il serait dès lors partisan d'un département Pays Basque et d'un statut officiel pour les langues et cultures minorisées de l'Hexagone. Il verrait dans le mouvement aber-tzale un allié potentiel et naturel pour déboulonner les notables de droite de leur socle traditionnel en Iparralde. Beñat Minondo, candidat PS aux cantonales de Baigorri, fort de ses 408 voix, aurait appelé à faire élire Jean-Michel Galant (ce qu'il n'a pas fait, aidant ainsi le candidat UMP à gagner de justesse : 90 voix d'écart !). Cela enlevait une voix à l'UMP. Alain Iriart, conseiller général dont le coeur penche plutôt au centre gauche, se serait au minimum abstenu. Georges Labazée devenait dès lors Président du Conseil Général. Un abertzale était maire d'Ustaritz. Espilondo n'avait pas besoin de s'allier à une militante de droite pour gagner celle d'Anglet, etc.
Les choses seraient en tout état de cause plus claires pour tout le monde et plus faciles pour le camp progressiste.
Allons-nous continuer longtemps comme ça ou certains auront-ils l'audace et la sagesse de mettre au point une stratégie politique et électorale visant tant à faire gagner le camp progressite en Pays Basque nord qu'à respecter et conforter son identité, sa langue et sa culture ? La sagesse ne vient jamais toute seule, et il faudra sans doute d'abord que les abertzale sachent se servir de leur 8 à 20% de voix de manière systématique et cohérente au deuxième tour pour forcer l'évolution vers une stratégie gagnante dans le camp de la gauche française.
Quand au nouveau conseiller général du canton d'Hiriburu, dont je ne remets pas en cause un seul instant les convictions abertzale et humanistes, cela me fait vraiment bizarre de le voir amener sa voix à cette droite anti-département Pays Basque qui a tout fait pour faire battre Jean-Michel Galant, le seul conseiller général que le Pays Basque avait élu sous l'étiquette abertzale au cours des dernières décennies. Alain Iriart déclare qu'il entend servir la cause du département Pays Basque au Parlement de Navarre, mais dans le même temps il affirme qu'il fera tout pour que l'institution Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques ne soit pas bloquée et fonctionne le mieux possible. Je dois avouer que la cohérence de tout cela m'échappe complètement pour le moment. Rarement comme à ce vote sur la présidence du Conseil Général, un abertzale n'a eu dans les mains une telle occasion de se faire la caisse de résonance des combats et revendications du Pays Basque et... ne s'en est pas servi. Il s'est montré bien plus prisonnier de logiques électorales, gestionnaires, au sens où tout centriste éclairé gère avec coeur et raison les intérêts de son canton... il n'y a pas besoin d'être abertzale pour cela.  Du coup, je me pose la même question que beaucoup d'autres abertzale à la fois déterminés et pragmatiques : Alain Iriart sera-t-il le mutil ttipi de la droite anti-département Pays Basque des Lasserre et autres Brisson, ou saura-t-il se révéler gizon au service de la cause du Pays Basque ?
Les mois et les années à venir répondront à cette question.

Jeudi 27 mars 2008 4 27 /03 /Mars /2008 10:51
- Publié dans : Réflexion abertzale - Abertzale gogoetak - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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