par Antoine Ducoulombier
La satisfaction des besoins n’est plus la fin,
mais un moyen permettant l’augmentation de la valeur.
Convention sociale permettant l’équivalence
La lecture de ce livre permet d'entamer de façon pédagogique une réflexion sur les conséquences d'un fait tellement ancré dans notre quotidien qu'il semble naturel : l'acceptation commune de
l'équivalence d'un kilo de carotte bio, de trois paires de chaussettes fabriquées en Chine et de deux litres de pétrole simplement parce qu'ils ont le même prix.
Et, conséquence importante de cette convention sociale permettant l'équivalence : nous sommes de moins en moins maîtres de notre destinée collective (voir texte ci-dessous). Ce système, si
pratique pour les échanges, a pris les rênes et n'a plus qu'une seule raison d'être : l'accumulation de la valeur.
Anselm Jappe nous explique pourquoi, en se basant sur la pensée de Marx, dont il propose une lecture originale visant à dépasser l'opposition
travail/capital(1).
Humains : de sujets à moyens
Ainsi, il explique que la critique de la société capitaliste ne peut être superficielle ; si l'on se dispense de remonter jusqu'à sa racine, la valeur, on s'expose à voir se renouveler
l'enchaînement - inéluctable selon Jappe - menant de la forme primitive de la marchandise à une société dans laquelle le système marchand est devenu le sujet et où les humains, véritables sujets
des rapports sociaux, se retrouvent simples moyens au service de ce nouveau "sujet automate" (voir texte ci-dessous).
Satisfaction des besoins des membres de la communauté humaine
Le fonctionnement de la société n'est dès lors plus régi par les rapports sociaux formant la communauté humaine et dont le but qualitatif vise à satisfaire les besoins de ses membres mais par les
échanges marchands visant de façon automatique à l'accumulation quantitative de valeur. La satisfaction des besoins n'est plus la fin mais un moyen permettant l'augmentation de la valeur.
De l'échange marchand au sujet automate
1er temps. La production de marchandise
Le travail concret (visant à créer l'objet) prend la forme de travail abstrait (visant à créer la valeur de l'objet). L'objet devient alors une marchandise. Il rentre dès lors dans le
système.
2è temps. La mise en équivalence des travaux abstraits
Dans l'échange, l'ensemble des travaux abstraits sont rendus équivalents. Ainsi, on échangera deux quantités de marchandises différentes si celles-ci "contiennent" autant de travail abstrait, si
elles ont la même valeur.
3è temps. La forme argent
Assez naturellement, une marchandise particulière, l'or par exemple, va devenir la référence de toutes les autres car elle est celle qui permet de transporter le plus facilement une grande
quantité de travail.
4è temps. L'inversion
Le mécanisme permettant d'échanger une marchandise contre une autre au moyen de l'argent s'inverse : c'est maintenant une quantité d'argent, un capital, qui va être investi dans le but de
l'augmenter au moyen de la production de marchandises. La finalité qualitative -posséder la marchandise dont on a besoin - devient quantitative - accumuler le plus de capital possible.
5è temps. Le sujet automate
Les relations entre les humains sont réduites à des échanges marchands, moyens dont disposent le sujet automate pour faire la seule chose qu'il sait faire : accumuler du capital. Ce sujet
automate n'est ni le grand patron, ni l'actionnaire - eux aussi ne sont que des moyens - mais le système de la valeur.
(1)L'opposition prolétaires/patrons ne permet pas de sortir du système de la valeur. Le travail étant complètement inscrit
dans ce système car ayant comme finalité la création de marchandise, c'est-à-dire de valeur "chosifiée", la sortie du capitalisme ne peut se faire en défendant le travail contre le
capital.
(*) Ce livre est disponible au comptoir itinérant de Kritika et dans toutes les bonnes
librairies :
www.mrafundazioa-alda.org/article-12331757.html
Jeudi 27 mars 2008
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Publié dans : Fiches Pratiques - Asteko Fitxa Lagungarriak
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