Karine Gantin(*)
Avec une perspective féminine, féministe et de genre,
on enrichit le regard sur les mouvements sociaux
Comment définir la perspective féminine, féministe et de genre, et qu'apporte-t-elle aux informations et analyses sur les mouvements sociaux ?
Vous ne commencez pas par la question la plus facile ! Une perspective "féminine" insiste sur la place et le rôle des femmes. C'est un enjeu politique en soi : il
concerne l'organisation des modes de vie ensemble dans la communauté, quelle qu'elle soit. Le "féminisme" y ajoute une approche théorisée, bref une conceptualisation politique en propre, qui peut
recouper par sa propre diversité interne l'échiquier politique "classique" dans toutes ses nuances, sans s'y réduire... L'approche dite "de genre" est une branche du féminisme, ou une avancée de
celui-ci, qui ne s'attache plus à considérer des "hommes" et des "femmes" mais des "rôles" féminins ou masculins, sur les plans privés, sociaux, politiques, culturels, etc., eux-mêmes complexes
dans leur enchevêtrement, leur origine, leur propre horizon d'évolution. Dans les trois cas, nous sommes au cœur de la politique dans toute sa richesse. Et en adoptant cette triple perspective
pour produire informations et analyses, on enrichit d'emblée le regard sur les mouvements sociaux, voire on lui ajoute une profondeur utile.
Dans un contexte de luttes sociales et dans un cadre de solidarité internationale tous deux en transformation quels sont les éléments importants à prendre en compte dans la batail-le pour les
droits des femmes ?
"Dis-moi ce que tu montres de la femme, je te dirai alors dans quel camp tu es et de quel oppresseur tu
relèves…" Nous en sommes aujourd'hui arrivés de nouveau, dans de nombreux débats sociétaux et géopolitiques, à une instrumentalisation des "droits des femmes" : justification de guerres, de
néo-impérialisme, ou de conservatisme social, de restriction des droits aujourd'hui au nom d'une société normée devant lutter contre l'occidentalisation néocoloniale, etc. Les femmes luttant pour
leurs droits, où qu'elles soient, sont sommées de s'aligner, de se montrer "conformes". Il faut donc revenir enfin d'une part au travail de terrain par les femmes elles-mêmes, qui prend en compte
de manière complexe le contexte politique, social, culturel local, que ce soit en termes de "fond" ou de stratégie, d'autre part revenir à la liberté d'essayer et d'inventer politiquement le
féminisme, sans se préoccuper de "choisir un camp" politique qui serait "féministe par excellence", là où il y a d'abord en réalité des enjeux de pouvoir. Le féminisme est par nature un mouvement
libertaire, porté par une société civile forcément indépendante de l'Etat. Il peut y avoir une politique gouvernementale audacieuse en faveur du droit des femmes. Mais le "féminisme d'Etat" est
par essence une duperie.
Vous animez le site Topicsandroses.Com où sont "mises en valeur les analyses politiques à la croisée des critères de sexe, classe, race avec attention particulière aux batailles menées en lien
aux religions". Pouvez-vous donner des exemples d'analyses qui ont pu être mises sur la place publique et qui sont rarement présentes dans d'autres médias ?
Le projet revient par exemple à raconter comment les femmes migrantes travaillant au noir dans les emplois domestiques doivent lutter aujourd'hui, et par quelles
alliances, contre des violences additionnées écrasantes ; ou pourquoi le féminisme musulman est une lutte légitime portée de l'intérieur d'une communauté afin de transformer celle-ci en interne,
mais aussi de modifier le regard sur celle-ci en externe ; ou encore pourquoi les luttes féministes, sociales et antiracistes des enfants de l'immigration postcoloniale portent avec elles une
créativité politique de résistance démocratique et forte. Il tente aussi de cerner les endroits où la théorie politique ou les discours dominants fléchissent positivement devant les luttes
menées… ”
(*) Karine Gantin, ancienne journaliste, responsable du Centre Artemis pour les droits fondamentaux, est la rédactrice en chef du
site d'information Topicsandroses.com. Celui-ci a bénéficié notamment d'une culture politique fortement marquée par le passage de l'auteure au Centre d'Etudes et d'Initiatives de Solidarité
International (CEDETIM) à Paris, et à l'Assemblée Européenne des Citoyens (AEC-HCA, Helsinki Citizens' Assembly-France), qu'elle assiste actuellement dans un projet de coopération avec la société
civile irakienne mené sous la bannière d'Alternatives International. Le CEDETIM a une longue tradition anti-impérialiste, de solidarité internationale et de travail à l'interconnexion des luttes
sociales. L'AEC-HCA, issu de la Guer-re froide et du "tournant" 1989-1991, défend des initiatives de résolution pacifique des conflits à partir d'un militantisme citoyen, démocratique et social,
en Europe et dans les régions voisines.
Mercredi 4 mars 2009
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15:52
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Publié dans : Orotarik
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