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par Txetx Etcheverry


Et oui, il y a une solution pour que tout le monde sorte gagnant du procès du 29 janvier contre Euskal Herriko Laborantza Ganbara. Cette solution, elle est simple : c'est de prononcer la relaxe pour l'association EHLG. Un tel verdict laisserait tout le monde gagnant. L'association elle-même bien entendu, les paysans, la population dans son ensemble, mais également la chambre d'agriculture de Pau et l'Etat français.
 
C'est ce que je vais m'employer à démontrer dans cet article.



Euskal Herriko Laborantza Ganbara sortirait bien entendu gagnante si la décision des juges se traduisait par l'abandon des poursuites et le refus de toute condamnation à son encontre. EHLG n'a jamais voulu l'affrontement judiciaire.
C'est même pour cela que son assemblée constitutive avait décidé de changer de nom, abandonnant la partie française de sa dénommination, qui était incriminée par la fameuse lettre du Préfet du 7 janvier 2005 : chambre de développement agricole et rural.
EHLG aurait voulu la voie de l'affrontement juridique qu'elle aurait gardé cette partie de son nom, d'autant plus que le Préfet n'était juridiquement pas fondé à faire une telle injonction. Mais c'est parce que la stratégie d'EHLG résidait toute entière dans la pédagogie par l'action, et non dans le conflit et le rapport de force, que son assemblée constitutive avait à l'unanimité accepté une telle concession.
La voie actuelle de l'affrontement et du rapport de forces a entièrement été imposée à EHLG par l'autorité préfectorale, et ce sans relâche depuis 4 ans maintenant. Une décision de relaxe ouvrirait la porte à une phase dans laquelle EHLG pourrait enfin travailler en paix, sans qu'on lui mette en permanence des obstacles sur sa route, et dans laquelle un dialogue serein pourrait s'installer avec les pouvoirs publics. Le dialogue est toujours préférable à l'affrontement, quand chacun décide de réellement écouter l'autre, et non pas de jouer la montre pour qu'il se décourage et qu'il déclare forfait.
Les paysans auraient bien évidemment tout à gagner d'une telle issue, eux qui bénéficient déja en grand nombre des services et des travaux réalisés par Euskal Herriko Laborantza Ganbara, malgré le fait que les moyens d'EHLG étaient jusqu'à ce jour systématiquement amputés par les interventions et pressions systématiques des autorités préfectorales.
Mais au delà des paysans, c'est l'ensemble de la population qui bénéficiera d'une meil-leure efficacité de l'action d'EHLG. Un seul exemple suffirait amplement à le démontrer : l'énorme travail réalisé par Euskal Herriko Laborantza Ganbara, pour le compte du Syndicat Mixte du Contrat de Rivière des Nives, pour améliorer la qualité bactériologique des eaux de la Nive concerne tous les consommateurs d'eau potable que nous sommes. Et nous savons bien que le Pays Basque n'aura pas demain le même visage, les mêmes paysages, le même type de vie sociale et culturelle dans ses campagnes selon que sort gagnant de cette histoire le modèle agricole global prôné par EHLG (trois petites fermes valent mieux qu'une grosse) ou celui défendu par la Chambre de Pau (on ne peut pas être nombreux et heureux).

La Chambre de Pau également ga-gnante...?
La Chambre d'agriculture de Pau aurait-elle tout à gagner à la possibilité pour EHLG de continuer à exister ?
On a parfois tendance à l'imaginer quand on se rappelle à quel point on avait du mal à savoir en Pays Basque à quoi servaient les 80 salariés de cet établissement public, avant la naissance d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara. C'est un fait qu'on en entend beaucoup plus parler depuis qu'EHLG est active sur le terrain ici. Et sans Laborantza Ganbara et son salon Lurrama-La Ferme Pays Basque, les Bayonnais auraient-ils eu la chance de pouvoir bénéficier de l'organisation dans leur ville, sur le même site que Lurrama, du salon La Ferme en Ville par la Chambre de Pau ? Il est probable que non, et c'eut été bien regrettable, vous en conviendrez.
Sans l'existence d'Euskal Herriko Laboran-tza Ganbara, on n'aurait sans doute pas eu le plaisir de profiter d'une importante campagne de communication de la Chambre de Pau, intitulée "Tout savoir sur l'agriculture en Pays Basque sur Euskalherrikolaborantza.com". Les journaux Sud-Ouest, La Semaine du Pays Basque, Le Journal du Pays Basque, Herria et autres n'auraient ainsi pas bénéficié des rentrées financiaires qu'ont occasionnées les nombreux encarts publicitaires ainsi payés par la Chambre de Pau à 15 jours du procès dans lequel elle est partie civile.
Nous n'aurions pas non plus ce plaisir non dissimulé d'entendre les représentants de la Chambre de Pau et de la FNSEA clamer leur envie acharnée et leur droit à pouvoir utiliser la langue basque dans leur communication publique, à pouvoir s'appeler Laborantza Ganbara à tout bout de champ, eux qui avaient jusqu'à présent dénommé leur antenne d'Hasparren "Laborarien Etxea".
Et nous n'aurions pas cette immense satisfaction de voir la Chambre de Pau défendre haut et fort l'agriculture paysanne et durable, voire l'agriculture biologique comme c'est de plus en plus le cas ces dernières semaines, eux dont le discours habituel était habituellement plus proche de ces -authentiques- extraits de l'hebdomadaire de la FNSEA "Le Sillon" que l'on peut lire et relire à souhait sur les pages du site La Ferme en Vrille (www.lafermeenville.fr). On y découvre avec stupeur ce que les dirigeants de la Chambre de Pau écrivaient et défendaient au sujet des OGM, des pesticides, de l'irrigation intensive, du productivisme, des agro-carburants etc. avant qu'ils ne se proclament partisans d'une agriculture tout autant écologiquement et sanitairement responsable que celle défendue par Laborantza Ganbara.
Bref, on voit à quel point l'existence d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara fait évoluer les mentalités et les déclarations d'intentions -on l'espère en profondeur et de manière sincère- pour le plus grand bénéfice des petits paysans, des consommateurs et de l'état de la planète.

L'Etat a tout à gagner à la relaxe d'EHLG :
Plus sérieusement, l'autre partie qui a -paradoxalement- tout à gagner dans la relaxe d'EHLG, c'est l'Etat lui-même.
Le gouvernement verrait ainsi s'arrêter cette dynamique stérile d'affrontement qui est entretenue depuis 4 ans autour de l'existence d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara et qui crispe inutilement la situation en Pays Basque. Il ne s'embourberait pas dans la situation inextricable que ne manquerait pas de créer une condamnation -même légère- d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara, dont les animateurs et les partisans ne manquent ni d'imagination ni de ressources et de détermination pour rebondir et continuer à exister -avec le nom qu'ils ont choisi comme élément constitutif de leur projet- quelque soit le verdict qui sera énoncé.

Crédibilité plus affirmée pour les partisans des voies non-violentes
Il s'éviterait sans doute beaucoup d'épisodes ridicules, médiatiques et impopulaires pour lui. Il éviterait de voir se créer un certain nombre de situations particulièrement ubuesques, alors même qu'il a tant d'autres choses à gérer et tant d'autres problèmes à résoudre, alors même qu'il a également tout intérêt à démontrer que tout n'est pas vérouillé au Pays Basque, que les revendications pacifiques ne sont pas condamnées à être muselées, mises au pas, méprisées. L'obtention d'une relaxe suite au procès du 29 janvier conférerait une grande légitimité, un poids beaucoup plus important, une crédibilité plus affirmée aux partisans des voies non-violentes, à ceux qui refusent le choix de la clandestinité et des stratégies politico-militaires, dans le débat militant au Pays Basque.

Agriculture paysanne et durable : un modèle souhaitable et possible
Mais surtout le gouvernement gagnerait également car la relaxe d'EHLG permettrait à cette dernière de continuer son travail visant à démontrer que l'agriculture paysanne et durable est un modèle non seulement souhaitable mais possible à l'échelle d'un territoire entier. Comme le dit Euskal Herriko Laborantza Ganbara : "L'agriculture du Pays Basque a les atouts pour démontrer qu'un développement agricole autre que le modèle industriel et celui de la restructuration permanente est possible. Une agriculture durable et paysanne peut faire vivre des paysans nombreux sur un territoire restreint comme le Pays Basque, en créant de la valeur ajoutée, en produisant des aliments de qualité et en respectant l'environnement".
Si les pouvoirs publics sont vraiment sincères dans leurs grandes déclarations du Grenel-le de l'environnement, alors ils ont tout à gagner à pouvoir expérimenter la validité d'un tel modèle sur un territoire où les conditions matérielles et le type d'agriculture existant encore le permet rapidement, et où il rencontrera une vraie volonté collective, majoritaire, d'aider à la réussite de cette expérimentation.
Cette expérimentation pourra se faire dès le lendemain du verdict en laissant travailler en paix Euskal Herriko Laborantza Ganbara et ses moyens associatifs, ou encore mieux en prenant la décision qui ferait passer le tout à une vitesse supérieure et à une échelle de laboratoire utile au reste de toutes les autres régions de l'Hexagone : à savoir la création d'une Chambre d'Agriculture du Pays Basque, dotée des moyens, de la représentativité et de la légitimité de ce type d'établissement public.

Deux Chambres d’Agriculture dans un même département : possible  via un simple décret du Premier Ministre
Car, si le Préfet -qui prend trop souvent ses désirs jacobins pour des réalités juridiques- clame sans arrêt qu'il "ne peut y avoir qu'une chambre d'agriculture par département", la réalité est tout autre. Juridiquement, il est absolument infondé d'affirmer qu'il "NE PEUT Y AVOIR QU'UNE chambre d'agriculture par département". La loi ne dit cela à aucun moment. Il y a une chambre d'agriculture par département, mais il peut y en avoir deux, par un simple décret du premier ministre, sans même changer la loi et encore moins la constitution. La nuance est de taille, et ouvre des perspectives qui pourront bénéficier à tout le monde.
Pour pouvoir discuter de tout ça sereinement et de manière dépassionnée, encore faudrait-il dans un premier temps mettre fin à cette dynamique ubuesque de harcèlement systématique contre une association au travail exemplaire, transparent et utile pour tous. 

Txetx
txetx@wanadoo.fr
Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 16:31
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