Pour aller vers une société où l'écologie et la justice sociale seront les valeurs
cardinales,
il faut se libérer de cette philosophie individualiste et mercantile, c'est-à-dire du capitalisme.
Le journaliste du Monde, Hervé Kempf, auteur du livre “ Pour sauver la planète, sortez du capitalisme” est invité par la Fondation MRA, à l’Amphi du
Château Neuf à Bayonne pour y donner une conférence le jeudi 14 mai 2009 à 20h30. Hervé Kempf répond ici aux questions d’ Alda! sur son dernier livre.
Alda! - Dans votre précédent livre "Comment les riches détruisent la planète" vous écrivez qu'"une classe dirigeante prédatrice et cupide, mésusant du pouvoir prétend que toute
alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus la richesse".Comment cette attitude nous a-t-elle amené à la crise financière,
économique et sociale actuelle ?
Hervé Kempf - L'oligarchie a conduit depuis trente ans une politique d'élargissement continu des inégalités, si bien que le partage de la richesse collective s'est fait toujours plus à
son avantage. Le
moyen essentiel permettant d'accroitre l'inégalité, c'est-à-dire de s'approprier une part croissante de la richesse produite, a été la libération des marchés des capitaux, l'envol d'une
spéculation effrénée,
et un endettement démesuré. Comme il était prévisible, cette bulle financière a fini par éclater, plongeant l'économie mondiale, qui tirait son apparente prospérité de cet endettement sans
contrepartie, dans la récession.
A - Quels sont les dérèglements écologiques graves et déjà perceptibles qui découlent directement du comportement de cette classe dirigeante?
HK - Le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, la pollution généralisée caractérisent la crise écologique. Celle-ci découle de la surconsommation matérielle et énergétique de
la société planétaire. Cette surconsommation provient du comportement de la classe dirigeante dans la mesure où celle-ci définit un modèle culturel de gaspillage ostentatoire qui a imprégné
l'ensemble de la société, poussant celle-ci dans une recherche illimitée de la richesse matérielle afin d'imiter, à la mesure de chacun, ce modèle.
A - Certains mentionnent qu'il faut juste corriger les excès du néolibéralisme (voulant un Etat minimum) en faisant intervenir les pouvoirs publics. Vous recommandez carrément la sortie du
capitalisme. Comment définissez-vous le capitalisme ?
HK - Le capitalisme est un état social dans lequel les individus sont censés n'être motivés que par la recherche
du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les met en relation.
A - Ce régime économique et social où un petit nombre possède le capital est-il intrinsèquement funeste à l'avenir de la planète et de la société ?
HK - Il l'est devenu dans la mesure où il est parvenu à un état de suprématie sur les autres cultures tel qu'il manifeste ses plus extrêmes conséquences, sans contrepoids limitant avec
assez de force ses tendances mortifères. Concrètement, le capitalisme dans les trente dernières années a exacerbé l'individualisme qui le caractérise et la marchandisation des relations
humaines et des biens communs, en affaiblissant systématiquement les mécanismes de solidarité et la psychologie collective de la solidarité. Pour aller vers une société où l'écologie et la
justice sociale seront les valeurs cardinales, il faut se libérer de cette philosophie individualiste et mercantile, c'est-à-dire du capitalisme.
A - Comment chemine-t-on vers un régime économique et social qui permettra à la coopération de l'emporter sur la compétition, au bien commun de prévaloir sur le profit ?
HK - Par le changement du système de valeurs, par les expérimentations concrètes montrant qu'il est possible de vivre bien selon d'autres critères que ceux du capitalisme, mais aussi par
la lutte politique, qui doit reconquérir sa noblesse : l'oligarchie n'abandonnera pas ses privilèges spontanément.
A - Y a-t-il une alternative concrète qui permet de voir l'avenir avec un certain optimisme ?
HK - Il y a en des milliers : partout où des mouvements coopératifs, ouvriers, paysans, sociaux, citoyens montrent aussi bien dans la vie économique que dans la lutte civique qu'un autre
monde est possible. Notre problème est de réussir à faire de cette myriade "d'alternatives" un réseau constituant la masse critique de la société. Cela suppose essentiellement la capacité à
surmonter les divergences et différences pour trouver un langage commun, une vision commune, à surmonter aussi la psychologie individualiste qui nous imprègne et nous a fait perdre le sens du
combat commun.
A - Comment réduire la consommation matérielle globale et la production globale de déchets tout en assurant un meilleur niveau de vie aux plus pauvres ?
HK - Le préalable est que la baisse globale de la consommation matérielle s'opèrera par une répartition plus égale des richesses, impliquant un transfert d'une partie des richesses vers
les plus pauvres. Mais de surcroît, la baisse de la consommation matérielle globale leur assurera un meilleur niveau de vie. D'abord en limitant voire en enrayant la crise écologique dont ils
sont toujours les premières victimes. Ensuite en transformant les modèles culturels et en tirant l'énergie collective non pas vers la consommation somptuaire, mais vers les activités
correspondant aux besoins humains réels : santé, éducation, culture, et d'autres politiques agricole, énergétique et de transport. Enfin en limitant la frustration et le mal-être qui découle,
et de l'impossibilité de rejoindre le niveau de vie des plus riches, et de l'individualisme qui dénoue et desserre les liens sociaux, appauvrissant la personne humaine. “Cette
surconsommation provient du comportement de la classe dirigeante dans la mesure où celle-ci définit un modèle culturel de gaspillage ostentatoire qui a imprégné l'ensemble de la société,
poussant celle-ci dans une recherche illimitée de la richesse matérielle afin d'imiter, à la mesure de chacun, ce modèle..”
Jeudi 14 mai à 20h30 : conférence avec Hervé Kempf à l’Amphi du Château Neuf, à l’IUT de Bayonne.
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