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par Txetx Etcheverry

Quand des militants d'ELA sont venus, il y a quatre ans maintenant, discuter avec moi et un certain nombre de militants d'Iparralde, je leur ai dit exactement la même chose que j'avais dit auparavant aux militants de LAB Hegoalde quand ils m'avaient demandé mon avis sur une éventuelle création d'une section Iparralde de LAB (voir mon article du mois dernier).


J'ai rajouté trois choses :

1-Je craignais que la création de LAB, au lieu de renforcer le panorama syndical du Pays Basque nord ne le complique et n'accentue sa division et son émiettement, et qu'elle isole les abertzale des autres salariés au lieu de rapprocher la masse des salariés du mouvement abertzale. Mais maintenant que LAB s'était créé ici, je trouverai encore pire que se crée par dessus une section Iparralde d'ELA, car cela ne pouvait qu'aggraver tous ces points négatifs. Et il me paraissait qu'un tel scénario confinerait au summum du ridicule, les abertzale ayant dès lors "réussi" à créer deux groupuscules syndicaux se concurrençant la même minorité militante basque sous l'oeil médusé du reste des salariés ;
2-Un travail restait à faire pour les aber-tzale qui n'était pas de rajouter à la division syndicale mais de voir au contraire comment travailler au renforcement et à l'unification du panorama syndical, et à l'avancée des idées abertzale dans le syndicalisme "français" dans lequel continuent à s'organiser 90 % des syndiqués d'Iparralde ;
3-J'avançais que si ELA voulait concrétiser son ambition d'organisation nationale, être présente sur les 7 provinces d'Euskal Herria, il y avait des manières originales, innovantes de remplir cette aspiration naturelle pour une organisation abertzale. Cela pouvait se faire sans rien entraver en Iparralde, sans rien casser ou scissionner, sans venir concurrencer ou affaiblir l'existant, sans diviser les organisations déjà présentes. Cela devait se faire en aidant et en renforçant les choix stratégiques déjà faits par les aber-tzale ou le mouvement progressiste d'Iparralde. Cela pouvait aussi se faire en répondant à des besoins encore non remplis, faute de moyens, et donc sans entrer en concurrence avec personne. Nous fumes ainsi plusieurs abertzale du Nord à évoquer le pari stratégique d'ELB et de Batera d'avancer vers la création d'une chambre d'agriculture du Pays Basque, le manque d'outils de formation au service du militantisme d'Iparralde, et le besoin d'un local inter-associatif sur Bayonne.

Une démarche innovante et respectueuse :

ELA était en fait exactement sur la même longueur d'onde, ce qui fait que les choses se déroulèrent facilement et se concrétisèrent rapidement.
ELA également voyait problématique de rajouter à la division et à l'émiettement déjà dommageable du panorama syndical d'Iparralde.
Plus généralement, ELA était plus dans une logique de renforcer les stratégies déjà définies par les abertzale d'Iparralde et qui lui apparaissaient -vu d'Hegoalde- aller dans le bon sens pour le combat abertzale progressiste. Dans ce sens, ELA avait déjà comme références privilégiées les parcours d'ELB, de Batera et des Démos, en plus des relations traditionnelles qu'elle maintenait avec les syndicats de l'Hexagone, et c'est auprès de militant(e)s de tous ces secteurs que le syndicat majoritaire en Hegoalde discuta pour savoir ce qu'il convenait de faire en Iparralde.
C'est ainsi que la Fondation Manu Robles-Arangiz, organisme de formation du syndicat, s'implanta en Iparralde et y entama un travail permanent de formation et de débat, qu'une aide décisive fut apportée au projet de Laboran-tza Ganbara sous la forme de l'achat du bâtiment devant l'héberger, qu'un local inter-associatif fut ouvert sur Bayonne, puis que l'hebdomadaire Alda! vit le jour, autant d'outils matériels qui furent mis à la disposition de divers projets, axes de travail et dynamiques militantes pré-existantes ou en gestation.
Ces outils sont aujourd'hui en place, à la disposition de tous ceux et celles qui veulent travailler -de manière exclusivement civile et pacifique- à un Pays Basque plus libre, plus juste et plus solidaire.
Depuis mon entrée dans ELA il y a trois ans et demi, je n'ai eu aucune occasion de regretter ce choix, d'autant que je partage entièrement toutes les analyses et engagements que ce syndicat abertzale de gauche a tenus au cours de cette période là en Pays Basque sud, tant sur le plan social que sur le plan abertzale. Enfin, j'apprécie toujours autant -et comme moi beaucoup d'autres militant(e)s- leur attitude respectueuse d'Iparralde, de son autonomie entière de décision, de sa réalité et ses rythmes spécifiques.

Le syndicalisme d'Iparralde :
Aujourd'hui, en Pays Basque nord et au niveau syndical, selon moi :
1-En ces temps d'offensive sauvage contre les acquis sociaux et de volonté de marchandiser tous les espaces traditionnels de gratuité, de solidarité, de services publics, l'important est que tout salarié abertzale se syndique, en renforçant les syndicats majoritairement présents dans sa boîte et en marquant évidemment une préférence pour ceux qui sont sur une ligne claire de défense des intérêts des travailleurs(ses).
2-Ces abertzale doivent par leur travail acharné contre l'exploitation, leur action permanente au service des plus faibles, élargir l'audience de notre combat, de nos idées, de notre influence sociale.
3-Notre combat et l'avancée de nos idées a tout à gagner à ce que les abertzale investis dans les différents syndicats français (CGT, CFDT, FSU, SUD-Solidaires etc....) se retrouvent ensemble, réflechissent et discutent régulièrement à la fois sur la présence abertzale dans ces syndicats et dans le monde du travail, et également sur la ligne syndicale, le projet de société, le combat pour l'unité d'action etc.
4-Le mouvement abertzale doit affirmer sa présence dans toutes les mobilisations sociales, en appui, en complément -et non en opposition- aux organisations syndicales. Dans le monde non paysan, le discours et la pratique du mouvement abertzale autour de la question sociale sont largement insuffisants, pas assez audibles, visibles, pas assez innovants, offensifs. Il nous faut y remédier et ce doit être une des priorités stratégiques de notre combat notamment sur la côte basque et sur le BAB et sa ceinture immédiate (cette dernière zone représentant près de la moitié de la population d'Iparralde).

Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 15:45
- Publié dans : Abertzale&Syndicaliste - Abertzalea&Sindikalista - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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