par Txetx Etcheverry
Chaque jour qu'elle existe, Euskal Herriko Laborantza Ganbara gagne le défi qu'elle s'était fixée : continuer à porter de manière pacifique et constructive la revendication d'une Chambre
d'Agriculture spécifique pour le Pays Basque.
Un bilan sans appel
Chaque jour qu'elle existe, EHLG démontre les avantages qu'aurait le Pays Basque nord à de telles institutions spécifiques : la proximité, l'adéquation
avec un territoire et un projet cohérent, la compréhension des vrais enjeux et des politiques à mettre en oeuvre, la capacité à mobiliser les énergies, à suciter l'intéret et l'adhésion des
citoyens de ce territoire, la facilité à nouer des partenariats avec Hegoalde, l'efficacité même de l'institution, qu'elle soit immédiate ou à plus long terme.
Avec à peine 10 salariés et un budget annuel de 450 000 euros en 2008, la différence de résultats est frappante par rapport à ce qu'a fait ou n'a pas
fait la Chambre d'Agriculture des Pyrénées-Atlantiques au cours des dernières décennies, avec ses 90 salariés, et ses millions d'euros de budget annuel. Celle-ci réduite à copier les initiatives
d'EHLG (La Ferme en Ville) où a se bouger sur des dossiers dont elle ne voulait pas entendre parler (Natura 2000), n'arrive pas à faire face.
La comparaison est sans appel, malgré tous les obstacles mis par les pouvoirs publics sur la route d'EHLG, malgré une politique de harcèlement
systématique (et de blocage de très nombreux financements et partenariats possibles), et sans lesquels le bilan serait encore plus favorable à Laborantza Ganbara.
Deux projets diamétralement opposés
L'autre grande différence se situe sur le fond du projet lui-même. L'action de la Chambre d'Agriculture des Pyrénées-Atlantique est toute entière guidée
par cette phrase prononçée par celui qui la présida longtemps, Marcel Cazalé, lors du discours qu'il fit le dernier jour de son dernier mandat : "Nous ne pouvons pas être nombreux et heureux".
Concentration des exploitations, agriculture intensive et productiviste, promotion de l'utilisation des pesticides, développement de l'irrigation, OGM, usine d'agro-carburants à bilan énergetique
et écologique désastreux de Lacq, sont les conséquences voulues d'une telle philosophie. L'objectif est un nombre réduit d'agriculteurs industriels, faisant tourner le système (agro-alimentaire,
bancaire, distribution etc.). Bien évidemment, dans ce schéma-là, les nombeux petits paysans en difficulté, la qualité des aliments et de l'environnement, la santé des consommateurs, le tissu
social et culturel de nos campagnes etc. passent à la trappe.
Laborantza Ganbara est au contraire au service d'un projet basé sur la défense d'une agriculture paysanne, visant au maintien de nombreuses
exploitations, socialement équitable et écologiquement responsable. Cela imprègne et façonne tout ce qu'EHLG fait au quotidien, sur le terrain, comme actions et interventions concrètes dans les
domaines les plus variés : agronomie, eau, énergie, transmission des exploitations, accompagnement des paysans dans les démarches administratives, les mises aux normes, la commercialisation, la
valeur ajoutée, la transformation, les services juridiques, la formation et l'information, le développement local et transfrontalier etc.
Une réussite inacceptable pour ses opposants
Cette démonstration quotidienne du fait qu'une institution spécifique au Pays Basque nord répondrait bien mieux à ses besoins est inacceptable pour
l'Etat. Aujourd'hui, ce dernier tente de franchir un nouveau palier. Depuis plus de trois ans en effet, une plainte avait été déposée par le Préfet sans toutefois que le procureur n'y donne de
suite judiciaire.
La seule existence de la plainte servait au Préfet pour prétendre qu'EHLG, pourtant association loi 1901 dûment déclarée et enregistrée par ses propres
services, était illégale. Ce faisant il préjugeait de la décision qu'aurait pu prendre un tribunal si le procureur avait décidé de donner suite à sa plainte, portant une grave atteinte à
l'indépendance de la justice. Et surtout il réussissait pendant plus de trois ans à bloquer la plupart des partenariats officiels et financements publics dont aurait pu bénéficier
EHLG.
Mais le temps jouait en faveur d'EHLG, de son travail acharné et de sa persévérance à toute épreuve. De nombreux partenaires potentiels, parmi lesquels
des collectivités territoriales importantes, commençaient à remettre en cause cet argument d'illégalité jamais prononcé par un tribunal et démenti par la réalité quotidienne qui voyait EHLG avoir
chaque jour d'avantage pignon sur rue. Les partenariats publics commencèrent dès lors à se mettre en place, et annoncèrent une nouvelle phase particulièrement intéressante pour EHLG, lui
apportant également une légitimité sans cesse croissante.
C'est ce qui, d'après moi, déclencha la transformation de la plainte du Préfet en procès pur et dur, d'abord convoqué le 18 septembre puis reporté à la
demande de la défense au jeudi 29 janvier 2009, une date à bloquer d'ores et déjà dans tous nos agendas.
L'objectif de ce procès est sans équivoque : obtenir l'interdiction et la fermeture d'EHLG, du fait de son nom et de ses missions de travail (de plus
son président Michel Berhocoirigoin risque un an de prison ferme et 15 000 euros d'ammende pour avoir créé et dirigé l'association EHLG).
Une bataille gagnable
Mais l'Etat n'aura pas la partie facile : l'accusation est particulièrement dénuée de fondements juridiques crédibles, supposant une existence
officielle que n'a hélas pas la langue basque, ou exigeant de condamner EHLG pour des statuts et des missions qui sont le lot commun de centaines d'autres associations s'occupant de développement
agricole.
Politiquement également, il va s'avérer particulièrement compliqué d'interdire une association purement non violente, transparente, démocratique,
plurielle qui ne se voit reprocher absolument aucun autre délit que son existence même. Ce serait un précédent particulièrement grave. En pleine crise du monde agricole et des grands équilibres
écologiques, il sera difficile d'expliquer pourquoi une association oeuvrant -d'une manière majoritairement reconnue et appréciée- à imaginer et mettre en route des solutions concrètes à ces
problèmes doit être interdite par la justice. Enfin, en pleine privatisation de la Poste, il sera pour le moins incongru de justifier l'interdiction d'une association parce qu'elle menace le
monopole des Chambres d'Agriculture.
En presque 4 ans d'existence, EHLG s'est fait connaître auprès de milieux à la fois nombreux et variés. Il est clair qu'elle pourra compter sur de
nombreux soutiens, tant en Pays Basque que sur l'ensemble de l'Etat français. Elle peut espérer gagner la bataille de l'opinion publique. Dans ces conditions, il va s'avérer très problématique de
prononcer une sentence judiciaire qui pour être exécutée par la suite pourra exiger l'investissement policier des locaux d'Ainhice-Mongelos, leur fermeture aux 1200 membres donateurs de
l'association et au public, le licenciement des 10 salarié(e)s actuels de l'association, l'incarcération d'une personnalité unanimement connue et appréciée telle que Michel
Berhocoirigoin.
Bref, rien n'est joué et nous pouvons, à nouveau, gagner cette partie-là. Cela suppose évidemment beaucoup de travail d'information, d'explication, de
mobilisation qu'il nous faut mettre en route le plus tôt possible. C'est dans cette perspective qu'une assemblée générale extraordinaire est organisée le samedi 11 octobre à 10H00 du matin dans
les locaux de Laborantza Ganbara à Ainhice-Mongelos. Y sont chaleureusement invité(e)s tous(tes) ceux et celles qui veulent participer à cette bataille, et la gagner ensemble.
Jeudi 9 octobre 2008
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09
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/2008
13:20
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Publié dans : Agriculture - Laborantza
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