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par Eric Mailharrancin


Il faut recentrer l’agriculture
sur les besoins de la population autochtone


Le capitalisme mondial vit actuellement de graves turbulences. Le développement accéléré de pays continents comme l'Inde, la Chine ou le Brésil, la hausse fulgurante du prix des matières premières et des produits agricoles, provoquent de graves déséquilibres économiques et écologiques, accompagnés d'une vaste redistribution des richesses au niveau planétaire.

L'un des déséquilibres les plus marquants est une grave crise alimentaire se caractérisant par des situations de famine dans les pays les plus pauvres, et par la forte hausse du prix des produits alimentaires dans les pays développés.

La hausse mondiale des cours des produits agricoles
La flambée des produits de première nécessité est d'abord imputable à l'envolée du cours des matières premières agricoles. Cette hausse s'explique par de mauvaises récoltes à répétition et par la forte augmentation de la demande de céréales en provenance des pays émergeants.
L'amélioration de l'alimentation en Inde et en Chine a augmenté la consommation de viande et donc la demande de céréales pour nourrir le bétail. Le développement des agro-carburants renforce aussi la demande tout en détournant les céréales de leur vocation principale, à savoir nourrir la population.
Comme le libéralisme mondial privilégie les cultures d'exportation au détriment des cultures vivrières, il existe aussi un décalage croissant entre la croissance exponentielle de la population mondiale et celle beaucoup plus lente de la production agricole vivrière. Autrement dit, de nombreux pays pauvres qui exportent leur production par le biais des multinationales n'ont pas suffisamment de ressources alimentaires pour nourrir leur population

La concentration des marchés et l'affaiblissement de la concurrence
La hausse des produits agricoles n'est pas seule responsable de l'envolée des prix alimentaires. Les industriels de l'agroalimentaire et les centrales d'achat de la grande distribution ont profité de la hausse des matières agricoles pour gonfler leurs marges. Par exemple, dans les rayons d'Auchan, le prix de la bière Heineken a augmenté de 7,8 %, alors que la hausse du cours des céréales aurait dû le renchérir de seulement 2,55 %.
La responsabilité conjointe des gros industriels et distributeurs dans l'aggravation de la hausse des prix est la conséquence de l'affaiblissement de la concurrence à cause de la concentration des marchés.
Comme Marx l'avait prévu, la compétition entre les firmes aboutit à l'élimination des plus faibles ou à leur absorption par les entreprises les plus puissantes. Au bout du compte, dans chaque secteur d'activité, un nombre restreint d'entreprises géantes fait la loi sur le marché. Le secteur agroalimentaire, dominé par de grands groupes mondiaux comme Coca Cola, Kellog's, Nestlé ou Danone, ne fait pas exception.
Sur ces marchés dits oligopolistiques, la concurrence se fait davantage sur la qualité ou l'innovation que sur les prix. Une guerre des prix risquant d'être ruineuse sans garantie d'éliminer des concurrents très puissants, les groupes dominants pratiquent une politique d'alignement des prix. Lorsque l'un deux augmente ses tarifs, les autres suivent et tous augmentent leurs bénéfices au détriment du consommateur.
La distribution est également frappée par la concentration. La diversité des enseignes ne doit pas faire illusion. Alors qu'on comptait trente centrales d'achat nationales à dominante alimentaire dans les années 80, 90% des produits alimentaires vendus actuellement en grande surface proviennent de cinq centrales surpuissantes : Carrefour, Lucie (Leclerc, Système U), Casino, ITM (Intermarché), Eurachan (Auchan). En réduisant la concurrence, la concentration des centrales d'achat favorise la hausse des prix alimentaires.

La nécessité d'un nouveau modèle de développement alimentaire
La flambée des cours mondiaux des produits agricoles, l'augmentation des marges pratiquées par les géants de l'industrie agroalimentaire et de la distribution, montrent les dysfonctionnements du libéralisme mondial et la nécessité d'explorer d'autres voies dont deux axes principaux seraient le développement durable et le recentrage de l'agriculture sur les besoins des populations autochtones.
Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /Mai /2008 15:53
- Publié dans : Ekonomiaz - Economie à contre-courant - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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