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Michel Husson, économiste, membre de la Fondation Copernic et du Conseil Scientifique d’ATTAC


 
Ou comment y voir plus clair
en matière de dette publique, euro, démondialisation... 

 

 

Crise sans fond, dette publique, euro, démondialisation... pour mieux comprendre ce qui est en train de se jouer sous nos yeux, voici la 2è partie de l’interview de l’économiste altermondialiste Michel Husson, qui évoquera ces thèmes à Bayonne, le mardi 18 octobre à 20h30,  à la Conférence organisée par la Fondation MRA et Bizi! 

Comment définissez-vous la crise qui a débuté en 2008 et qui persiste toujours ?
Cette crise est évidemment une crise financière, mais c’est évidemment plus que cela. On pourrait dire que c’est la crise des solutions apportées à la crise précédente, celle du milieu des années 1970. Le capitalisme relativement régulé des «Trente glorieuses» a cédé la place à un capitalisme néo-libéral,  fondé sur la baisse de la part des salaires, le surendettement, les privatisations, le chômage, etc.
Il a réussi à rétablir le taux de profit, mais l’investissement n’a pas suivi, et ce sont les «rentiers» et la finance qui ont bénéficié de la compression salariale. C’est ce modèle qui est mis à bas par la crise actuelle qui révèle un élément de crise encore plus fondamental, à savoir le refus de ce pur capitalisme de répondre aux besoins sociaux qui ne seraient pas hyper-rentables. Le capitalisme a navigué sur une montagne d’endettement, et c’est autour de la crise de la dette que se manifeste l’impasse dans laquelle il se trouve aujourd’hui.
Une bonne partie des dettes a été transférée de la finance privée aux budgets publics et aujourd’hui les plans d’austérité visent à faire payer la facture de la crise à ceux qui en sont avant tout les victimes.

Pouvez-vous nous décrire plus en détail ce que sont ces dettes ?
L’envol des dettes publiques a trois causes : l’effet mécanique de la récession, le coût du sauvetage des banques, mais aussi le fruit empoisonné des politiques menées depuis de longues années, et qui consistaient à baisser les impôts payés par les entreprises et les ménages les plus riches. Le passage brutal à l’austérité budgétaire enclenche un cercle vicieux : en coupant dans les dépenses, on ralentit l’activité économique, ce qui fait baisser les recettes, de telle sorte que le déficit n’est pas réduit.

Il faut le dire clairement : ou bien on s’engage dans une longue période d’austérité nécessaire pour résorber peu à peu le poids de la dette au détriment des conditions d’existence de la majorité de la population. Ou bien on met tout à plat : dans la mesure où les dettes souveraines sont en grande partie détenues par les banques européennes, il faut les nationaliser et organiser le défaut des pays les plus exposés. Bref, il faut purger la finance plutôt que les modèles sociaux. On peut envisager différents scénarios intermédiaires, mais deux choses sont claires : au-delà des dispositifs techniques, il s’agit de choix politiques et sociaux ; et un certain nombre de pays, notamment la Grèce, ne pourront pas payer la dette.
 
On parle de sortie de l'euro en mettant en avant les avantages pour la croissance de certains pays
de la dévaluation compétitive... Comment comprendre ces solutions ?
La sortie de l’euro est présentée comme une solution miracle. Elle permettrait au pays concerné de dévaluer et de rétablir sa compétitivité. Cette proposition repose sur le constat que la construction européenne était viciée à la base, dans la mesure où elle ne prenait pas en compte les trajectoires divergentes des différents pays de la zone euro. La réponse cohérente serait de mettre en place des outils d’harmonisation : un budget européen important, une fiscalité sur le capital unifiée, des fonds d’harmonisation sociaux, un salaire minimum européen.
Mais cette perspective peut sembler hors de portée. La sortie de l’euro n’est pas pour autant une meilleure  solution : ce serait mettre la charrue avant les bœufs et commettre une erreur stratégique. La dette serait en effet augmentée à proportion du taux de dévaluation et la nouvelle monnaie serait exposée sans défense aux attaques spéculatives. Ces pressions serviraient alors à justifier une politique d’austérité encore plus sévère. Le double préalable, c’est d’établir un rapport de forces favorable au monde du travail et d’annuler au moins une partie de la dette. La stratégie possible est donc faite de mesures unilatérales, en contradiction avec les règles du jeu de l’Europe néo-libérale, mais qui viserait l’extension des mesures progressistes à l’ensemble de l’Europe.

Le terme "démondialisation" est apparu sur la place publique... comme une réponse à cette situation de crise... Pouvez-vous nous aider à y voir plus clair : qu'est que la démondialisation et quels sont les débats en cours entre démondialisation / altermondialisme ?
Les partisans de la «démondialisation» font du libre-échangisme la source de tous nos maux, et proposent pour l’essentiel un protectionnisme fiscal, autrement dit des taxes sur les importations. Tous ne préconisent pas la sortie de l’euro, mais la préoccupation est la même : il faut rétablir la compétitivité. On ne voit pas très bien en quoi une telle mesure pourrait, comme par enchantement, rétablir une répartition des revenus plus justes : ce n’est pas un impôt aux frontières qui conduira les rentiers à renoncer à leurs avantages. De plus, la compétitivité dépend de bien d’autres facteurs que le prix des marchandises. Mais surtout, ce serait entrer dans une logique doublement perverse.
Celle de la concurrence d’abord : un pays ne peut améliorer sa situation grâce à une meilleure compétitivité qu’en prenant des parts de marché (et donc des emplois) aux pays voisins.
Ensuite celle du productivisme qui ne voit d’autre moyen de créer des emplois qu’en faisant plus de croissance.
 
Quelle transition nécessaire devra être mise en place entre le modèle économique dominant, et celui qui s'imagine et s'expérimente ici et là? 
Il faut bien comprendre que la situation est bloquée : le modèle néo-libéral ne peut plus fonctionner, et le retour au capitalisme des «Trente glorieuses» est impossible. Une sortie progressiste passe par une remise en cause radicale du système : la répartition des richesses est le point d’application immédiat, mais doit s’inscrire dans une inversion totale de la logique capitaliste. Il faut mettre la satisfaction des besoins sociaux au poste de commande et en déduire les emplois utiles nécessaires, privilégier les services publics non-marchands et le temps libre sur la recherche de la rentabilité et la consommation individuelle. Ce sont en outre les conditions minimales si l’on veut atteindre les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Mais comme un tel projet remet en cause la logique même du capitalisme, une très large alliance est nécessaire, entre les mouvements sociaux définis au sens large.
La réalité sociale est finalement simple à résumer : grâce à la déréglementation, à la financiarisation, etc. une minorité étroite s’accapare les richesses produites, comme le montre la montée des inégalités.
Mais cela va plus loin : cette minorité organise l’économie et la société en fonction de ses intérêts, et elle dispose du pouvoir de décider des priorités sociales, en dépossédant les peuples de tout droit de regard sur leur destin.
Il est donc hors de question qu’elle renonce à ces privilèges sans une puissante intervention sociale qui doit combiner un point de vue global et les initiatives locales ou sectorielles.

Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 16:04
- Publié dans : Ecologie&Social - Soziala&Ekologia - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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