CONFERENCE D'ERIC MAILHARRANCIN AU LOCAL DE LA FONDATION
LE JEUDI 22 MARS DE 19H00 A 21H00
Eric Mailharrancin
(*) (agrégé d’économie et de gestion)
La taxation volontariste des transports internationaux favoriserait une relocalisation
des économies, condition nécessaire pour un développement soutenable.
Qu'est-ce que l'économie et quels sont les liens entre l'économie et la politique ?
La science économique est le domaine d'étude de l'activité économique. Elle explique les mécanismes de la production, la consommation et l'investissement, la création monétaire, la répartition
des revenus, la croissance et la crise, les échanges internationaux…
S'il est incontestable que l'économie soit une science humaine, branche des sciences sociales, le terme de science a été interprété abusivement par les théoriciens libéraux qui ont eu la
prétention d'en faire une science exacte.
L'économie libérale enseignée à l'université est une modélisation théorique et mathématique dont l'ambition première est de montrer la perfection du système capitaliste et donc l'inutilité de
l'intervention de l'Etat dans l'économie. Aujourd'hui, les libéraux font toujours confiance aux mécanismes de marché pour réguler l'économie, et même s'ils sont forcés de reconnaître la réalité
de certains déséquilibres comme le chômage ou l'inflation, ils estiment que l'Etat doit intervenir le moins possible dans l'économie et se concentrer sur ses fonctions régaliennes : la police, la
justice et l'armée. La droite libérale de Sarkozy incarne bien ce courant de pensée.
A l'inverse des libéraux, les marxistes prônent la disparition du capitalisme, système qu'ils accusent de générer des injustices et des inégalités. La pensée de Marx a inspiré les systèmes
communistes. Leur effondrement à l'Est n'a pas fait disparaître le courant marxiste dont l'influence perdure dans les partis anti-libéraux comme le PC, la LCR ou Lutte Ouvrière.
Entre libéralisme et marxisme, Keynes a préconisé une forte intervention de l'Etat dans l'économie. Sans remettre en cause le capitalisme, les keynésiens proposent un modèle de société réformiste
dans laquelle l'Etat et les collectivités locales doivent s'efforcer de corriger les inégalités sociales et les déséquilibres engendrés par le système libéral. Le keynésianisme est inspirateur
des partis sociaux-démocrates. Il imprègne fortement le programme présidentiel de Ségolène Royal.
Les choix économiques ne sont jamais neutres, mais toujours dépendants d'une idéologie. Le lien étroit et indissociable entre l'économie et la politique me fait préférer l'appellation d'économie
politique à celle de science économique.
Comment expliquer l'importance que prend l'économie dans nos sociétés ?
Pendant la majeure partie du vingtième siècle, je pense que la politique était prééminente sur l'économie.
Deux mondes s'opposaient alors : le système capitaliste occidental et le système communiste.
L'économie planifiée du système soviétique était dirigée par les instances dirigeantes du parti communiste. Dans le monde occidental, l'économie était encore essentiellement nationale et
contrôlée politiquement par le pouvoir étatique.
Deux événements historiques de la fin du 20ème siècle ont renforcé l'importance de l'économie au dépens de la politique : l'effondrement du système communiste et la mondialisation de l'économie
capitaliste.
L'échec de l'économie planifiée a laissé l'économie capitaliste sans rivale. Même la Chine, dernier grand bastion du communisme a succombé aux sirènes du libéralisme.
Parallèlement, les pays occidentaux, influencés par les théories libérales du commerce international, ont diminué progressivement leurs taxes douanières. La libéralisation des échanges
internationaux a favorisé l'émergence de firmes géantes qui élaborent leur stratégie à l'échelle de la planète, en ignorant les frontières Les multinationales imposent leurs choix d'implantation,
se délocalisent quand elles le souhaitent, indifférentes aux politiques étatiques.
Quand Sony décide de fermer l'établissement de Bayonne pour se délocaliser dans un pays où la main d'œuvre est moins chère, les pouvoirs publics sont impuissants. On assiste aujourd'hui à une
vraie démission du politique face à la toute-puissance de l'économie capitaliste.
Un autre exemple local de la soumission du politique face au diktat de l'économie mondiale est cette décision quasi-consensuelle de nos élus en faveur d'une nouvelle ligne TGV dédiée au fret.
Sous prétexte que le ferroutage est plus écologique que le transport routier, on va réaliser une saignée à travers le Pays Basque et pérenniser, au prix de milliards d'Euros, un système aberrant
où des marchandises qu'on pourrait trouver sur place sont achetées à des milliers de kilomètres ! Sur des trains, les camions pollueront moins mais serviront davantage la cause de la
mondialisation que les intérêts des habitants du Pays Basque.
Il faut de toute urgence redonner la priorité au politique. Par exemple, la taxation volontariste des transports internationaux favoriserait une relocalisation des économies, condition nécessaire
pour un développement soutenable. Au niveau local, cette solution présenterait l'avantage de désengorger l'autoroute et d'économiser les frais dispendieux d'une seconde ligne TGV.
Pourquoi et comment se former à l'économie ?
Compte tenu de la place envahissante de l'économie, une certaine connaissance des mécanismes de l'économie est nécessaire pour comprendre le fonctionnement de notre société et éclairer nos choix
politiques.
Aujourd'hui, l'économie semble réservée aux experts.
J'ai encore en mémoire le charabia technocratique et incompréhensible d'une trentaine de pages censé exposer aux électeurs le projet de constitution européenne. Les journalistes parlent
d'économie comme si tous les téléspectateurs ou lecteurs en maîtrisaient les bases. Dans ces conditions, comment s'étonner que les citoyens se désintéressent de la politique ?
L'économie doit être mise à la portée de tous.
L'absence d'enseignement économique dans les formations d'enseignement général est une grave lacune. Il serait également nécessaire de publier des livres de vulgarisation ou de diffuser des
émissions télévisées permettant de sensibiliser les citoyens à l'économie.
Je pense qu'il est possible de former les citoyens à l'économie en étant simple et pédagogique, sans pour autant être simpliste ni caricaturer une réalité de plus en plus complexe.
(*)Eric Mailharrancin, 46 ans, agrégé d'économie et gestion, résidant à Ustaritz au quartier Arrauntz, est enseignant en BTS au lycée Louis de Foix de
Bayonne.
Publication récente chez Elkar d'un roman "Le refuge d'Iparla", qui aborde notamment les problématiques culturel-les, politiques et économiques du Pays Basque nord.





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