Caroline Bertron (*)
Pascal Mulet “Skual”(*)
Pour une Réinvention du Temps de Travail
Le titre des ateliers-participatifs mérite quelques explications
Dire que le temps n'est pas une marchandise, c'est affirmer qu'il ne doit pas l'être. Et dire qu'il ne doit pas l'être, c'est sous-entendre qu'aujourd'hui il l'est, ou en tout cas qu'il est perçu
comme tel.
L'atelier aurait aussi pu s'intituler "Notre temps n'est pas à vendre !", car il part du constat que le système économique dans lequel nous vivons, le capitalisme, repose sur une fable
communément admise : pour gagner sa vie, chaque individu dispose de temps qu'il pourra vendre sur ce que l'on appelle le "marché du travail". Si l'on schématise le raisonnement de nos expert(e)s,
chaque matin (ou chaque début de semaine, ou d'année), je fais mes comptes et décide de consacrer une partie de mon temps à venir à travailler, ceci en échange d'un salaire (ou d'une autre forme
de rémunération). L'autre partie de mon temps, je peux le consacrer au loisir, c'est-à-dire à ne pas travailler, notamment en dépensant l'argent gagné durant mon temps de travail.
Questionner ce qui nous semble évident
Dire que notre temps est devenu une marchandise, c'est dire qu'aujourd'hui il paraît tout à fait normal, évident et naturel de découper notre vie en portions égales (le plus souvent en heures)
que l'on vendrait à l'unité sur un marché. Ainsi, tout(e) salarié(e) possède un contrat de travail sur lequel il est stipulé qu'il/elle effectuera un certain nombre de tâches pour le compte
d'autrui, durant un temps donné (un certain nombre d'heures), chaque heure, chaque portion de temps étant achetée à un prix donné, comme peut l'être un kilo de pommes de terre sur un marché.
Ceci n'a rien d'évident, et il nous semble un leur-re de croire que le temps de travail puisse être autonomisé dans la sphère marchande capitaliste sans avoir de conséquence sur les modes de vie
en général des travailleurs(ses). Autonomiser le temps de travail, c'est le considérer comme une entité qui possède ses propres caractéristiques (ici celles d'une marchandise) sans rapport avec
l'être humain qui le rend possible, et les besoins et envies de cet être humain.
Dans l'histoire de l'Occident, les formes du temps de travail ont évolué (du travail journalier de l'Ancien Régime au "temps-plein" du salariat, en passant par les formes de travail atypique
comme le travail de nuit). Les instruments de contrôle de ce temps (horloge, chronomètre, pointeuse...) visent à le rationaliser toujours plus. Parce que travail et perception du temps ne sont
pas des catégories naturelles (puisqu'ils ont évolué historiquement), on peut dire que le temps de travail (et avec lui le temps de loisir) que nous connaissons aujourd'hui est une invention des
sociétés capitalistes.
Pourquoi un atelier ?
L'objectif des ateliers est de proposer un espace d'échange, un temps consacré à une critique du mode de pensée capitaliste, binaire quand il s'agit d'étudier
cette question : travail/loisir. Nous aborderons la question de ce que l'on appelle "temps de travail", qui n'est peut-être pas la même chose que le temps au travail et le temps du travail. Si
nous avons quelques éléments de réflexion, fruit d'un travail (sic) que nous menons sur la question, nous tenons à les confronter aux pratiques concrètes et aux vécus de la vie de tous les jours
de tout-un-chacun. C'est pour cela que les ateliers se dérouleront en deux parties : une présentation des thèmes abordés (pensée pour être accessible à tous(tes)), et une "critique de la
critique" à partir des expériences de chacun(e).
L'atelier tel que nous le voyons est un échange, un aller-retour entre la théorie et la pratique, l'un et l'autre s'enrichissant mutuellement. Parce que la question du temps de travail ne doit
pas être appropriée par les expert(e)s, et parce que la pensée ne peut faire l'économie de la diversité des pratiques quotidiennes.
(*) Caroline Bertron et Pascal Mulet «Skual», étudiant(e)s en anthropologie, sociologie et économie animeront 3 ateliers en Iparralde :
Et si les arguments actuels sur la réduction du temps de travail n'étaient pas naturels, n'allaient pas de soi ? Et si le travail capitaliste nous avait imposé une certaine vision de la
société et même du temps ?
Le jeudi 7 mai à 20h30 au Gaztetxe Bota de Saint-Just-Ibarre.
Le vendredi 8 mai à 10h00 à la Fondation Manu Robles-Arangiz, 20, rue des Cordeliers dans le Petit Bayonne.
Le vendredi 8 mai à 17h00 à la Fondation MRA, atelier co-organisé avec la Coordination Etudiante et Lycéenne.
Mercredi 29 avril 2009
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Publié dans : Ekonomiaz - Economie à contre-courant
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