par Jean-Sébastien Mora
De l’illusion de la “tolérance zéro” et de la “paix universelle”.
J'ai choisi de vous présenter "Eloge du Conflit"(2007) d'Angélique del Rey, professeur de Philosophie, et de Miguel Benasayag, philosophe, psychanalyste, pédo-psychiatre et ancien résistant
guévariste argentin.
"Héritiers d'une époque qui a longtemps cru à la possibilité d'en finir un jour avec le conflit, nous sommes aujourd'hui, pour cette raison, éffrayés face à tout ce qui menace nos vies et nos
sociétés" c'est avec ces mots que les auteurs débutent cet éssai.
Conflit et principe du vivant
Le conflit est inhérent au principe même du vivant, c'est l'hypothèse de base du livre.
Le livre explique et dénonce comment dans nos sociétés très cadrées, hyperformatées,l'idée même du conflit n'a plus de place.
Nécessité d’idées et d’actions contradictoires
Attention, le conflit n'est pas synonyme de conflit armé, dans le mot conflit les auteurs mettent en valeur la nécéssité d'idées et d'actions contradictoires, différentes ou à la marge de
l'idéologie ambiante, et ceci dans des champs variés, la société démocratique, les liens entre les individus, la construction de nos psychés...
Refoulement du conflit et exactions du type de Guantanamo
"Nous connaissions tous ces politiciens de bords politiques opposés et partageant la même origine sociale et les mêmes références culturelles, qui ont fait les mêmes écoles (...) les points de
vues qu'ils représentent sont relativement identiques et le mode de leur rivalité, s'exerçant à la surface des véritables conflits, il est typique du refoulement du conflit propre à la
démocratie."
Et cette idée de refoulement de conflit est une notion clef du livre, elle explique la société de contrôle, le biopouvoir, le succès du capitalisme mais aussi comment des sociétés dites
démocratiques peuvent commettre des exactions types Guantanamo.
L’autre groupe social jugé comme barbare
Une société qui ne tolère plus les conflits à la seule condition qu'il rentre dans la norme qu'elle a elle-même définie, jugera tout autre groupe social comme barbare (cette notion a beaucoup
d'applications notamment au Pays Basque).
Pourtant, comme l'écrivait Claude Levi-Strauss "le barbare, c'est celui qui croit à la Barbarie".
Dérive conservatrice
M. Benasayag et A. Del Rey mettent ainsi à jour les ressorts profonds de la dérive conservatrice des sociétés postmodernes mais ils démontrent aussi les illusions de la "tolérance zéro" et de la
"paix universelle".
Ce refoulement du conflit vise des dimensions de l'autre très diverses : l'étranger qui menace nos sociétés, le fonctionnaire qui résiste au formatage, les constestataires, les minorités
sociales, les soixante-huitards, les adeptes de la repentance, les élites de gauche.
Démocratie formatée
Cet ouvrage publié avant les élections présidentielles illustre à la perfection le refoulement du conflit dans le discours de campagne de Nicolas Sarkozy et son usage pour fédérer l'électorat
contre un ensemble de boucs émissaires, ces individus qui menacent notre démocratie normée, définie, formatée et juste (l'ouvrage ne cite pas Sarkozy c'est une interprétation).
Jeudi 6 novembre 2008
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11:03
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Publié dans : Fiches Pratiques - Asteko Fitxa Lagungarriak
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