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Conférence « La décroissance»

avec Serge Latouche

Economiste, Professeur émérite à l'université de Paris XI

 

Mercredi 17 juin à 19H00, à l'Amphi du Château Neuf de l'IUT à Bayonne

 

 

Serge Latouche, économiste français, est un des penseurs et des partisans

les plus connus de la « décroissance ».

 

Pour Serge Latouche, le mot d’ordre de décroissance a surtout pour objet de marquer fortement l’abandon de l’objectif insensé de la croissance pour la croissance, objectif dont le moteur n’est autre que la recherche effrénée du profit par les détenteurs du capital. Il ne vise pas au renversement caricatural qui consisterait à prôner la décroissance pour la décroissance. En particulier, la décroissance n’est pas la croissance négative. Le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi, en raison du chômage et de l’abandon des programmes sociaux, culturels et environnementaux qui assurent un minimum de qualité de vie.

La décroissance n’est donc envisageable que dans une «société de décroissance». Cela suppose une tout autre organisation dans laquelle le loisir est valorisé à la place du travail, où les relations sociales priment sur la production et la consommation de produits jetables inutiles, voire nuisibles. Une réduction féroce du temps de travail imposé pour assurer à tous un emploi satisfaisant est une condition préalable. On peut, en s’inspirant de la charte «consommations et styles de vie» proposée au Forum des ONG de Rio, synthétiser tout cela dans un programme en six «R» : Réévaluer, Restructurer, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler. Ces six objectifs interdépendants enclencheraient un cercle vertueux de décroissance conviviale et soutenable.

À première vue, les chances d’une alternative sont infimes, mais c’est une illusion d’optique. Le meilleur allié de la civilisation alternative n’est autre que l’Occident lui-même. Il faut bien voir que l’effet pédagogique des innombrables catastrophes (de Tchernobyl à la vache folle) vient en appui du travail de conscientisation ; c’est un puissant levier pour les remises en cause de ce qui existe et pour aider au changement des mentalités. Alors, de plus en plus de personnes sont poussées par nécessité, par raison ou par inclination à quitter le bolide en folie et à renforcer la construction alternative. La gauche de demain devrait allier ses compromis pratiques en forme de programmes réalistes à une analyse rigoureuse et sans compromission des objectifs souhaitables à terme, qui lui serve de guide et éclaire son parcours.


L'entrée de la conférence est gratuite mais il est fortement conseillé de s'inscrire au 06 14 99 58 79 ou à l'adresse électronique suivante : ipar@mrafundazioa.org



 



« Gutiagotzea » mintzaldia, Serge Latouche

Ekonomista, Paris XI.eko unibertsitateko Irakasle sarituak eskainirik


Ekainaren 17an, asteazkenarekin, 19:00etan,

IUTeko Gaztelu Berriko Anfian, Baionan



Serge Latouche, frantses ekonomista, « gutiagotzea »ren aldeko pentsalari ezagunenetakoa da.


Serge Latoucheren aburuz, gutiagotzearen lemaren xede nagusietako bat da, hazkundea hazkunderako helburu eroaren bazterketa azkarki markatzea da, helburu honen motorra kapitalaren edukitzaileek gero eta gehiago irabaztea delarik. Ez du karikaturan erori nahi gutiagotze soilaren lotzeko. Bereziki, gutiagotzea ez da hazkunde negatiboa. Hazkundearen geldotze sinpleak, gure gizarteak ezintasunean sarrarazten ditu Langabeziarengatik eta bizi kalitate gutieneko bat segurtatzen dituzten gizarte, kultur eta ingurumen programak abandonatzearen ondorioz.

Gutiagotzea, « gutiagotze gizarte ». batetan baizik ez da aurreikusten ahal. Horrek suposatzen du arrunt beste mota bateko antolakuntza beharrezkoa dela : aisialdia lanari lehenetsiz, gizarte harremanak kaltegarriak edo beharrezkoak ez diren botatzeko produktuak baino garrantzitsuak izanik. Horretarako aitzin baldintza bat, inposatua den lan denboraren murrizketa azkar bat deneri lan atsegingarri bat segurtatzeko. Hori dena, Rioko ONG/GKEen Foroan proposaturiko “kontsumitze eta bizi estilo” hitzarmenean oinarrituz, sei elementuz osaturiko programa batetan sintetiza genezake : errebaluatu, berregituratu, birbanatu, murriztu, berrerabili, birziklatu. Bata bestean oinarritzen den sei helburu hauek gutiagotze adiskidetsu eta jasangarri kate bat abiaraz dezakete.

Azaletik ikusirik, alternatiba baterako aukera guti daude, baina beste molde batez ikusi behar da. Gizarte alternatibaren aliatu onena Mendebaldea bera da. Argi eduki behar da hainbat hondamendiren (Tchernobyletik behi eroarenera) eragin pedagogikoak kontzientizatze lanari laguntzen diola ; dagoena zalantzan jartzeko eta mentalitateak aldatzen laguntzeko tresna azkarrak dira. Orduan, gero eta jende gehiago, beharra, arrazoina edo gogoak bultzaturik, erokeria horren uztera eta eraikuntza alternatiboa sendotzera eramanak dira. Biharko ezkerrak behar lituzke programa errealista forma duten antolabide praktikoak, eperako lortu behar daitezkeen helburuak konpromisiorik gabeko azterketa zorrotz bati lotu, honek gidatzen lagundu eta haren ibilbidea argituko lizkiokeelarik.


Mintzaldirako sartzea urririk da baina gomendatzen dizuegu izena aitzinetik ematea 06 14 99 58 79ra deituz edo ondoko helbide elektronikora igorriz : ipar@mrafundazioa.org





Ikus Serge Latouche-en elkarrizketa beherean, bideoaren ondotik!
Edo hemen klika Alda!ren PDFa lortzeko :


Voir ci-dessous, après la vidéo,  l'article de l'interview de Serge Latouche!
Ou cliquez ici pour lire l'article  en version PDF!











Serge Latouche,
économiste, Professeur émérite à l'université de Paris XI

De la croissance à l'acroissance
“Les méfaits du développement m'ont fait perdre la foi
dans la religion de la croissance”


En tant qu'économiste, qu'est-ce qui vous a amené à devenir une des références de la décroissance ?
Je suis un économiste atypique venu à la décroissance depuis 2002… Auparavant, j’étais  Président de l’association «Ligne d’Horizon - les amis de François Partant» consacrée à la critique du développement et membre de l’Internationale informelle des «Disciples d’Yvan Illich». Cette internationale était composée de personnes du Tiers-Monde comme Vandana Shiva en Inde, Gustavo Esteva au Méxique, Majid Rahnema en Iran, etc. ou de gens ayant travaillé dans le Tiers-Monde et ayant vu l’échec du développement. Nous étions d’accord sur le fait que le développement était la poursuite de l’occidentalisation du monde commencé avec le colonialisme et l’impérialisme. On voulait savoir comment sortir du développement, dans les pays du Sud mais aussi dans ceux du Nord où seuls quelques marginaux comme José Bové s’instal-lant dans le Larzac acceptaient cette idée.
Après la Chute du mur de Berlin on a été rattrapé par les crises successives (écologique, fin du fordisme, etc.) et on nous demandait ce qu’on proposait à la place.
En fait derrière notre critique du développement se trouvait la critique de la croissance.
On voyait que le développement était une entreprise occidentale avec des effets positifs au Nord et négatifs et visibles au Sud comme la déculturation (destruction du «vernaculaire» : la façon dont depuis toujours les gens vivent en harmonie avec leur environnement avec leur milieu à partir de leurs ressources locales). Bref, destruction de la paysannerie, de l’artisanat, exploitation sans limite de la nature avec les effets sur les hommes (destruction des identités culturelles et de l’attachement au territoire). Au moins au nord cela a été remplacé par l’industrialisation et le travail à la chaîne. Ça donnait tout de même le salaire et la possibilité de consommer alors qu’au sud c’était remplacé par la clochardisation…
Tout cela m’a fait perdre la foi dans la religion de la croissance : surtout quand je suis passé en Asie au Laos, pays hors du développement, avec une société presque idyllique. Certes elle subissait la guerre et l’occupation mais les gens vivaient autour de leur pagode «en écoutant le riz pousser». Là j’ai compris que le développement allait détruire tout ça. J’ai commencé à avoir un doute en tant qu’économiste qui était pourtant sur place pour faire la comptabilité nationale du Laos.

“Eren-munduko garapenaren kritikarekin,
gorapenaren kritika egin nahi ginuen.
Eredu hori tokiko bizi molde orekatuen
suntsitzailea izan da eta.”

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Serge Latouche



Pour certains la décroissance est un "mot-obus", utile pour "casser des murailles" mais qu'il faut tout de suite "accompagner d'autres mots" pour préciser ce qu'on met à la place de la "muraille". D'autres mentionnent qu'en terme de croissance et de décroissance... il ne faut pas se limiter à une analyse quantitative... mais intégrer du qualitatif "croissance/décroissance... de quoi?". Comment définissez-vous la décroissance ?
L’idée du mot-obus est de Paul Aries. Pour moi la décroissance est un slogan provocateur pour sortir de la religion du développement. Pour être rigoureux il faut parler d’a-croissance comme on parle d’athéisme.
De tas de choses doivent croître comme la joie de vivre, la qualité de l’air et de l’eau que la société de croissance a détruits. Il s’agit de sortir d’une société de croissance dont la logique n’est pas de faire croître des produits pour satisfaire les besoins mais de faire croître à l’infini la production et pour justifier cela arriver à faire croître à l’infini la consommation ce qui a pour conséquence de faire croître à l’infini les déchets, la pollution… bref  la destruction de la planète.
Une fois sorti de cette religion de la croissance on aborde sereinement les problèmes. Il faut réduire l’industrie automobile, développer les transports en commun, réduire le nucléaire et développer les énergies renouvelables. Tout cela en stimulant des activités répondant aux besoins concrets des gens, jusqu’à un certain niveau.
Il faut donc retrouver le sens des limites. Toute société pour être soutenable et durable doit se donner des limites. Malheureusement notre société est entré dans l’«ubris» ou dans la démesure.
Certes, il y a dans la nature humaine quelque chose qui pousse l’homme à sortir de ses limites ou de lui-même. Mais toutes les sociétés ont eu pour but de canaliser cette aspiration à la démesure et au surpassement. En fait cette aspiration est bonne quand on la canalise dans le sport non marchandisé. C’est déjà moins bien si on canalise ça dans la guerre (certes on devient un héro… mais on meurt jeune). Par contre, quand on libère cette aspiration dans l’accumulation de marchandises et d’argent ça devient destructeur. On a une  libération de la pulsion d’avidité («recherche du toujours plus») qui est extrêmement destructrice. Il faut donc canaliser ces aspirations, qui au départ ne sont pas nécessairement mauvaises, vers d’autres champs où on ne met pas en danger la survie de l’humanité et de la planète. 

“Gorapenaren jendarteak suntsitu ditu
besteak beste bizitzeko poza,
uraren eta airearen kalitatea, etab.
ahaztuz gorapenak behar zuela
jendeen beharrei erantzuteko hor izan.”

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Serge Latouche



Face à la crise actuelle les mesures les plus utilisées ou annoncées sont "le plan de relance", "se préparer par la compétitivité au retour à la croissance", "accélérer par l'investissement public le retour à la croissance"... Quel rôle peut avoir la décroissance dans ce contexte ?
Il est vrai qu’on est en pleine schizophrénie. La France lance la commission Attali pour relancer la croissance et en même temps on fait le Grenelle de l’environnement. Sachant qu’on aura en décembre la Conférence de Copenhague sur le Climat qui devra prendre des mesures alors que les climatologues reconnaissent que la situation est déjà beaucoup plus grave que ce que le 4è rapport du GIEC disait… C’est une sacré contradiction…
Cependant  je crois que les gens sont conscients.
Même le gouvernement américain devenu propriétaire à 60% de GM  ne songe pas à relancer l’industrie automobile sous sa forme traditionnelle. Le nouveau GM ne fera plus de  4 x 4… mais fera des voitures «plus écologiques». Il y a un infléchissement. Certes très insuffisant… mais il est présent.
Il ne faut pas reprendre par la suite la formule du «travailler plus pour gagner plus» mais travailler infiniment moins pour partager le travail et entrer dans une société de sobriété où on peut être heureux avec beaucoup moins !
Il faut reconvertir plus que relancer. Reconvertir l’industrie automobile en industrie du transport en commun ou de la co-génération. En effet, les usines automobiles peuvent fabriquer des appareils de co-génération qui permettent aux maisons d’être productrices d’électricité en même temps que de chauffage. Cela existe déjà en Allemagne où on arrive par la co-génération à extraire d’une source primaire 90% de l’énergie au lieu de 40% auparavant.
En fait, ce ne sont pas les solutions qui manquent… mais la volonté de les mettre en application !

Est-ce que cela ne pose pas de problème de parler de décroissance au moment où tant de familles ont du mal à joindre les deux bouts, y compris sur les biens les plus essentiels, et au moment où la faim s'accroît plus que jamais à travers le tiers-monde ?
Effectivement pour les gens qui actuellement sont dans la misère il n’y a pas de solution à court terme… Ils doivent se battre pour imposer un autre fonctionnement de ce système qui développe les inégalités, se battre pour un autre partage de la richesse. En effet, la seule solution pour améliorer la situation des gens les plus défavorisés consiste à avoir un nouveau partage de la richesse. Ce n’est pas d’essayer de produire encore plus alors qu’on n’arrive pas à consommer tout ce qui est produit et qu’on détruit la planète.
Il faut revenir aux origines du socialisme qui étaient un autre partage. On produit suffisamment même beaucoup trop, c’est la répartition qui est mal faite.
En fait, la plupart des pays du Tiers-Monde font cruellement l’expérience que le «Gâteau est mal partagé et qu’en plus il est empoisonné». L’exemple de l’Inde ces dernières années illustre cela. L’empoisonnement est au sens strict. Les terres sont désertifiées par les pesticides et les engrais chimiques, les populations chassées de leur terre. On a aussi en Asie du Sud-Est un nuage de pollution qui fait que les maladies de la peau, les cancers, etc. se développent énormément.
Les prémices d’un autre partage et d’une autre façon de faire le gâteau existent. Au Vénézuela la rente du pétrole et surtout la volonté politique (qui n’existait pas auparavant) ont permis une augmentation de revenus pour les plus pauvres, la mise en place d’une couverture sociale, etc. En Bolivie aussi on voit une remise en cause du productivisme et une réappropriation de la richesse nationale pour faire profiter les plus pauvres (les paysans sans terre, etc.).

Le développement durable peut-il faire partie des solutions d'avenir ?
Actuellement on parle de «croissance verte»… C’est une façon de mettre un coup de peinture verte sur la croissance sans changer les fondamentaux ci-dessus présentés…

En quoi la relocalisation de l'économie et du politique sont une réponse face à la mondialisation capitaliste...
L’une des causes de la crise actuelle c’est la  mondialisation financière. Un marché mondial unique est beaucoup plus fragile. Si on dit qu’en France on résiste mieux c’est qu’il y avait un minimum de protection. Avec des économies locales, basées sur une culture et un financement locaux, on résisterait mieux à ce type de crise…
On a théorisé cela. Les systèmes écologiques, sociaux ou humains ont 2 dimensions très importantes et contradictoires. Ils sont d’autant plus efficaces et génèrent d’autant plus d’économies d’échelle qu’ils se spécialisent et deviennent grand. Mais en même temps ils sont plus fragiles.
L’autre dimension est la résilience, c'est-à-dire la capacité de résister aux changements. On le voit pour les espèces animales. Si on a qu’un seul type de porc, et qu’on a une maladie porcine… le cheptel est totalement détruit. La capacité de résistance est plus forte avec une diversité de variétés. Il en est de même avec les pommes : on n’a que 4 ou 5 espèces au lieux des milliers d’espèces de pommes différentes qui existaient.
Ainsi, le parallèle est valable avec une  variété d’économies locales, basées sur des tissus locaux. Elles sont peut être moins efficaces globalement ou abstraitement qu’une économie mondialisée… Mais pour les gens qui vivent sur place c’est beaucoup  plus satisfaisant et ça tient mieux la route.

Enfin, quelle forme  d'économie est capable de constituer une véritable alternative au système économique dominant des dernières décennies, le capitalisme néo-libéral ?
Il faut «sortir de l’économie», c'est-à-dire «sortir de l’impérialisme de l’économie». L’économie c’est toujours la marchandisation… L’économie néo libérale n’est que la suite  naturel-le de l’économicisation du monde. Il faut sortir de ce processus d’économicisation pour retrouver le politique et le social, pour redonner aux hommes prise sur leur destin, ne plus les soumettre à la loi de la main invisible du marché ou à la dictature des marchés financiers. Ce n’est pas d’une autre forme d’économie dont nous avons besoin, mais  d’une autre forme de société où la production et les échanges et la consommation ne sont plus soumis à des lois aveugles mais décidés démocratiquement par les citoyens.
Eco-socialisme
Comme on part d’une société totalement économicisée… il y a une  transition à penser à travers des politiques de reconversion.
On peut appeler ça de l’éco-socialisme  en faisant référence à la fois à André Gorz et Murray Bookchin grand théoricien anarcho-communiste américain fondateur de l’écologie sociale.
Enfin, l’expérience de Mouans-Sartoux en Paca où cette commune a illustré ce que pour-rait être un programme de décroissance local en «relocalisant» les activités en centre-ville en évitant ainsi que sa commune ne devienne une banlieue de Cannes et le film «Nos Enfants nous accuseront» montrent des alternatives intéressantes.



Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 07:47
- Publié dans : Bideoak!! - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
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