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par Pascal Mulet
Pascal a 23 ans, habite à Lekorne et est membre de l'association Alternatiba, créée il y a maintenant deux ans.
Alternatiba est née d'un constat : dénoncer le système et ses aberrations ne suffit pas ; il faut mettre en place des pratiques alternatives concrètes.
Ainsi, en 2003 le cola équitable Ehka a été créé et en 2005 la coopérative Alterka.
L'association travaille aujourd'hui sur un projet autour de la transformation des oléagineux (tournesol, colza…) dont l'Huile Végétale Pure, substitut au gazole, est un des sous produits.
Fin du pétrole pas cher... ou fin du pétrole tout court ?
Ça dépend ce que l'on appelle "pas cher" : des millions de morts lors des guerres du pétrole, je ne sais combien de cancers à venir et le dérèglement pur et simple du climat de notre planète. C'est quand même cher payé.
Ceci dit, nous assistons effectivement à la fin du pétrole bon marché et à la fin du pétrole tout court. Apparemment, il en resterait pour 30 ou 40 ans. Les chiffres varient selon les époques, les chercheurs, et les techniques. En effet, le pétrole est devenu tellement rentable que des gisements jugés inexploitables il y a quelques années prennent aujourd'hui une valeur considérable. Toute nouvelle technique est la bienvenue pour récupérer la moindre goutte d'or noir, même si cela représente une catastrophe au niveau écologique (la récupération de pétrole à partir de sable asphaltique au Canada par exemple). De ce fait, moins il y a de pétrole, plus il y en a… Ceci dit, on touche vraiment à la fin. Quant à la fin du pétrole bon marché, elle est plus dûe à la demande grandissante de certains pays émergents (principalement la Chine) qu'à l'épuisement des réserves.
Tu parles de dérèglement climatique ; quel rapport avec le pétrole ?
La combustion des sources d'énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) provoque la création de gaz carbonique (CO2), un des principaux gaz à effet de serre. Suite à 150 ans de tout fossile (environ 80% des sources d'énergie au niveau mondial), la concentration de CO2 à augmenté de 31% depuis 1750 pour atteindre 370 ppm (parties par millions) en 2000; valeur jamais atteinte depuis 420 000 ans. En s'accumulant dans l'atmos-phère, le CO2 et les autres gaz à effet de serre retiennent la chaleur émise par la Terre et provoquent le fameux réchauffement climatique. Il est prévu une augmentation de 1,4 à 5,8°C d'ici 2100. Au programme ? Fonte des glaces, hausse du niveau des océans et exode pour quelques 118 millions de réfugiés climatiques; augmentations des évènements climatiques extrêmes (tornades, sécheresses…) ; disparition de nombreux écosystèmes…
Réduire les émissions de gaz de 80%
Afin de limiter au maximum les changements climatiques rigoureux, une réduction d'environ 80% des émissions de gaz à effet de serre s'impose d'ici à 2050 pour les pays industrialisés. Trois décennies de mise en garde n'ont pas suffit à changer nos habitudes ; heureusement que le pétrole bon marché est fini…
Plus près de nous, quelles sont et seraient les conséquences sur nos routines quotidiennes de la fin du pétrole pas cher ? Transports (voitures, camions, avions, etc.), agriculture productiviste (utilisant des fertilisants azotés et le gazole), éclairage et chauffage, etc.
Il y a deux manières de voir la fin du pétrole bon marché et la fin du pétrole : la version catastrophiste et la version optimiste. Pour la première, c'est effondrement de l'économie et pénuries en tout genre. Personnellement, je vois plutôt ça d'un bon œil : d'une part, les énergies renouvelables seront enfin mises à l'ordre du jour (ça commence, mais très doucement). Dans les années 1970, le choc pétrolier a poussé les secteurs de la recherche et de l'industrie à se pencher sur des systèmes de production d'énergie tels que l'éolien, le solaire… Les recherches ont vite été abandonnées lorsque le prix du baril est redescendu. Pareil pour l'économie : si aujourd'hui délocalisations et agriculture productiviste sont possibles, c'est "grâce" à un coût de transport dérisoire. Fin du pétrole bon marché veut dire : re-localisation des productions, diminution des transports inutiles et polluants (5000 km pour une laitue de son lieu de production à notre assiette, ça fait beaucoup), mise en valeur des transports en commun tels que le train… plutôt chouette non ?
Ce qui est incroyable, c'est de voir que des projets tels quel la 2 x 2 voies transnavarraise puissent encore être défendus aujourd'hui. Comment peut on encore parier sur le transport routier aujourd'hui ?
Y-a-t-il une alternative ou un plan B réaliste ou qui pourrait être prêt avant que les hypothèses les plus pessimistes ne se réalisent ?
Je n'espère pas ! Il y a 150 ans, l'humanité est rentrée dans "l'âge de pétrole" (après l'âge de pierre et l'âge de fer). Le pétrole était (et est encore) présenté comme LA solution, on a vu où cela nous a mené. Chercher une alternative ou LE plan B nous ferait retomber dans le même piège, et nous ferait faire les mêmes erreurs. Par exemple, les biocarburants sont présentés comme la solution future face à la pénurie de pétrole. Il faut savoir qu'il y a plus de 200 sortes de biocarburants, et que la plupart n'ont rien de "bio". Beaucoup sont issus de transformations chimiques d'huiles végétales plus très naturelles et leur bilan énergétique est quasi nul. De plus, un projet comme celui qui se prépare à Lacq nécessitera d'énormes quantités de maïs : recourir à l'agriculture intensive (engrais et pesticides, quantités astronomiques d'eau, d’OGM…) ne fera que déplacer le problème. Au lieu de l'air, c'est la terre que nous polluerons.
Pas une solution, mais des solutions
Il ne faut donc pas trouver une solution, mais des centaines de solutions : transports en commun, piles à combustible, carburants végétaux artisanaux (Huile Végétale Pure), vélo, énergies renouvelable, re-localisation des productions. Il faut savoir que l'on pourrait, en faisant quelques efforts, utiliser quatre fois moins d'énergie qu'aujourd'hui tout en gardant notre niveau de vie. Avec la fin du pétrole, nous assistons à une grande mutation de notre société. A nous de prendre la bonne voie…
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Je souhaite, par mon commentaire sur un argument developpé dans cet article, vous inviter à vous renseigner plus precisement sur le sujet des biocarburants :
"De plus, un projet comme celui qui se prépare à Lacq nécessitera d'énormes quantités de maïs : recourir à l'agriculture intensive (engrais et pesticides, quantités astronomiques d'eau, d’OGM…) ne fera que déplacer le problème. Au lieu de l'air, c'est la terre que nous polluerons"
La raison pour laquelle le "biocarburant" n'a pas d'avenir n'est certainenement pas que l'on polluerai la terre au lieu de l'air (voir le Brésil). Cet un sujet autrement plus complexe qui nécessite une analyse plus scientifique. Le "bio"carburant n'a rien de bio en terme de Co2 rejeté dans l'atmosphère que ce soit pour sa production, mais aussi pour sa consommation qui degage du CO2. Les rejets de CO2 dans l'atmosphère sont donc tout aussi important avec des carburants dit bio
Je ne suis pas un spécialiste du sujet; je vous laisserai donc le loisir de vous informer.
Cordialement.
La diminution de la production mondiale du pétrole est pour 2007 ou 2008. Les piles à combustible et les biocarburants sont des solutions illusoires.
Les biocarburants sont séduisants, à condition de ne pas regarder le bilan énergétique de leur production , ni la surface de terres cultivables à utiliser pour remplacer une partie seulement du pétrole utilisé à ce jour en France.
La situation est identique dans le reste du monde, sans doute pire dans les régions tropicales. Celles-ci permettent un meilleur bilan énergétique à court terme (en utilisant beaucoup de produits chimiques pétroliers), mais les sols de ces régions sont fragiles et deviendraient rapidement stériles, sans compter les ravages de la déforestation.
Lorsque l'on étudie la consommation de pétrole (carburants, engrais et autres produits pétrochimiques) utilisée pour produire l'équivalent en biocarburants, on constate qu'il faut, sur un hectare de culture, en tonne équivalent pétrole (tep) :
- huile de colza : 0,50 tep consommée pour produire 1,37 tep = 0,87 tep à l'hectare,
- huile de tournesol : 0,29 tep pour 1,06 tep = 0,77 tep / ha,
- éthanol de betterave : 3,22 tep pour 3,98 tep = 0,76 tep / ha.
Pour produire l'équivalent des 49 millions de tonnes de pétrole consommées par les seuls transports (sans compter les autres usages) il faudrait utiliser dans le meilleur des cas (huile de colza) 56.400.000 hectares (564.000 km2) soit plus que la superficie de la France et 3,6 fois la superficie des terres cultivées du pays.
Un dossier à lire : http://travail-chomage.site.voila.fr/energie/fin_petrole.htm pour en savoir plus.