Jean-Sebastien Mora
La fin justifie-t-elle les moyens ?
Après l’énorme battage médiatique d’il y a un an, Emilie Lelouch la compagne d’Eric Breteau et numéro 2 de l'Arche de Zoé a choisi de revenir sur l'affaire du Tchad et sur le cheminement de son
engagement humanitaire. Et surprise, c’est avec la petite édition associative basque Gatuzain qu’elle publie « Nés pour mourir ?», un ouvrage de 248 pages.
Il faut dire que le rouleau compresseur des médias a déjà jugé et archi condamné les membres de l’ONG. Mais, il n’en demeure pas moins une grosse part d’ombre sur cette affaire.
Ainsi qu’elles étaient les réelles motivations d’Eric Breteau et des membres de l’arche de Zoé ?
Est il vrai que «85% des enfants que transportait L'Arche de Zoé ne sont pas orphelins et que les trois quarts sont tchadiens» comme l’affirmaient l'Unicef, l’ONU et le Comité international de la
Croix-Rouge ?
Pourquoi Nicolas Sarkozy avait condamné l’opération menée par l’association en la qualifiant d’«illégale et d’irresponsable» alors que l’ONG a bénéficié de moyens considérables et de l’aide de
l’armée française ?
Enfin, quels sont les véritables enjeux de ce sac de nœud politico-humanitaire, notamment les nombreuses tractions qui ont suivi entre la France et le Tchad ?
Une démonstration affective incomplète.
En écrivant «Nés pour mourir», Emilie Lelouch nous permet d’élucider quelques doutes, mais ne répond pas complètement à toutes les
interrogations.
On comprend aussi que les réelles motivations de l’ONG étaient de rapatrier en France des enfants Darfouri afin qu’ils obtiennent le statut de réfugiés. L’opération, qui selon E.Lelouch ne
suivait pas un processus d’adoption mais plutôt d’accueil, était un «coup médiatique», une manière d’obliger le gouvernement de Nicolas Sarkozy à se positionner face à l’enjeu humanitaire du
Darfour. La thèse d’Éric Breteau et d’Émilie Lelouch était la suivante : «malgré seize résolutions de l’ONU, rien ne bouge».
Ainsi, le lecteur appréciera donc avec intérêt la critique sévère de la Croix Rouge et des grosses machineries humanitaires «ONU-siennes». Cependant, au travers des pages et notamment du chapitre
1 intitulé «Emilie, pourquoi ?» on comprend aussi clairement que c’est l’affectif, et beaucoup trop l’affectif qui a guidé les opérations. En justifiant avec beaucoup de sincérité sa démarche,
l’auteur, numéro 2 de l’ONG arche de Zoé, ne parvient pas à faire disparaître de nos esprits la notion de «naïveté et d’amateurisme». Dans le chapitre intitulé «Adré, à la frontière du Darfour»
le lecteur attendait une démonstration objective et plus méthodique concernant le travail de l’ONG sur le terrain.
Au travers de la lecture, on comprend également qu’il a suffit de 6 semaines au Tchad pour que les membres de l’Arche de Zoé boucle les opérations. Le tout sans se rendre au Darfour, puisque que
ce sont des intermédiaires Tchadiens ou Soudanais qui sont allés chercher les enfants là-bas. Une période très courte qui a certainement laissé la place à beaucoup d’imprécisions, voire de
manipulations par leurs propres collaborateurs chargés de passer la frontière. Une démarche d’autant plus difficile et erronée quand on sait que ce sont les mêmes ethnies qui vivent de part et
d’autre de la frontière et que ces enfants sont massalites ou zagawas avant d’être tchadiens ou soudanais.
Enfin p.169, étrange et très discutable la manière dont Eric Breteau et Emilie Lelouch donnent congés à leurs collaborateurs tchadiens.
Urgence et légitimité
Evidemment, la volonté de placer l’opinion publique française face à l’enjeu humanitaire du Darfour est louable. Emilie Lelouch et l’Arche de Zoé étaient animés,
semble t-il, de bonnes intentions. Mais les questions de légitimité et de notion d’urgence sont récurrentes lors de la lecture du livre «Nés pour mourir». Le fait de secourir en urgence des
victimes nous place-t-il toujours dans le bon droit ? Y a-t-il un passe droit en Afrique lorsque l’on cherche à «faire le bien», blancs de surcroît ? Si l’objectif de l’arche de Zoé était un coup
médiatique et politique, comme l’écrit Emilie Lelouch, peut-on considérer que ces humanitaires ont instrumentalisé les 103 enfants ? Quel a été au final l’impact de l’action de l’Arche de Zoé sur
la situation au Darfour ?
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Jeudi 21 mai 2009
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21
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/Mai
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15:07
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Publié dans : Fiches Pratiques - Asteko Fitxa Lagungarriak
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