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par Jean-Sebastien Mora / jeansemora@gmail.com

"Les jeux des empires, des idéologies, pro/antisont complexes et obligent nécessairement à ne pas avoir, une lutte anti-fasciste de retard"
Pier Paolo Pasolini, Lettres Luthériennes (1975).

Alors que le fascisme serait historiquement mort en 1945, la chercheuse Italienne Michela Marzano publie aux éditions Larousse "Le fascisme, un encombrant retour ?". En 180 pages la chercheuse met brillamment en perspective les logiques du fascisme en Italie dans les années 30, avec les dérives politiques actuelles de "nos démocraties occidentales" (rhétorique populiste, sécurité et effacement de l'espace public, mécanismes et stratégies de conquête du pouvoir…). Très bien construit en trois parties complémentaires, l'ouvrage fait appel au discours philosophique de penseurs de référence comme Max Weber, Robert O Patxon, John Austin, Edward Berneys etc.
Mais son but "n'est pas […] de prendre position à l'intérieur du riche débat historique" mais d'analyser d'un point de vue philosophique un certain nombre de traits de nos sociétés contemporaines.
Et, bien que centré sur l'Italie du "Cavaliere" Berlusconi, l'ouvrage n'épargne pas le populiste Nicolas Sarkozy, ni son goût de l'amalgame et son mépris de la culture.
"Le fascisme, un encombrant retour ?" constitue ainsi une grille de lecture solide pour appréhender "la fragilité de nos démocraties" (ou des formes politiques que l'on chercherait à construire). Et Michela Marzano le rappelle en préambule : "le fascisme est la conséquence directe de l'échec de la démocratie, mais il naît à l'intérieur même d'une démocratie, lorsqu'un leader charismatique parvient [..] à canaliser et instrumentaliser l'enthousiasme populaire".

Esprit critique contre Neofascisme
La première partie de l'ouvrage est consacrée à la position de deux intellectuels : l'Italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975) et l'allemand naturalisé américain Theodor W Adorno (1903-1969). Dès les années 60, ces deux penseurs critiquaient déjà les nouvelles formes de codification et de normalisation des attitudes que produit la société de consommation. Alors que le fascisme avait "disparu", Pasolini s'inquiétait de la "violence du conformisme" de la société marchande, mais aussi de l'affaiblissement de l'esprit critique face à de nouveaux pouvoirs comme par exemple celui de la télévision.

Les logiques du fascisme
Dans un deuxième temps Michela Marzano aborde la complexité du fascisme Italien, ainsi que le caractère paradoxal de son idéologie. "Comment a-t-il pu s'imposer en Italie en se présentant tout à la fois comme un mouvement révolutionnaire et réactionnaire, moderniste et traditionaliste ?". Une partie essentielle qui décrit très bien les mécanismes insidieux d'hégémonie politique et culturelle du fascisme, notamment son idéologie de l'amalgame, l'utilisation de la langue et de la rhétorique, l'encadrement des masses, l'instrumentalisation du sport, la place de la femme ou encore le mythe de l'homme nouveau.

Un fascisme toujours vivace ?
Enfin, dans la troisième partie la chercheuse analyse le retour dans nos sociétés des leaders charismatiques, le triomphe de la rhétorique antipolitique et démagogique et la nouvelle diabolisation de "l'autre". Une série de paragraphes dans lesquels l'auteur revient sur les parcours politiques de Silvio Berlusconi et de Nicolas Sarkozy avec en trame de fond, la perspective d'éventuelles logiques fascistes. Il faut dire qu'avec une attitude volontariste quasi caricaturale, ces deux chefs d'Etat s'inscrivent en porte-à-faux avec la politique traditionnelle. Cependant la majorité des Italiens qui applaudissaient Mussolini n'étaient pas pour la plupart des fascistes, "il s'agissait tout simplement d'hommes et de femmes fascinés par un homme dynamique et énergique". L'amalgame idéologique, la politique émotionnelle, l'irruption de la vie privée ou la toute puissance de l'Etat rapprochent dangereusement Berlusconi et Sarkozy de procédés que l'on croyait historiquement morts.

Montesquieu aux oubliettes
Depuis la publication en avril 2009 de l'ouvrage de Michela Marzano, l'absence de contre poids au tout pouvoir présidentiel en France renforce dangereusement la démonstration de la chercheuse : Contrôle du CSA et nomination du directeur de Radio France par le président Sarkozy, réforme de la justice qui place les procureurs entre les mains de l'exécutif, non respect de la séparation des pouvoirs et affaiblissement du rôle du premier ministre.

"Le fascisme en Italie est un signe d'infantilisme, parce qu'il représente le triomphe de la facilité, de la confiance et de l'enthousiasme ". Pietro Gobetti, La révolution libérale 1928.

Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /2009 08:29
- Publié dans : Fiches Pratiques - Asteko Fitxa Lagungarriak - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
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Commentaires

Un très bon article, merci de cet éclairage...
Commentaire n°1 posté par Monique le 11/07/2009 à 18h51

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