par Christian Dufour/Coordinateur scientifique de La Revue de l'IRES
Le temps de travail et son organisation
sont décisifs dans les conflits sur la répartition des richesses
Longtemps, la négociation sur le temps de travail a pu passer pour secondaire par rapport à celle sur les salaires. C'est en partie une erreur d'optique. Les luttes sur le temps de travail
participent à la fondation du mouvement ouvrier : âge et durée de travail des enfants, jours fériés, limitation de la semaine de travail, âge de cessation d'activité, congés payés etc. Après
tout, un montant de salaire ne fait sens qu'en proportion d'une quantité de travail fournie. Le temps - horaire, hebdomadaire… - sert d'unité de mesure. Cela constitue souvent un progrès par
rapport au paiement à la tâche, en limitant la concurrence entre salariés.
Temps de travail et répartition des richesses
Dans une vision (trop) simple "travailler plus" signifie travailler plus longtemps. Cette équation est fausse à plus d'un titre : l'intensité du travail
varie dans une même durée temporelle ; la lutte sur les cadences le montre. Le temps de travail et son organisation sont décisifs dans les conflits sur la répartition des richesses.
Avec l'extension du salariat, les relations entre temps et travail se sont à la fois normalisées et diversifiées. Elles se sont normalisées parce que
des références ont été construites, à travers les conventions collectives, les cadres légaux, les pratiques professionnelles. Elles se sont diversifiées, parce ces références articulent des
acceptions très amples des temps disponibles : jour/nuit ; semaine/week-end ; année/saison ; temps plein/temps partiel ; poste fixe/interim, etc.
Les temps de référence
Les négociations sur le temps de travail et ses références, celles autour des 35 heures par exemple,
montrent le double enjeu de ce thème pour le syndicalisme. Le plus visible est celui de la confrontation avec les employeurs. Mais il y a aussi celui, plus subtil mais peut-être encore plus
décisif, de la négociation au sein du salariat sur ce que sont les temps de référence. Car, si le temps de travail se discute et s'applique dans l'espace professionnel, il ne s'y limite pas. Il
met en jeu l'ensemble des statuts sociaux des salarié(e)s, et d'abord les différences entre hommes et femmes.
Statut professionnel et statut social
L'aménagement du temps de travail peut se négocier en privilégiant les enjeux internes à
la vie professionnelle. Cette démarche organise les carrières, les rythmes de travail, les progressions hiérarchiques, les niveaux de rémunération en priorisant l'acte de travail : le statut
professionnel l'emporte sur tout autre statut social, et on institutionnalise cette primauté. Cela distingue, parmi les salariés, ceux qui peuvent vivre avec cette priorité et ceux - en fait
celles - qui ne le peuvent pas. On peut par contre privilégier l'insertion de la vie professionnelle dans un ensemble plus large de statuts sociaux.
Temps de travail et temps sociaux
Cette deuxième démarche consiste(rait) à inscrire la question du temps de travail dans
l'ensemble des temps sociaux, et à valoriser les exigences des statuts non professionnels. La maternité n'est plus alors une "option individuelle" qui fait obstacle à la carrière mais une
fonction sociale que la carrière doit reconnaître. Le "temps partiel" n'est plus une déviation - même choisie - du temps standard, mais un mode d'accès parmi d'autres à la vie
professionnelle.
Mesure de l’investissement professionnel
Il s'agit là de choix sociétaux. Le syndicalisme peut ou non les prendre en charge. Sa
tradition essentiellement masculine lui a, jusqu'à présent, fait occulter les priorités qu'il fixait en la matière : les hommes travaillent "à plein temps". Et cela est "normal".
Cette sourde complicité masculine entre syndicalistes et employeurs, ce partage d'une évidence sur la priorité de la vie professionnelle excluent celles
qui ne peuvent s'y insérer. Cette vieillerie idéologique pourrait être rangée au rayon des antiquités. Mais cela ranimerait certainement le conflit entre salarié(e)s et employeurs, surtout quand
ceux-ci et leurs alliés veulent faire du temps long la seule mesure de l'investissement professionnel.
Bibliographie sur ces sujets :
www.conseil-economique-et-social.fr/rapport/doclon/08261005.pdf
Jeudi 25 juin 2009
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Publié dans : Ekonomiaz - Economie à contre-courant
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