Jean-Marie Müller/Ecrivain et porte parole national du MAN(*)
“Dans la problématique de la non-violence,
c’est au pouvoir établi de justifier sa
répression.”
Voici un extrait de l’intervention de Jean-Marie Muller lors d’une journée de formation organisée par les Démo le 8/12/2001 à Hazparne. L’intégralité de l’intervention est disponible à la
biblothèque de la Fondation et Jean-Marie Muller interviendra à la Journée de Formation “La Force de la Non-Violence”, le samedi 18 octobre à la Fondation.
(...)
1/ Analyse de la situation d’injustice :
Etablir un dossier précis et rigoureux de ce dont nous avons pris conscience et qui doit cesser d’exister. Il s’agit de faire un constat pour mener une action qui puisse changer les choses.
Appréhender l’injustice dans sa complexité et présenter cette analyse à l’opinion publique. Il y a toujours dans cette stratégie, la volonté de convaincre l’opinion publique.
Etre en mesure de préciser les éléments qui caractérisent cette situation d’injustice: quels sont les rapports de force qui la caractérisent; quelle est la structure de pouvoir qui la
caractérise; savoir ce que dit la loi par rapport à cette situation, ce qu’el-le interdit, ce qu’elle permet, quels sont les droits qu’elle donne et quels sont ceux qu’elle ne donne pas; quelle
est la modification de la loi que nous voudrions obtenir; quels sont nos ennemis, nos adversaires, nos alliés, quels sont nos parteniares (il ne faut jamais se tromper d’ennemi); quels sont ses
arguments, quel est le discours de notre adversaire et comment il va défendre sa position; essayer de trouver les arguments qui puissent le mieux les récuser; refuser toute tentation d’exagérer
pour mieux convaincre, car c’est tout le contraire qui se passe; il y a un souci de rigueur de vérité.
S’en tenir aux faits, récuser toute accusation outrancière contre l’adversaire c’est totalement inutile, contre-productif. Ne jamais caricaturer la position de l’adversaire, ce qui nous amènera à
être d’autant plus ferme par rapport à nos exigences.
2/ Choix de l’objectif :
L’analyse de la situation doit être globale. La situation d’injustice c’est un système global, un système établi. Ce système qui provoque l’injustice nous allons vouloir le supprimer, mais en
même temps pour mener une campagne d’action non-violente nous ne pouvons pas nous donner comme objectif d’emblée de détruire le système tout entier.
Le slogan par exemple “à bas le capitalisme” c’est un voeu, même un voeu pieux, mais ça n’est pas un ojectif que l’on peut se donner pour une campagne d’action non-violente qui va s’établir dans
une durée à moyen terme.
Ce qu’il faut c’est trouver un objectif clair, précis, limité et possible, parce que si nous nous donnons un objectif impossible nous sommes sûrs d’échouer.
Le choix de l’objectif est déterminant dans le début de la campagne d’autant qu’il faudra nous y tenir à cet objectif, nous ne cesserons d’agir que quand nous aurons obtenu la victoire, sinon
nous aurons perdu. Ce choix conditionne l’ensemble de la campagne d’action; il faut qu’il soit à la portée de l’ensemble des citoyens.
Le génie de Gandhi a été de prendre un objectif où tous les indiens allaient pouvoir entrer dans l’action, du plus pauvre paysan du village le plus reculé de l’Inde jusqu’à l’intellectuel le plus
intelligent des facultés de Bombay. Que l’objectif soit à la fois compréhensible par l’ensemble des citoyens et à la portée de l’ensemble des citoyens. L’objectif ça va être une prise sur le
système comme quand dans le judo on parle de prise sur l’adversaire : comme le petit japonais va pouvoir destabiliser le grand japonais en ayant prise sur lui. Je vais pouvoir agir comme avec un
levier pour faire bouger le système. Une fois que nous obtiendrons la victoire sur un objectif limité, elle va dépasser de loin cet objectif-là. Quand Gandhi a obtenu que la loi sur le sel soit
abrogée il obtenait beaucoup plus : quelque part il obtenait déjà l’indépendance.”
(...)
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