«Quelle richesse produire pour satisfaire les besoins
tout en étant compatible avec la réalité écologique planétaire ?»
par Geneviève Azam, Maître de conférence en économie, membre du conseil scientifique d’ATTAC
Geneviève Azam, enseignante-chercheur en économie à l’Université de Toulouse Le Mirail est espécialisée dans l’économie sociale et solidaire.
Membre du Conseil Scientifique et du Conseil d’Administration d’Attac France, elle participera au Forum de Bayonne sur le Changement Climatique les 6 et 7 novembre prochains.
Elle répond ici aux questions d’Alda! sur les liens de l’écologie et du social et le Protocole de Kyoto et les enjeux de Copenhague.
Comment expliquez-vous l’importance du lier entre la question écologique et la question sociale ?
Cette question est ancienne… mais elle prend un tour nouveau avec la crise globale que nous vivons.
La crise engage à la fois l’organisation des sociétés (avec l’augmentation des inégalités sociales qui deviennent insupportables) et la dégradation accélérée de la planète (par un système
économique prédateur des ressources naturelles).
C’est pour cela que la crise est à la fois sociale et écologique…
Il ne pourra y avoir de solution à la crise actuelle par une poursuite du modèle de production et de consommation que nous avons. La question sociale est différente de celle posée au XIXè
siècle… Aujourd’hui on doit faire face aux limites écologiques de la planète et aux limites des écosystèmes.
Les sociétés capitalistes se sont construites dans l’ignorance totale des contraintes qu’imposent les écosystème ! En effet, ces sociétés se sont toujours représenté la nature comme un
réservoir de ressources à exploiter, à maîtriser et à s’approprier de manière illimitée de façon à pousser la production.
Aujourd’hui le système est à bout, en voie d’épuisement… même s’il peut y avoir une fuite en avant qui signifierait une guerre pour les ressources déjà insuffisantes.
On ne peut se contenter de penser la question sociale à l’intérieur de ce modèle de production et de consommation en terme de redistribution… Il faut se poser la question : «Quelle richesse
produire, pour satisfaire les besoins, et, compatible avec la réalité écologique planétaire ?».
La question sociale est irrémédiablement liée à la question écologique.
La crise écologique est globale. Elle touche l’ensemble des couches sociales. Tous les dérèglements avec des effets graves dès aujourd’hui touchent en priorité les catégories les plus
pauvres qui sont au premier rang des victimes…
La question écologique élargit la question sociale.
Dans son livre «Comment les riches détruisent la planète ? » Hervé Kempf montre comment les riches, non comme personnes, mais comme un système de production et de consommation qui tend à
provoquer des effets d’imitation, finissent par être prédateurs tant du travail que des ressources… La question écologique élargit la question sociale. Dans les pays riches, toutes les maladies
du monde du travail (que ce soient les maladies causées par un environnement non sain ou les suicides au travail) sont le fruit du productivisme et montrent le lien entre le social et
l’écologique.
Vision erronée de sociétés indépendantes d’écosystèmes
Dans les sociétés occidentales nous sommes héritiers des pensées du XIXè siècle qui disent qu’il faut résoudre la question sociale et que le reste suivra quand un monde meilleur sera en place.
Ce schéma ne fait qu’entretenir le modèle productiviste actuel. C’est la croyance que si on produit plus on pourra toujours plus répartir. La lutte contre les inégalités sociales (légitime et
nécessaire) n’est pas simplement une lutte sociale, elle a une composante écologique. En effet, souvent l’écologie a été associée à un problème de sociétés riches ou de bobos. Car on a eu une
conception des sociétés qui seraient complètement indépendantes des écosystèmes. Pour prendre une image, certes, il faut partager le gâteau, mais il faut voir ce qu’il y a dedans aussi car
“Plus de gâteau n’est pas obligatoirement plus de mieux être.”
Quelles ont été les caractéristiques du Protocole de Kyoto ?
Le Protocole de Kyoto est en vigueur depuis 2005 mais l’accord a été fait en 1997. Dans ses aspects positifs ou présentant des ouvertures possibles (malgré les insuffisances) on peut
citer :
*Qu’il a été construit dans le cadre des Nations Unies (pas du G8, ni du G20, ni de la Banque Mondiale mais du G195) avec des engagements, certes à minima, mais sur la reconnaissance de la
nécessité de diminuer les Gaz à Effet de Serre (GES) entre 1990 à 2012 de 5,2%
*Que les objectifs et contraintes de réduction engagent quand même les pays riches/développés (sauf malheureusement les Etats-Unis) et les pays de l’Est... Ceux du Sud qui avaient signé le
protocole n’étaient pas engagés dans l’obligation de réduction..
Dans les aspects négatifs, on peut souligner le fait que :
*Les négociations ont eu lieu entre 95 et 97 en pleine euphorie financière (avant la Crise asiatique de 97/98) et en période de forte croissance aux Etats-Unis (boom de la nouvelle économie) :
il n’y a pas eu de questionnement sur le mode de production et de consommation..
*Les EU et l’UE ont accepté les mécanismes de flexibilité : pour permettre aux entreprises de faire la même chose mais en polluant moins… C’est le summum de la vague néo-libérale et de la
dominaton des marchés financiers. On a imaginé la création du Marché Carbone. Ce marché permet aux entreprises soumises à des plafonds d’émission d’acheter des droits d’émissions sur le marché
du carbone. Ces droits d’émissions sont vendus par des entreprises qui en ont en trop. Bref, pour résoudre le problème des émissions il faudra payer la pollution et le carbone en donnant
un prix au carbone. Les mécanismes attribués pour donner un prix à la tonne ont été ceux du marché…Or la crise de Sub-Prime a montré les limites du marché qui dans le cas du carbone est altéré
par des facteurs déconnectés de la réalité des niveaux d’émissions de GES. Le prix du carbone sur le marché ne sont plus fiables…
*Les Mécanismes de Développement Propre (MDP) ont été mis en place. Les entreprises des pays riches (soumises aux objectifs de réduction) peuvent investir dans les pays pauvres (pour un projet
reconnu comme propre) et gagnent des crédits d’émission permettant d’atteindre ses objectifs au niveau domestique. C’est la compensation des Droits à polluer D’ici 2020, 20% de diminution
doivent être atteints dans les Pays Riches mais 10% peuvent être liés aux MDP. Comme on sait que le bilan des MDP a été négatif au niveau de la diminution de l’émission des GES, ces MDP sont
plus utilisés pour exempter les Pays Riches de faire les efforts là où il faut, c’est à dire chez eux.et promouvoir de grands projets écologiquement néfastes (grands barrages, agro-carburants,
huile de palme, etc).
Et qu’est-ce qui est en jeu avec Copenhague ?
En fait un des risques de Copenhague est le développement des MDP à la gestion des forêts, de la Terre (pour séquestrer et enfouir le carbone… c’est déjà la course à l’acquisition des terres)
et le nucléaire (considéré comme un mécanisme de Développement Propre aussi).
D’autre part, le danger dans la lutte contre le réchauffement climatique est aussi de privilégier les mécanismes des marchés financiers au lieu de l’investissement public !
Enfin, il faut tout faire pour que Copenhague reconnaisse la Dette envers les Pays du Sud qui historiquement n’ont pas la même responsabilité sur l’émission des GES que ceux du Nord.
Pour finir, un petit mot sur la fiscalité écologique ?
La fiscalité écologique est un moyen de lutter contre le Réchauffement climatique ! Ce n’est qu’un moyen car il faut des normes et réglementations. L’idée originale c’est de résoudre le
problème de la pollution à la source !
Mais dans l’immédiat, on doit trouver les moyens de financer la lutte contre le Changement Climatique au niveau international.
Nous demandons la création d’un Fonds Mondial pour le Climat géré par l’ONU… Ce sera différent des MDP et du Marché Carbone où les Fonds Privés ou de la Banque Mondiale sont les Chefs
d’Orquestre !
Ce Fonds Mondial serait alimenté par les contributions obligatoires de différents Etats, financées par une taxe sur les Transactions Financières, une sur les Profits des Multinationales et une
sur les Energies (Carbone et Consommation d’Energie en général). Il permettrait de partager et différencier les responsabilités entre les Pays du Nord et du Sud. Idéalement ce Fonds
Mondial pour le Climat devrait être géré de façon démocratique par l’ONU et son accès serait ouvert aux communautés menacées, aux mouvements sociaux et aux ONG.
Attac et les Mouvements Sociaux réunis dans “Climate Justice now” réclament sa création.
Mercredi 7 octobre 2009
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Publié dans : Ecologie&Social - Soziala&Ekologia
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