Txetx Etcheverry
Une grève générale a été convoquée par la majorité syndicale du Pays Basque sud (ELA ,LAB, ESK, Stee-Eilas, Hiru, EHNE) ce jeudi 21 mai 2009.
Elle a pour objectif de faire face au chantage du patronat qui veut profiter de la crise pour fragiliser encore plus les conditions de travail, et en faire payer le coût aux salariés, alors même
qu'il s'est accaparé la plus grande partie des fruits de 15 ans de croissance ininterrompue.
La grève générale du 21 mai a également pour objectif d'exiger un changement radical des politiques publiques, tant des institutions de la Communauté Autonome du Pays Basque et de celle de la
Navarre que du gouvernement espagnol, profondément injustes et néo-libérales.
Elle entend être une manifestation de solidarité avec les travailleurs(ses) déjà en lutte -et pour beaucoup en grève- pour défendre leur emploi et leurs conditions de travail. La grève générale
veut également dénoncer la situation des travailleurs(ses) envoyés au chômage, résultat d'une destruction de l'emploi égale au double de la moyenne européenne !
Enfin, les syndicats appelant à la grève générale rappellent leurs revendications de transferts de l'Etat espagnol vers le Pays Basque des compétences intégrales en matière de Sécurité Sociale,
Médecine du travail, Formation et Emploi, ainsi que de la capacité législative en matière professionnelle et sociale.
Une grève générale qui s'annonce particulièrement dure
De Bilbo à Iruña, la grève générale s'annonce particulièrement déterminée, avec des piquets de grève convoqués partout dès les
premières heures du matin, et d'innombrables manifestations tout au long de la matinée et de l'après-midi.
L'impact énorme de la crise dans l'Etat espagnol et le Pays Basque, l'augmentation ininterrompue du chômage dans un pays où l'emploi était très fortement précarisé (grande proportion de contrats
temporaires) a créé un climat social des plus tendus.
Cette grève générale sera le fait d'un syndicalisme basque revendicatif et très critique envers les modèles du prétendu dialogue social, qui en fait embourbent les organisations syndicales dans la
co-gestion des politiques néo-libérales des institutions et du patronat espagnol. 30% des salariés du Pays Basque sont syndiqués contre 15% dans le reste de l'Etat espagnol et 7 à 8% dans l'Etat
français, cette différence est très significative..
Ce syndicalisme basque tranche avec beaucoup des évolutions habituellement constatées en France : il voit ses effectifs en constante progression, est fortement implanté dans le secteur privé,
particulièrement jeune et féminisé. Il y a une vraie dynamique qui est à contre-courant des tendances subies dans une bonne partie de l'Europe.
Un "voyage découverte" d'un genre nouveau :
La Fondation Manu Robles-Arangiz a organisé ce jeudi 21 mai un "voyage découverte" d'un genre nouveau en Pays Basque sud.
Il s'agit de vivre cette journée de grève, dès les piquets du matin, avec les militant(e)s du syndicat ELA (dont est issue la Fondation MRA) de la région industrielle de Tolosa (à moins d'une heure
de Bayonne) : partager avec eux autant les piquets de grève que les manifs, le casse-croûte et les divers moments forts de la journée.
ELA est le syndicat majoritaire au Pays Basque sud avec plus de 36% des voix aux élections syndicales (plus de 40% des voix dans la Communauté Autonome Basque). Il est fort de 110 000 adhérent(e)s
(soit quasimment 10% des salarié(e)s du Pays Basque sud à lui tout seul) qui l'autofinancent à 86% par leurs cotisations mensuelles. Il se veut ainsi farouchement indépendant non seulement de tout
parti politique mais également des pouvoirs publics.
C'est un syndicat particulièrement revendicatif, qui a une puissante caisse de grève alimentée par 25% des cotisations de ses membres. Les grèves animées par ELA durent ainsi très souvent plusieurs
mois d'affilée, comme c'est le cas en ce moment même dans de nombreuses entreprises du Pays Basque (l'une d'entre elles se déroulant actuellement à Ariznavarra dure depuis 15 mois ininterrompus
!).
Les effectifs d'ELA, en hausse constante depuis plus de 20 ans, sont marqués par un rajeunissement notable et une forte féminisation. ELA fait partie de la CES (Confédération Européenne des
Syndicats) et de la CSI (Confédération Syndicale Internationale) et est partie prenante des Forums Sociaux Mondial et Européen depuis les tout débuts.
A travers le vécu de cette journée de grève générale, il s'agit de faire découvrir une autre facette du Pays Basque sud, dont on entend le plus souvent parler que sous l'aspect "lutte armée et
répression" ou "politique et élections". Il s'agit de connaître un syndicalisme atypique en Europe, une autre gauche abertzale dont on entend parler trop peu souvent.
Txetx
txetx@wanadoo.fr
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