
Stéphane Baly,
enseignant-chercheur en sciences de l’ingénieur, trésorier de "Virage-énergie Nord - Pas de Calais"
Ou comment être une force de proposition
pour montrer que le nucléaire n’est pas un mal nécessaire
Virage-énergie Nord-Pas de Calais est une association citoyenne qui réalise, communique et met au débat des réflexions et des études sur les alternatives à l’énergie nucléaire et aux ressources
énergétiques fossiles responsables du dérèglement de notre climat.
Stéphane Baly, trésorier de Virage-Energie répond ici aux questions d’Alda!
Comment est née l’idée de ce “scénario énergétique à l’échelle de la région” ?
Notre association est issue du collectif Stop EPR. Nous étions une poignée de personnes ayant participé à la manifestation à Pâques 2006 à Cherbourg pour protester contre la construction du
premier EPR français à Flamanville.
De retour en région, nous nous sommes fait cette réflexion : “l’opposition citoyenne est indispensable, mais ne suffit pas, il faut aussi être force de propositions pour montrer que le nucléaire
n’est pas un mal nécessaire”.
C’était une manière de répondre au lobby de l’atome qui veut nous faire croire à la fois que l’énergie nucléaire est inéluctable et que c’est un remède contre l’effet de serre !
Aujourd’hui, l’EPR est en construction et Nicolas Sarkozy en a déjà annoncé un second situé à Penly (Seine-Maritime)… De même, la Centrale Nucléaire de Gravelines (Nord) est un site d’accueil
potentiel pour un réacteur EPR...
Cela s’explique par le fait que si on relance un plan nucléaire en France, il n’y aura très certainement pas de nouveaux sites d'accueil créés... car il faudrait les faire accepter aux
populations. De plus, le Nord-Pas-de-Calais est au cœur de l’Europe. C’est une région connectée à la Grande-Bretagne, à la Belgique… Cela représente beaucoup sur le marché électrique Européen. Il
y a là un véritable enjeu notamment dans le cadre de la libéralisation du marché de l'énergie.
Pourquoi votre plan prévoit-il une division par 4 des émissions de CO2 d’ici 2050 ?
En fait, en tant que structure citoyenne, nous avons voulu décliner sur la région Nord-Pas-de-Calais les engagements nationaux. Depuis juillet 2005, le «facteur 4» à échéance 2050 est inscrit
dans la loi. Mais, il ne suffit pas de voter une loi, encore faut-il la mettre en œuvre !
Nous nous sommes attachés à décrire des choix publiques, plutôt que des gestes et comportements individuels, car ce sont ces choix politiques, collectifs, qui vont gouverner nos choix
individuels. Par exemple, si on construit une route plutôt qu’une infrastructure ferroviaire, c’est cela qui va déterminer les comportements individuels à venir quant aux transports !
Comment avez-vous construit un scénario crédible ?
Nous sommes partis d’un état zéro, la situation actuelle, et de différentes hypothèses de développement à venir : évolution du PIB, de la démographie, de la mobilité etc. Pour nos travaux, nous
nous sommes basés sur des hypothèses d'évolution institutionnelles nationales qui ont été régionalisées. Deuxièmement, nous ne nous sommes basés que sur des technologies déjà existantes : de
l’éolien, du photovoltaïque, des réseaux de chaleur, de l'efficacité des procédés notamment sidérurgiques… Car nous ne sommes pas là pour attendre un grand soir technologique qui pourrait nous
sauver !
Concrètement, qu’est-ce que cela donne ?
Le scénario est basé sur les atouts de la région. Par exemple, nous sommes la deuxième région la plus ventée de France, c’est un avantage important pour développer l’éolien. Avec la mer du Nord
aussi, on a une capacité massive pour l’éolien offshore car c’est venté et peu profond. En revanche, la région est très pauvre en potentiel biomasse (bois etc.), c’est pourquoi on ne travaille
pas là-dessus comme on l’aurait fait dans le Jura ! On doit aussi tenir compte du poids de l’industrie en région Nord-Pas-de-Calais : 50% des émissions de CO2 sont liées à ce secteur dont la
moitié liée à la sidérurgie. Il faut pourtant maintenir la sidérurgie, car un territoire durable ce n’est pas un territoire vide, sans emplois… En revanche, on va devoir mettre en place des
mesures de sobriété et d’efficacité énergétique ! Et puis on va transformer cette particularité régionale en atout, par la récupération des effluents industriels par exemple. Il y a pleins
d’industries en effet qui rejettent des effluents chauds dont on peut valoriser la chaleur…
Vous vous appuyez aussi beaucoup sur une forte densité de population dans la région…
Oui, c’est encore un atout ! C’est particulièrement intéressant pour installer des réseaux de chaleur, c’est-à-dire des réseaux de canalisations enterrées qui connectent des bâtiments entre eux
et qui sont alimentés d’eau chaude par une chaufferie collective.
Avantage : ils permettent d'être poly-énergie : c'est-à-dire de pouvoir utiliser du gaz, du bois, ou encore du solaire comme certaines installations en Allemagne… L’autre avantage d’une forte
densité de population, c’est qu’on peut réduire la dépendance à la voiture, en développant les modes doux et les transports en commun ! A condition évidemment de limiter l’étalement urbain, de
faire en sorte que les gens n’habitent pas tous à 20-30 km de leur travail en zone péri-urbaine ou rurale, où il n’y a et il n'y aura jamais de vraie réponse possible en transports en commun.
Vaste programme ! Il y a urgence à agir ?
Pour l'électricité, les centrales nucléaires arrivant en fin de vie à partir de 2020, ce n’est évidemment pas le 31 décembre 2019 qu’on se posera la question de l’avenir énergétique régional !
Tout cela s’anticipe dès aujourd'hui.
Dans le cas de l'urbanisme, il s’agit de choix politiques aux conséquences quasi-irréversibles : on ne va pas casser demain les maisons ou les infrastructures qu’on construit aujourd’hui ! Il est
impératif de stopper et ce dès aujourd’hui l'étalement urbain.
Votre expérience a-t-elle été inspirée de pionniers qui ont atteints leurs objectifs ?
Avant nous, il y a eu le plan Alterbreton fin 70 en réponse à Plogoff, plus récemment les 7 Vents du Cotentin en alternative à l'EPR de Flamenville et évidemment le scénario national de
Negawatt.
Avez-vous déjà été contactés par d'autres régions ?
En ce moment un groupe de citoyens en Pays de Loire est en train de se former. Enfin pas plus tard qu'hier nous avons été contacté par une personne de l'Ile-de-France. Pour que des démarches se
concrétisent, la difficulté majeure consiste à identifier les 4 ou 5 personnes pouvant initier le projet. Évidemment comme pour Virage énergie Climat Pays de Loire, nous sommes prêts à
présenter notre méthodologie. Vivement que les initiatives se multiplient sur les territoires !...
Est-ce que les décideurs publics ou privés ont commencé à intégrer vos propositions dans leurs plans d'actions ?
Les services élaborant le Schéma Régional d'Aménagement et de Développement du Territoire de la région Nord-Pas de Calais font largement écho de nos travaux. Dernièrement, la région a lancé des
études complémentaires se basant sur les travaux de notre scénario. Par ailleurs, nous participons activement aux démarches d'élaborations des plans climat territoriaux. Des collectivités
locales, des administrations (Centre d'Etudes Techniques de l'Equipement, DREAL...) nous ont sollicité à diverses occasions pour des conférences.
Est-ce que Virage-Energie voit la mise en pratique de ces projets ? Si oui, comment et par qui ?
Aujourd'hui il s'agit plutôt d'un changement de mentalité. Premier pas indispensable avant des concrétisations. Wait and see !...
www.virage-energie-npdc.org
Jeudi 14 janvier 2010
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Publié dans : Ecologie&Social - Soziala&Ekologia
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