par Jean-Sebastien Mora, jesamora@gmail.com
«Ou un «colis-piégé» nous empêchant de comprendre
la réalité du monde dans lequel nous vivons ?»
«Avant je croyais à toute sorte de choses. Maintenant je crois en la dynamite». Sean, Il était une fois la révolution.
Avec en couverture la prise d'otages lors des jeux olympiques de Munich «Le terrorisme, la tentation de l'abîme» est le nouvel ouvrage du Philosophe
Frédéric Neyrat. Titre choisi un brin racoleur et orienté, le travail de l'universitaire n'en demeure pas moins complet, voire indispensable. Contrairement à l'idée répandue qui voudrait
que le terrorisme naisse avec les nationalistes modernes du XIX siècle, «le terrorisme est avant tout un instrument, une technique aussi vieille que la pratique de la guerre» expliquait Gérard
Chabliand, spécialiste des conflits depuis l'antiquité. C'est avec la révolution française de 1989, que naît la terreur moderne et avec elle, le terme «terrorisme».
Mais la notion de terrorisme elle même n'est-elle pas un «colis piégé» qui nous empêche de comprendre la réalité politique du monde dans lequel nous
vivons ? Qu'il soit une projection, une forme de nihilisme, un rapport à la croyance ou une stratégie, l'acte terroriste existe sans doute à partir du moment où «nous lui donnons du sens dans une
société donnée» explique Neyrat. Selon Chabliand, il faut penser le terrorisme comme une «technique publicitaire» car le terrorisme a pour but de produire un effet supérieur à la somme des
moyens requis. On peut ainsi affirmer que le terrorisme est une nomination d'Etat mais se résoudre à cette seule définition n'est certainement pas suffisant. A contrario face au charme de
l'inédit, la spéculation récente des termes va bon train : contre-terrorisme, hyper-terrorisme, ultragauche, terrorisme métaphysique. Au regard de ces questions, dans son ouvrage Frédéric Neyrat
décortique brièvement les termes, leur origine et leur portée symbolique tout en revenant sur la lutte de certaines entités politiques minoritaires ayant marqué l'histoire politique :
Netchaïev(*), Unabomber(**), Bakounine(***), la Fraction armée rouge ou encore récemment Ben Laden. Alors que ces mouvements sont tous définis comme «terroristes», Neyrat nous fait comprendre que
leur combat n'a pas forcément la même finalité, la même composante éthique et la même stratégie. «L'action pour l'action» de Netchaïev était jugée inacceptable par Bakounine.
Alors que le leader républicain espagnol Buenaventura Durruti déclarait en 1936 «Ici on ne discute pas de programme, on se bat...»… Son combat ne
manquait-il pas de sens ?
L'abîme de la souveraineté
«Entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par
l’intimidation ou la terreur» : c’est la définition du terrorisme dans le code pénal. «Une telle entreprise est-elle menée aujourd'hui par l'Etat ?» se demandaient récemment dans la presse les
philosophes Alain Badiou et Eric Hazam. Il faut dire que les techniques de l'arsenal sécuritaire ne manquent pas au gouvernement Sarkozy pour mener une politique de terreur. Mais déjà en 1651
Thomas Hobbes définissait le terrorisme d'Etat par l'exercice illégitime de son monopole de la violence. Si pour Neyrat, le terrorisme ne fait que révéler la vraie nature de nos sociétés
(surexposées aux risques zéro et à la recherche d'une sécurité absolue), dans une partie intitulée «L'abîme de la souveraineté», le philosophe rappelle que le premier terrorisme vient d'en haut
et s'interroge sur la notion de souveraineté.
Enfin, l’ETA, l'organisation de libération, de résistance, le groupe de militants, de combattants irréguliers, de guérilla de basse intensité...(rayer
la mention inutile) n'apparaît qu'une seule fois dans l'ouvrage (p.189), uniquement pour illustrer la technique des voitures piégées.
En bombardant l'ouvrage de références (Negri, Schmitt, Weber, Gianfranco Sanguinetti...), Neyrat ne prend jamais parti, il nous offre juste un regard
bien plus complexe que nos grilles de lecture classiques. Une bonne chose pour le lecteur du Pays Basque qui souhaiterait suivre cette analyse minutieuse tout en menant une réflexion libre et
détachée d'un certain contexte (et d'un contexte certain).
(*) Sergueï Guennadievitch Netchaïev est un nihiliste et révolutionnaire russe (1847-1882).
(**)Theodore Kaczynski, surnommé Unabomber (1942-), est un mathématicien et terroriste américain. Il a fait l'objet de la chasse à l'homme la plus
coûteuse de l'histoire du FBI.
(***)Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine (1814-Russie, 1876-Suisse), est un révolutionnaire, un théoricien et un philosophe de l'anarchisme. Il pose dans
ses écrits les fondements du socialisme libertaire.
Mercredi 18 novembre 2009
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Publié dans : Fiches Pratiques - Asteko Fitxa Lagungarriak
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