
Jean-Sebastien Mora / jesamora@gmail.com
Le retour du roman national
L'histoire n'a jamais été réservée aux seuls historiens. La IIIème République et ses hussards noirs en ont fait un large usage dans la création et la fortification du sentiment d'appartenance à
la «nation».
Tous les présidents avec d'amples nuances ont célébré le passé national. Mais avec l'utilisation ostentatoire et excessive de figures comme Guy Môquet, Ponticelli le dernier poilu, Jean Jaurès ou
Charlemagne, le président Sarkozy pratique l'histoire bling-bling, clinquante, voyante et vide en contenu.
Aujourd'hui dans une crise identitaire supposée, l'histoire devient un enjeu majeur. Une logique que l'historien Nicolas Offenstadt nomme «la réinvention du roman national par le Sarkozysme
historique».
Fin 2009, l'universitaire membre du CVUH (Comité de vigilance sur les usages publics de l’histoire) publie l'histoire bling-bling chez Stock.
L'ouvrage d'Offenstadt est court mais efficace. L'auteur démonte le processus du président Nicolas Sarkozy visant à agiter et à consommer l'histoire à des fins politiques.
Il revient également sur les aspirations pour le moins scandaleuses de certains députés comme l'UMP Christian Vanneste qui considère que l'enseignement de l'histoire devrait être celui de «la
fierté nationale». L'historien aborde aussi l'anti-repentance et notamment concernant Vichy, le «ras le bol de cette histoire du passé» décrié par Brice Hortefeux.
Obsession du triomphe mortifère
Car contrairement à ce que Eric Besson et son fameux débat sur l'identité nationale tente de nous vendre, l'idée que la France a connu une histoire naturelle et linéaire est une construction de
l'esprit.
L'histoire de la France est faite de discontinuités, de ruptures et déjà au XIXème Alexis de Tocqueville écrivait : «Dans une démocratie, chaque génération est un peuple nouveau».
C'est autour de dix évènements retenus dans son ouvrage (un discours, une polémique, un rapport....) que Nicolas Offenstadt met en garde des logiques Sarkoziennes clinquantes et introduit
certains thèmes lui paraissant majeurs. Pour l'historien, parmi les usages politiques de l'histoire, les commémorations constituent l'aspect le plus visible. Aujourd'hui l'histoire bling-bling a
un sens (le national réinventé), une direction (des Gaulois à Sarkozy), une volonté (pas de «repentance», qu'il s'agisse de Vichy ou du colonialisme) et un ennemi public (les «mémoires» des
«communautés»).
L'histoire people
Parmi les nombreuses thématiques abordées, Nicolas Offenstadt dénonce la valorisation qui est faite de «grandes figures» de l'histoire. Guy Môquet en est le premier.
Il fut transformé en icône nationale chargée de valeurs, mais hors de tout contexte historique et de toutes compréhensions de son engagement communiste. Mais l'histoire bling-bling c'est
également une histoire dont les discours s'effacent presque aussi vite qu'ils sont apparus.
La journée Guy Moquet, désormais hommage à la résistance est déjà bien oubliée. Elle est tombée dans un classique programme d'enseignement de la résistance.
Heureusement, sous le mode du zapping, le soucis de rebâtir un grand récit national peut sauter d'une figure à l'autre. Aussitôt Guy Môquet oublié, c'est sur le dernier poilu Lasare Ponticelli et
contre ses dernières volontés, que Sarkozy célébrait des funérailles en grande pompe.
Quand à Jaures, le président français n'hésite pas à lui faire référence. Peu importe s'il a promu des idées opposés avec celle du gouvernement actuel (réduction du temps de travail, usage de la
grève...).
Et l'histoire people n'est pas prête de s'arrêter. Elle semble être le pilier du projet présidentiel : le musée de «l'histoire de France».
Nicolas Offenstadt consacre une partie de son ouvrage à la volonté Sarkoziennne de «retranscrire l'âme de la France»: un «pot pourri» d'Ernest Lavisse à Max Gallo dans lequel Louis XIV, Napoléon
et De Gaulle feront office de «grands hommes».
Jeudi 28 janvier 2010
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28
/01
/2010
16:18
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Publié dans : Fiches Pratiques - Asteko Fitxa Lagungarriak
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