Jean-Luc Berho, secrétaire confédéral de la CFDT en charge du logement et animateur des entretiens d’Inxauseta
“Plutôt que de parler de pourcentage de propriétaires par pays,
mieux vaut vérifier si on a un panel de logements
économiquement abordables et de qualité à la disposition des citoyens”
La raréfaction du foncier et l'augmentation effrénée des prix de l'immobilier rendent difficile l'accès au logement à une part de plus en plus large de la société. Il en est de même pour les entreprises artisanales, commerciales, industrielles ou agricoles,... qui doivent faire face à des problèmes
d'installation, de développement, de transmission. Alda! publie les réflexions
de Jean-Luc Berho (considéré comme le père de la Garantie des Risques Locatifs) sur le thème de
l'immobilier et du foncier. Ces réflexions soulignent quelques initiatives encourageantes au Pays Basque pour faire face à cette crise.
Quel état des lieux peut-on faire de la situation du foncier et
de l'immobilier ?
"Au niveau de l'hexagone quand on parle du thème foncier/immobilier il faut prendre en compte des problématique fortes. 1/ La texture du salariat
(composante rémunération liée au prix du logement dans son ensemble). 2/ Les réflexions issues du Grenelle de l'environnement "Est-ce que la Terre est extensible par rapport aux besoins
(agricoles, industriels, en habitat,en équipement (transport, etc.),…) ? Partant de la réponse, quels sont les choix que nous pouvons faire ?” Quand on parle du logement c'est en fait la question
du vivre ensemble qui se pose !”
C'est-à-dire ?
“Tout le monde dit "Oui, il faut faire quelque chose pour les pauvres "… mais pas à côté de chez moi ! Comme le dit le sociologue Eric Morin "Il y a une
capacité de l'humain à se choisir". L'humain est toujours tenté de vivre avec ses pairs, de sélectionner… Ainsi il est difficile de construire une ville où les différentes catégories sociales se
côtoient. En fait on va vers des systèmes à l'américaine : ségrégation et ghettoïsation !”
Y a-t-il des mesures prises pour éviter cela ?
“La loi Borloo sur la Rénovation Urbaine en 2003 montre que pour le vivre ensemble il faut que les quartiers “restent dans la République”. Pour
cela 40 milliards d'€ seront injectés dans les cités pour y transformer des logements, entrer la mixité dans les statuts (où actuellement on trouve 90% locataires dans du logement
social…), pour y faire venir du locatif privé, l’accession à la propriété, les bureaux, le service public, le commerce, etc.
Il faut ouvrir ces quartiers enclavés où vivent plus de 6 milllions de personnes.
D’autre part, le Droit au Logement Opposable (Loi DALO) fait que 600 000 ménages doivent devenir prioritaires pour accéder au logement depuis le
premier janvier 2008. Il y a 6 catégories de prioritaires parmi lesquelles on retrouve les sans domicile, les personnes en Centre d'hébergement d'urgence, ou logées en famille ou chez des amis,
ceux qui vivent dans l'habitat indigne (souvent en centre ville ou en campagne).
Enfin, il y a un risque que ces deux lois se télescopent : les exclus vont être prioritaires pour être relogés dans des quartiers déjà "enclavés". Comme
on trouve déjà des communes avec 74% des habitants non soumis aux impôts sur les revenus et les locaux, on peut se poser la question “De quoi vivra la ville sans revenu ?””.
Justement, quelles sont les pistes à explorer ?
“Il faut en finir avec les égoismes ! D’une part on doit voir comment faire de la péréquation intelligente : ville riche / ville pauvre… D’autre part il
faut reconnaître et valoriser le courage politique des maires bâtisseurs ! Les associations, syndicats, etc. doivent encourager les élus bâtisseurs ! Mais on peut aussi pointer du doigt (via des
mesures coercitives) ceux qui ne veulent pas faire leur part de logement social (minimum 20%). Quand on sait que 72% de la population est éligible à ce type de logement (pour ne pas avoir à
survivre sur un “reste à vivre” dérisoire)... il faudrait remettre en cause la légitimité des élus qui n’ont pas respecté les 20% en les mettant devant leur responsabilité via un rapport de force
de la part du monde associatif, des opérateurs, des syndicats, etc. pour construire une ville harmonieuse !”
Cela passe-il par un pays de propriétaire?
“Nicolas Sarkozy agite un vieux fantasme qui est celui de la “France de propriétaires” où tout un chacun serait propriétaire de sa maison. Actuellement
l’héxagone compte 55% de propriétaires et selon le Président il faut aller vers les 70%. Notons que la comparaison est faite avec l'Espagne qui en compte 86% (mais qui n’a pas de logement
social). Par contre on retrouve le même taux qu’en France dans les Pays du Nord (Danemark, Suède, Allemagne). Donc “un pays riche (de bien être, etc.) est un pays de propriétaire” n’est pas un
formule si évidente que cela... d’autant plus qu’on trouve 97% de propriétaires en Albanie et 31% en Suisse.
La question est de se dire : “A-t-on un panel de logement économiquement abordable et dans un état correct à disposition ?”. Le pouvoir actuel a
fait le choix de pousser les gens à devenir propriétaires et certaines banques étaient prêtes à accepter 39% du revenu net comme mesure de la capacité d’entettement (contrairement aux 33%
actuels). On imagine le "reste à vivre" quand 39% des revenus sont destinés à rembourser la banque…
La solution est d’avoir une panoplie d'offre diversifiée (logement social, conventionné, etc.)…
Je pense que la question du logement est liée à la situation de l'entreprise et du salarié. Si on prend en compte la texture du salariat on voit qu’il y
a 20 ans on avait comme contrat de travail un CDI ou un CDD. Aujourd'hui on trouve 4,5 millions de personnes (soit 18% du salariat) en temps partiel dont 63% contraint ou subis. 82% de ces
63% sont des femmes à 700€ par mois : comment trouver un logement avec ce type de contrat de travail ? En fait, 55 à 60 % de la population en difficulté pour rentrer et se maintenir dans un
logement.
La question est de savoir comment construire une ville : la plus harmonieuse possible entre les différentes cultures et origines et en abimant le moins
possible la nature.”
Quelles sont les alternatives qui existent ou peuvent être mises en place en Iparralde ?
“La SCI solidaire Barnekaldean bizi créée par Euskaldun Gazteriak (pour acheter une maison et y construire des appartements pour les jeunes),
l’initiative Etxalde (démarche solidaire et non spéculative pour un parc locatif durable), l’inauguration à Bidart de logements pour salariés saisonniers, etc. sont des exemples montrant qu’on
peut produire des logements économiquement accessibles.
D’autre part, la création de réserves foncières sur la Côte basque via l’EPFL est une bonne initiative (qui existe ailleurs il y a 20-25 ans...). De
vrais débats et la transparence devraient être prioritaires pour impliquer la population. En effet, dans le cas du logement, il faut voir si les élus ont toute la légitimité à eux seuls pour être
autour de la table. Il est important d’associer les services de l’Etat, les associations, entrepreneurs, syndicalistes, etc. pour rassembler un certain nombre de terrains et les préempter et pour
établir un plan de développement. C’est un bon moyen de bloquer un foncier à la spéculation. Il faut en plus veiller à trouver une bonne densification (pour éviter le mitage).“
Peut-on dire que la population d’ici est pour partie détentrice des solutions nécessaires au développement harmonieux de notre pays ?
“Depuis les premiers entretiens d’Inxauseta sur le logement en 2001 de plus en plus de responsables syndicalistes (CFDT, FO, CGT, etc.), associatifs, la
MSA, les Foyers de Jeunes Travailleurs, la Fondation Abbé Pierre, les opérateurs, le PACT Arim, etc. s’impliquent pour ensemble discuter et faire des propositions. Comme nous l’avons
vu, cette dynamique locale aboutit à des actions emblématiques ou expérimentales.
Plus que d’actions de désespoir ou de colère, la solution viendra du fruit de ces rencontres-actions entre associations, élus, opérateurs,
etc.”
www.inxauseta.fr
Inxauseta, lieu d’expression culturelle et sociétale existe depuis 1973.
Depuis 2001 les entretiens d’Inxauseta traitent la question du logement au sens le plus large (rénovation urbaine, politique de la ville, logement lié à la situation de l'entreprise et du
salarié) à l’échelle de internationale, hexagonale et du Pays Basque.
Ces entretiens ont eu le privilège d’avoir la participation de la plupart des acteurs et décideurs... Cela en fait un rendez-vous incontournable.
Les actes des premiers débats étaient distribués à quelques centaines d’exemplaires et les dernières années à des milliers d’exemplaires, sans compter les téléchargements du site
...
Le mitage : on appelle mitage la dispersion de constructions ou de lotissements en milieu rural.
Dans les massifs forestiers, on assiste à un "grignotage” de la forêt par les espaces urbanisés ou l’implantation de maisons individuelles.
Jeudi 20 novembre 2008
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20
/11
/2008
14:55
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Publié dans : Herriko etxetako hauteskundeak - Municipales
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